J'hésitai un instant. Puis je frottai discrètement la plante de mon pied contre le sol et la lavai avec l'eau. Le sang séché se détacha en teintant l'eau de rouge. Je gardai prudemment le pied pressé contre le sol et frottai jusqu'à ce que la moindre trace de sang disparaisse. Puis je m'éloignai en silence.
'Personne n'a vu ça, n'est-ce pas ?'
Je me sentais un peu moins dégoûtante. Cela sentait atrocement mauvais et paraissait terrifiant, mais tout valait mieux que d'avoir des cadavres d'insectes collés au pied. Malheureusement, ce soulagement ne dura pas. La puanteur qui m'entourait devenait peu à peu insupportable, et même en me couvrant le nez, elle ne montrait aucun signe de faiblir.
'C'est quoi, cette odeur, bon sang ?'
Je fronçai les sourcils devant cette odeur inconnue. Il fallait que je suive la direction indiquée par les flèches, mais mes pieds refusaient d'avancer, car la chose que je voulais le plus éviter, c'était l'eau. Comme je restais plantée là, figée comme une statue de pierre, la flèche se mit à clignoter frénétiquement, comme pour me dire de me dépêcher. J'humectai mes lèvres sèches du bout de la langue, laissai échapper un soupir tremblant et avançai. Mon cœur se serra d'attente tandis que je me demandais quel délicieux monstre allait m'effrayer ensuite.
Je n'avais pas fait quelques pas que je me figeai net. Toute cette zone était remplie d'eau. Je ne comprenais pas la structure, mais des escaliers descendaient juste devant moi. Et ces escaliers étaient...
Plouf, plouf.
Immergés sous une eau sale remplie de plantes aquatiques noires et bleues enchevêtrées.
'Était-ce la source de l'odeur ?'
Des morceaux non identifiables qui flottaient à la surface suffisaient à me retourner l'estomac. J'aurais hésité même si l'eau avait été propre ; or elle était sale et d'un noir d'encre. Je ne pouvais même pas estimer la profondeur. Cet endroit me donnait non seulement une peur de l'eau que je n'avais jamais eue auparavant, mais aussi de la thalassophobie. Quand je reculai prudemment, quelque chose de rond et de noir remonta lentement à travers l'eau calme.
« ... ? »
On aurait dit une tête humaine. Entre des mèches de cheveux noirs luisaient de vifs yeux rouges. Le monstre ne bougeait pas de sa place : seuls ses yeux roulaient de façon grotesque dans toutes les directions. Chaque monstre que je rencontrais tenait à m'offrir un numéro de talent bizarre dès qu'il me voyait. J'en étais si émue que je crus perdre la tête. Des bulles se mirent à monter autour de ce monstre, et bientôt il y en eut assez pour couvrir toute la piscine. Puis elles s'arrêtèrent brusquement. Je regardais, en vrai, une scène tout droit sortie d'un film d'horreur. Je ne pouvais que me mordre la lèvre de peur.
'Il faut que je fuie...'
Le fantôme, qui roulait grotesquement des yeux, me fixa droit dans les yeux. Son regard suivait la moindre de mes bougeoirs. Puis une tête après l'autre se mit à surgir de l'eau. En peu de temps, toute la surface fut couverte de têtes. Parmi elles, une seule restait fixée sur moi tandis que les autres roulaient leurs yeux dans des directions inquiétantes. Je joignis mes mains tremblantes. J'ignorais quand le fantôme qui me regardait attaquerait. Alors je reculai sans cligner des yeux ni rompre le contact visuel. D-D'abord, je me replie...
Plouf...
Quelque chose flotta vers moi, porté par l'eau. La chose qui toucha mes pieds avait tant gonflé dans l'eau qu'on ne reconnaissait même plus sa forme d'origine. On aurait dit qu'elle s'effriterait au toucher. La seule chose qui révélait ce que c'était, c'était quelque chose qui ressemblait à un ongle de pied. Ce qui voulait dire que c'était... une jambe humaine.
« Aaagh ! »
Je criai sans réfléchir. Réalisant aussitôt mon erreur, je me couvris la bouche.
Zouum.
Tous les yeux rouges qui flottaient au-dessus de l'eau se tournèrent vers moi en même temps. Mon cœur se mit à battre sans contrôle et tout mon corps trembla. La jambe flottante continuait à cogner légèrement mon pied. L'eau se souleva soudain. Une autre partie de corps flotta vers moi. Les larmes ruisselèrent sans que je puisse les arrêter, mais je ne pouvais même pas émettre un son en pleurant. J'avalai tout et mordis l'intérieur de ma lèvre.
Q-Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?! Je le savais. 'Les fantômes d'eau sont les plus effrayants... !' La peur se resserra autour de ma gorge. Je serrai les nunchaku comme s'ils étaient ma dernière bouée de sauvetage. Les monstres étaient sensibles au bruit, et j'avais peur d'en faire. Après un seul cri, aucun des fantômes qui flottaient au-dessus de l'eau ne détachait plus les yeux de moi. Reniflant, j'ouvris la bouche.
« A-Ahyaaaa... »
[Vous manquez de confiance !]
Je ne peux pas avoir confiance ! Aidez-moi ! Je me plaignis. Je m'énervai. Le système resta impitoyable et n'offrit absolument aucune aide. Est-ce parce que je t'ai traité de jeu poubelle tout à l'heure ? Pardon. Comprenant qu'il était inutile de compter sur un système trop mesquin pour accepter des excuses sincères, j'essuyai mon visage mouillé. J'inspirai et expirai profondément à plusieurs reprises.
'Reste calme. Reste calme.'
Ces fantômes me donnaient l'impression que j'allais faire une crise, même en essayant de rester calme, mais il le fallait. Regardant ces créatures qui semblaient prêtes à charger à tout instant, je me forçai à réfléchir rationnellement. Rien ne garantit que la collection de Suriel soit dans cette eau. Même si la flèche continue de clignoter vers l'eau, rien ne garantit qu'il faille y entrer. Je bredouillai des excuses que je ne comprenais pas moi-même. Tout ce que j'avais à faire, c'était détruire la collection entière de Suriel : il y avait sûrement un moyen de la briser sans entrer dans l'eau. Je ne savais pas pourquoi il fallait la détruire en premier lieu, mais si le roi m'ordonnait de m'agenouiller, je n'avais pas d'autre choix que de m'agenouiller. Le système pouvait me manipuler comme bon lui semblait. À ce stade, c'était pratiquement un roi, un roi extrêmement dictatorial ! Alors, si je faisais le tour et trouvais la pièce qui contenait la collection...
Malheureusement, je ne pus pousser plus loin ce plan. La flèche qui pointait vers l'eau grossissait de plus en plus, jusqu'à devenir impossible à ignorer. Elle indiquait très clairement la zone immergée, comme pour me dire : la collection de Suriel est ici, n'allez pas voir ailleurs. Cet endroit, qui ressemblait à une piscine dont la forme d'origine avait disparu. Pourquoi... ? Pourquoi aurait-il caché tout cela dans une piscine... ? S'il avait tout mis là-dedans, même lui ne pourrait pas bien le voir. Veut-il vraiment entrer dans un endroit aussi sale ? Il fait tant d'histoires avec l'esthétique. Pourquoi sa piscine est-elle aussi esthétiquement répugnante ? Profondément émue par le goût spectaculaire de ce taré de pervers de Suriel, les larmes me brouillèrent la vue.
[Suriel a placé tout ce qu'il a collectionné dans la piscine.
Depuis son scellement, il a rassemblé peu à peu des doigts, des cheveux, des oreilles et diverses autres parties de corps, qui dérivent maintenant librement sous l'eau.
Cependant, ne vous inquiétez pas trop.
Il n'a pas modifié l'eau, votre corps ne pourrira donc pas.]
Croyez-vous vraiment que c'est ça qui m'inquiète ? Que le système se mette soudain à raconter l'histoire voulait clairement dire une chose : j'avais beau détester ça, il fallait que j'y entre. Dans les bras de tous ces fantômes d'eau qui me fixaient. Et c'était aussi différent du jeu. Les cheveux. Les doigts. Les oreilles... ? Dans le jeu, c'était assurément les cheveux, les ongles des mains, les ongles des pieds et les doigts. Pourquoi avait-on ajouté d'autres choses ? Il n'y avait pas que des oreilles : j'avais déjà vu des jambes et des bras. Non. Ceux-là n'étaient même pas rangés dans des bocaux. Ce qui voulait dire que Suriel ne les jugeait probablement pas assez beaux pour les collectionner : il les avait simplement tués et laissés là. ... Attends. Alors ces morceaux étranges qui flottent sur l'eau...
« Ugh. »
À l'instant où je compris ce qu'ils devaient être, j'eus un haut-le-cœur. Pourquoi tous ces démons sont-ils aussi tordus ? Parce que ce sont des démons, évidemment... Même si je suis optimiste, même si je ne sais pas lire l'ambiance, même si mon désir désespéré de vivre me fait foncer tête baissée, cela ne veut pas dire que je n'ai pas peur. Apparemment agacé que je continue à geindre au lieu d'entrer, le système finit par m'offrir quelque chose.
[Parce que vous avez atteint la « Salle du collectionneur » de Suriel sans blessure, une méthode plus simple vous est révélée !]
[Méthode plus simple pour terminer le 9e scénario « Libérez-moi » :
si vous videz toute l'eau de la piscine, les bocaux de verre contenant les parties de corps se briseront automatiquement !]
Un instant, j'envisageai de sortir l'eau avec des seaux. Puis je mesurai à quel point cette idée était dingue et l'abandonnai. Tout cet endroit était déjà inondé comme un navire englouti. De toute façon, je ne trouverais pas de seau. Et même si j'en trouvais, il n'y avait aucun endroit où verser l'eau. L'eau qui m'arrivait à peine à la plante des pieds tout à l'heure était déjà montée jusqu'à mes chevilles. ... Le niveau de l'eau monte.
'Il faut que je sorte d'abord.'
Oublions la quête : rester en vie passait avant tout. Je trouverais une solution une fois sortie de là. Sans hésiter, je fis demi-tour et courus. Mais je n'avais parcouru qu'une courte distance quand je me heurtai lamentablement à une barrière invisible et tombai à la renverse.
« Ugh ! »
Plouf !
Je me relevai d'un bond sans même sentir la douleur et tendis la main devant moi. Une barrière transparente me barrait complètement le passage, sans la moindre brèche, comme pour déclarer que la fuite était impossible. Ne me dites pas que... !
[Comme vous accomplissez actuellement une quête, vous ne pouvez pas quitter cette zone.]
À cet avertissement désespérant, la main que j'avais pressée contre la barrière invisible glissa lentement vers le bas.