[Vous avez été hanté]
Je fixai la notification pendant plusieurs secondes, puis baissai les yeux vers le frère de Geneva.
Il me regardait droit dans les yeux.
Son sourire était revenu, étirant ses lèvres tandis que ses yeux restaient grands ouverts. Une infirmière ajustait le pansement autour de son front, mais il ne semblait pas la remarquer.
Il continua simplement à me fixer.
Comme si c’était à moi qu’il s’adressait.
Mais, pour ne rien arranger, mon lien avec l’hypnose s’était lui aussi dissipé. À présent, j’avais l’impression que c’était quelqu’un d’autre qui me regardait.
« … »
Je pris lentement une inspiration avant de regarder Geneva.
Elle me regarda à son tour.
Aucun de nous ne dit quoi que ce soit, mais son regard glissa brièvement vers son frère, puis revint au mien. Ses doigts se crispèrent sur le bord du lit.
Elle semblait avoir compris la situation.
Je le voyais bien.
« Une anomalie… »
Je regardai de nouveau son frère.
Et si nous avions mal interprété les choses depuis le début ?
J’avais cherché quelque chose de matériel tout ce temps. Quelque chose, ou un endroit, que la boussole pourrait localiser.
Mais si ce n’était pas matériel ?
Ma main s’immobilisa près de ma poche.
« Dans ce cas… »
Une maladie ?
Une anomalie qui se comportait comme une sorte de maladie ou de fléau.
Mon cœur se mit soudain à battre plus vite.
Cela expliquerait pourquoi personne ne pouvait la voir. Après tout, si c’était une maladie, rien d’étonnant à ce que les gens ne la détectent pas. Une maladie qui se manifestait comme un simple rhume…
Elle pouvait les rendre malades avant de les attirer ailleurs.
Un rêve ?
Le frère de Geneva avait aussi parlé comme s’il assistait à une réunion avec quelqu’un. Si son esprit se trouvait ailleurs, peut-être était-ce là que l’anomalie rencontrait réellement ses victimes.
Là où elles attendaient leur tour.
Un rendez-vous.
« … »
Je sentis mon cœur accélérer.
Cela expliquerait bien des choses.
« Une maladie qui les conduit dans le monde des rêves, où l’anomalie les reçoit pour un rendez-vous. »
Mon cœur s’emballa davantage.
Je me sentais de plus en plus proche de la vérité.
Malheureusement, comprendre ce qui se passait peut-être ne me rassurait pas. Je savais comment chercher quelque chose qui laissait des traces. Je pouvais au moins envisager quelques façons de m’occuper d’une chose qui se tenait devant moi, mais ça… ?
Par où étais-je censé commencer ?
Par précaution, je mis mes lunettes de soleil et regardai autour de moi. Mais, comme je m’y attendais, il n’y avait aucune anomalie près de moi.
Une légère pression contre mon bras attira mon attention. Geneva regardait vers la porte.
« On peut parler dehors ? »
Je hochai la tête.
Elle attendit que l’infirmière ait fini d’ajuster le pansement, puis me suivit dans le couloir. Même une fois dehors, elle resta près de la porte.
« Je crois qu’on est du même avis, non ?
— Oui. »
Je hochai la tête en la regardant se frotter le bras.
« Je me suis tellement focalisé sur l’idée qu’il s’agissait d’une anomalie invisible que je n’ai même pas envisagé l’autre possibilité. Cette possibilité… Qui aurait cru que l’anomalie pouvait être une maladie ?
Geneva jeta un coup d’œil par l’entrebâillement de la porte.
— Et ce qu’il a dit à propos de l’attente… »
Elle pinça les lèvres.
Je baissai les yeux vers ma main.
Autre chose me tracassait. Si c’était une maladie, avait-elle sa propre volonté ? Pouvait-elle choisir qui elle pénétrait ?
La notification ne m’apprenait rien d’autre que le fait que j’avais été hanté. Si cela signifiait que j’étais sa cible, alors…
« Ça veut dire que je suis déjà infecté ? »
Mes doigts se replièrent lentement. Cette idée ne me plaisait pas particulièrement.
En fait, je la détestais.
Je venais tout juste de réussir à remettre un peu d’ordre dans ma tête. L’idée que quelque chose d’autre entre dans mon corps et risque de tout foutre en l’air m’agaçait.
Et pourtant, je ne pouvais pas simplement plonger la main dedans pour l’en retirer.
« Seth.
Je levai les yeux.
Geneva avait sorti son téléphone.
— Je dois contacter la BUA. »
Je fus pris de court.
« Quoi ?
— Si c’est bien ce que nous pensons, la situation est bien plus grave que prévu. Il y a d’autres patients ici. Le personnel…
Son pouce bougea.
Je tendis la main et l’arrêtai.
Tout, sauf ça.
— Ne fais pas ça.
Elle me regarda.
— … Quoi ?
Je soutins son regard.
— À ton avis, qu’est-ce qu’ils feront si tu leur dis qu’une maladie invisible se répand dans l’hôpital ?
Son expression changea.
— Ils fermeront l’établissement.
— Oui.
— Ils n’auraient pas le choix.
— Et nous, qu’est-ce qu’on deviendrait ?
Geneva ne répondit pas tout de suite.
Je regardai de nouveau en direction du service.
Ils ne se contenteraient pas de fermer les portes et de laisser tout le monde partir. Ils voudraient savoir qui avait été en contact avec qui, où chacun était allé et si quelqu’un d’autre présentait des symptômes.
En attendant, nous resterions là.
À attendre.
Encore…
Je levai les yeux, songeur.
« J’ai déjà été coincé une fois. J’ai réussi à m’en sortir.
— … Quoi ?
— Bref, ne les appelle pas. Pas encore, en tout cas. »
Geneva me fixa un instant, puis baissa les yeux vers son téléphone.
« Mais si ça peut se propager…
— Alors, il faut découvrir comment.
— C’est pour ça que je dois les appeler.
— Et leur dire quoi, exactement ? Qu’on pense que c’est une maladie ?
Sa bouche se figea.
Je la lâchai.
— Ton frère a côtoyé d’autres personnes. Tu as été avec lui. Les infirmières se sont occupées de lui.
Geneva jeta de nouveau un coup d’œil vers la chambre.
— Est-ce qu’ils ont tous fini comme lui ?
— Non, mais…
— Alors, on ne sait toujours pas à quoi on a affaire.
Je baissai la voix.
— Même si ça peut se propager, tout le monde ne semble pas être touché après l’avoir approché.
Du moins, c’était ce qu’il me semblait.
La maladie se transmettait peut-être lentement. Elle choisissait peut-être ses victimes. Il fallait peut-être que quelque chose d’autre se produise avant. Je n’en savais rien, et c’était bien le problème.
Reporter l’appel, même un peu, était-il irresponsable ?
Probablement.
Mais se retrouver coincé dans un hôpital à cause d’une supposition ne me paraissait pas très responsable non plus. Surtout quand je faisais partie de ceux qui essayaient de comprendre ce qui se passait.
Geneva n’avait toujours pas rangé son téléphone, et je comprenais pourquoi. Elle voulait signaler la situation pour obtenir davantage d’aide de la BUA.
J’attendis qu’elle me regarde de nouveau.
« Si on veut tirer ça au clair, on ne peut pas se laisser coincer.
Être coincé, c’était ne plus pouvoir enquêter.
Tout, sauf ça.
Son regard resta posé sur moi tandis que je poursuivais.
— On attendrait qu’ils décident quand nous laisser partir, pendant que cette chose continuerait à faire ce qu’elle fait. Il faut qu’on en sache davantage avant ça. Ton frère n’a plus beaucoup de temps. »
Elle regarda le service pendant plusieurs secondes.
Puis, lentement, elle baissa son téléphone.
« … Tu as raison. Mais seulement pour l’instant. »
Son expression se fit pensive tandis qu’elle se tournait de nouveau vers moi.
« Alors, on devrait…
— Tu savais que j’étais allé chez le médecin ?
— Hein ?
— Ce médecin…
Je levai les yeux, songeur. Ces derniers temps, j’avais l’impression de le faire souvent, à repenser à ma rencontre avec le médecin.
… J’étais allé le voir.