Je sortis et pris une profonde inspiration.
Le masque me frottait le visage, mais je ne pris pas la peine de le rajuster tout de suite. Pendant un instant, je restai simplement là, à regarder devant moi.
« Je ne suis plus coincé. »
De l’air.
Ah, de l’air.
C’était le même air qu’avant, mais il me semblait différent.
« C’est… comme s’il m’embrassait. »
Je lui rendis son baiser.
« Je ne sais pas comment vous avez fait, mais je vais vous garder à l’œil. »
Mes épaules se détendirent un peu.
En me retournant, je vis l’enquêteur Hale qui se tenait à quelques pas derrière moi. Il tenait plusieurs feuilles qu’il me tendit quand je m’approchai.
Je les pris de ma main valide.
« Nous vous enverrons un médecin pour un contrôle hebdomadaire. La Guilde devra également nous tenir informés de votre état. »
« D’accord. »
« Et si quelque chose change, même légèrement, vous devrez nous le signaler immédiatement. »
Je baissai les yeux vers les feuilles.
Il y avait pas mal de conditions.
« Si nous décidons que vous devez être placé de nouveau en quarantaine, vous reviendrez immédiatement. Peu importe la Guilde qui vous prend en charge. »
Je relevai la tête.
« Je comprends. »
« Vous êtes transféré… Vous n’avez pas été déclaré guéri. Je tiens à ce que ce soit parfaitement clair. »
« Oui, j’ai compris. »
Il me dévisagea encore un instant.
Je hochai de nouveau la tête, histoire de m’en assurer.
Heureusement, il parut satisfait. Ou, du moins, il n’eut pas d’autre choix que de l’être.
Peu après, une voiture noire s’approcha et ralentit jusqu’à s’arrêter devant nous. Le chauffeur descendit, échangea quelques mots avec l’enquêteur Hale, puis ouvrit la portière arrière.
Je jetai un coup d’œil à l’intérieur.
L’habitacle était plutôt spacieux, et le siège en cuir avait l’air très confortable.
Pas mal.
Je pliai les feuilles, montai dans la voiture et m’installai à l’arrière. Une cloison me séparait du chauffeur, mais, pour une fois, ça ne me dérangeait pas particulièrement.
Au moins, elle ne m’empêchait pas de sortir.
L’enquêteur Hale resta dehors tandis que la portière se refermait.
Je lui adressai un petit signe de la main.
Il ne me le rendit pas.
Bah, tant pis. Je ne m’arrêtai pas. Je continuai simplement à lui faire signe, et ne me sentis mieux qu’en le voyant froncer les sourcils.
La voiture démarra et je regardai l’hôpital s’éloigner lentement derrière nous.
Trouver quelqu’un pour contacter le Maître de guilde s’avéra plutôt facile. Il me suffisait de parler à l’agent posté devant ma chambre.
Ensuite, tout s’enchaîna très vite.
Il y eut des papiers à signer, quelques personnes à rencontrer et plusieurs rappels de tout ce que je n’avais pas le droit de faire.
Mais j’étais enfin sorti.
Je m’adossai et regardai par la fenêtre.
« Et maintenant… »
Obsidian Bastion.
J’allais séjourner chez eux pendant les deux prochains mois.
Il y avait encore pas mal de choses que je ne comprenais pas dans cet arrangement, mais, pour l’instant, je décidai de profiter du fait que je pouvais regarder autre chose qu’un mur d’hôpital.
Rien que ça, ça valait déjà beaucoup.
*
Le bâtiment apparut avant même que nous atteignions les murs d’enceinte.
Son immense structure rectangulaire accrocha la lumière du soleil, tandis que sa façade d’obsidienne semblait l’engloutir au lieu de la réfléchir.
Je me penchai légèrement en avant.
Même d’ici, il occupait une bonne partie du paysage.
De hauts murs entouraient tout le complexe, et plusieurs routes y convergeaient depuis différentes directions. Elles s’entrecroisaient, formant un flot continu de voitures en direction de la Guilde.
Je suivis l’une des routes du regard, puis la perdis de vue sous une autre.
« … »
Bon.
Il faudrait que je demande à quelqu’un de me montrer la sortie.
La voiture quitta finalement le flot principal et s’engagea sur une voie privée. Une portion du mur coulissa à notre approche, dévoilant l’entrée du parking souterrain.
La lumière vive remplaça celle du soleil.
Des rangées de grands 4x4 noirs s’étendaient de part et d’autre, leurs carrosseries reflétant les lumières au plafond. Celui-ci était si haut que les véhicules paraissaient minuscules en dessous.
Je nous regardai dépasser une rangée.
Puis une autre.
La voiture finit par s’arrêter.
« Nous sommes arrivés. »
La voix du chauffeur sortit du haut-parleur.
Je hochai la tête et tendis la main vers la portière.
En sortant, je rajustai mon masque, puis regardai l’entrée du bâtiment.
Il n’y avait pas beaucoup de monde.
Deux gardes se tenaient près des portes, tandis qu’un homme en costume sombre attendait à quelques pas. Dès qu’il me vit, il rangea la tablette qu’il tenait et s’approcha.
« Bienvenue. »
Son regard se posa brièvement sur la voiture, puis revint vers moi.
« Je vais vous conduire au Département de confinement. »
« Ah. D’accord. »
Je jetai un coup d’œil aux gardes.
Aucun des deux ne semblait particulièrement s’intéresser à moi.
Tant mieux.
« Vous savez… ? »
« On m’a informé de votre situation. »
L’homme répondit avant que j’aie pu finir.
« Veuillez garder votre masque. Les personnes qui doivent être au courant de votre arrivée le sont déjà. On m’a également dit que vous aviez un autre déguisement… »
« Ouais. »
Le masque, c’était juste un petit plus.
Il me donnait un air plus mystérieux.
« Très bien, suivez-moi. »
Je le suivis à l’intérieur et regardai autour de moi en franchissant les portes.
Les gardes vérifièrent quelque chose sur un écran à côté d’eux, puis l’un d’eux adressa un léger signe de tête à l’homme.
Aucun ne me demanda de m’arrêter.
Pour une raison ou une autre, rien que ça rendait l’endroit plutôt accueillant.
Nous arrivâmes bientôt aux ascenseurs.
L’homme approcha sa carte d’un panneau près de l’un d’eux. Un petit voyant s’alluma, puis les portes s’ouvrirent dans un discret chuintement.
« Par ici. »
J’entrai.
Au lieu d’appuyer sur l’un des boutons, il sélectionna une option sur le panneau sans retirer sa carte.
Les portes se refermèrent et nous commençâmes à descendre.
« La plupart des bureaux administratifs se trouvent au-dessus de nous. Le Département de confinement occupe plusieurs des niveaux inférieurs. »
« Plusieurs ? »
Enfin, j’imagine que ce n’est pas si différent de la Guilde Severed Stars.
« Oui. On vous présentera d’abord les zones qui concernent votre affectation. »
Je regardai l’indicateur d’étage.
Les chiffres continuaient de changer.
« Vos accès sont limités pour le moment. Si vous devez vous rendre ailleurs que dans les zones autorisées, adressez-vous à la personne qui vous sera affectée. »
« Une autre personne ? »
« Je m’occupe uniquement de votre arrivée. »
« Ah. »
Ça se tenait.
Même si je commençais à me demander combien de personnes allaient s’occuper de moi avant que je puisse enfin m’asseoir quelque part.
« Votre logement est en cours de préparation. Nous terminerons votre inscription au département avant de vous y conduire. »
« C’est une bonne chambre, pas vrai ? »
L’homme me regarda.
« …Elle devrait avoir tout ce dont vous avez besoin. »
« Ça me rassure. »
Il sembla hésiter sur la réponse à donner.
Heureusement, l’ascenseur s’arrêta avant qu’il ait à répondre.
Ding !
Les portes coulissèrent.
Je fis un pas en avant.
Puis m’arrêtai.
« … »
Une vaste salle s’étendait au-delà de l’entrée, avec des rangées de postes de travail sous un mur couvert d’écrans. Chacun affichait une image différente : des couloirs, des salles scellées, des gens travaillant derrière une vitre.
Il y avait bien plus de monde que je ne l’avais imaginé.
Tous portaient des costumes sombres.
Et pas n’importe lesquels.
Leurs vestes épousaient parfaitement leurs épaules, leurs cols étaient impeccables, et même ceux qui se déplaçaient rapidement entre les bureaux avaient l’air d’avoir été inspectés avant d’être autorisés à entrer.
Je baissai les yeux vers ma propre chemise.
Hmm.
L’homme à côté de moi continua d’avancer et je le suivis avant que les portes de l’ascenseur ne se referment.
Au poste de travail le plus proche, une femme déplaça une image sur son écran du bout des doigts. La même image apparut aussitôt sur l’un des grands écrans en face, agrandie pour montrer un conteneur scellé sous plusieurs angles.
Elle l’examina brièvement.
« Envoyez-le au box suivant. »
Un homme assis à un autre bureau toucha son oreillette.
« Prêt. »
Derrière une paroi vitrée, à notre droite, une plateforme se mit en mouvement.
Un conteneur métallique reposait dessus, retenu par plusieurs gros serre-joints. Personne ne le poussait. Il suivit une bande étroite tracée au sol, puis s’arrêta devant une porte close.
La femme toucha de nouveau son écran.
La porte s’ouvrit.
Je regardai le conteneur disparaître derrière, puis reportai mon attention sur elle.
Elle était déjà en train d’examiner autre chose.
« …Oh. »
Plus loin, deux hommes s’approchèrent d’une autre série de portes. Aucun ne ralentit avant qu’un panneau, près de l’entrée, ne s’allume.
L’un posa la main dessus.
L’autre attendit.
Les portes ne s’ouvrirent qu’une fois les deux contrôles terminés.
Une nouvelle image apparut sur le mur.
Trois personnes levèrent la tête en même temps.
L’une désigna une partie de l’image ; les autres étaient déjà en mouvement avant même qu’elle ait baissé la main.
Je ralentis un peu.
L’homme qui me guidait le remarqua.
« Il y a un problème ? »
« Non. »
Je regardai au-delà de lui, vers un autre passage. On apercevait d’autres postes de travail, ainsi qu’une série de portes distinctes, qui restaient fermées.
« C’est ça, le Département de confinement ? »
« La zone d’accueil et de surveillance. »
« …L’accueil ? »
« Oui. »
Je regardai de nouveau autour de moi.
Les écrans.
Le matériel.
Les gens qui passaient, impeccablement vêtus…
Puis je baissai les yeux vers ma manche et la tirai légèrement.
« … »
J’aurais peut-être dû mieux m’habiller.