« Pourquoi envoyez-vous soudain plus de monde à l’intérieur ? »
Kyle observa les hommes qui s’approchaient de la limite, puis se tourna vers la Secrétaire Kim.
Ils étaient arrivés dans les véhicules les plus récents et n’avaient presque parlé à personne avant de récupérer leur équipement. Aussi, voir la Secrétaire consulter son téléphone avec calme l’irritait d’autant plus.
Ça ne se faisait pas !
« Il y a des procédures à suivre. Ce n’est pas comme si…
— On n’est pas idiots, Kyle. Ce sont des éclaireurs, pas l’équipe principale. »
La Secrétaire rangea son téléphone et regarda en direction de la Porte. Au-delà des barrières provisoires, plusieurs journalistes tentaient de s’approcher, tandis que le personnel de la Guilde les renvoyait sans cesse vers leurs véhicules.
« Il n’y a pas de quoi s’énerver. C’est le deuxième groupe d’éclaireurs, et ils ont pour consigne de déterminer ce qui est arrivé au premier. »
Un premier groupe avait été envoyé avant l’arrivée de la Secrétaire. Il était principalement composé de condamnés à mort.
« Nous envoyons un autre groupe, plus compétent, pour vérifier que tout va bien à l’intérieur.
— C’est censé me rassurer ?
— Ce sont des professionnels. Nous n’envoyons pas les condamnés à mort habituels avec une caméra en espérant qu’ils rapportent quelque chose d’utile. »
Kyle reporta son regard sur les hommes. L’un vérifiait un appareil à l’aide des relevés affichés sur un écran tout proche, tandis qu’un autre inspectait l’équipement fixé autour de son poignet. Contrairement à l’équipe de Claude, aucun ne semblait particulièrement enclin à bavarder.
« Ils connaissent leur place. »
La Secrétaire lui lança un regard lourd de sens.
« L’équipe de sauvetage proprement dite est déjà en cours de formation. D’ici à son arrivée, nous devrions mieux comprendre dans quoi elle va mettre les pieds.
— Et si ces hommes ne reviennent pas ?
— Alors, nous vous enverrons. »
La Secrétaire répondit sans hésiter, et Kyle se retourna vers la Porte. Il serra les dents devant le spectacle qui s’offrait à lui.
« Pourquoi tu n’es toujours pas sorti ? Arrête tes conneries, bon sang… »
Quelques minutes plus tôt, il s’était réjoui de la tournure des événements.
À présent, en voyant d’autres personnes se préparer à entrer, sans parler de tous ces journalistes, il n’était plus tout à fait sûr de savoir s’il devait s’en réjouir.
« … Bon sang. Je le sens… »
Aucun doute là-dessus…
Ce taré tordu essayait de les briser.
Il n’arrivait toujours pas à sentir Seth correctement. Mais il savait qu’il allait bien.
La Secrétaire suivit son regard, puis le dévisagea de nouveau.
« Vous semblez singulièrement préoccupé par une mission de reconnaissance.
— Je suis préoccupé par la situation. C’est une Porte de très haut rang.
— Vous comprendrez donc pourquoi nous avons besoin de davantage d’informations avant d’envoyer qui que ce soit d’autre. »
Kyle pinça les lèvres.
Chaque réponse était assez raisonnable pour que discuter ne fasse que le rendre encore plus suspect, surtout qu’il ne pouvait pas expliquer pourquoi il voulait que tout le monde attende.
Le premier éclaireur franchit la limite.
Sa silhouette se brouilla avant de disparaître, puis les autres le suivirent après avoir vérifié l’appareil que tenait le technicien.
La Secrétaire resta près du matériel, à surveiller les relevés, tandis que Kyle prenait lentement une inspiration.
Zoey était restée silencieuse pendant tout l’échange.
Quand il se tourna vers elle, elle le regardait droit dans les yeux. Son attention s’attarda un instant sur la poche où il avait rangé son téléphone. Elle entrouvrit les lèvres, comme si elle allait lui poser une question, puis finit par les refermer.
Une expression complexe passa sur son visage avant qu’elle ne reporte son regard vers la Porte.
Kyle détourna les yeux un instant plus tard.
***
Je regardai le nouveau groupe apparaître sur l’un des petits écrans et secouai lentement la tête.
« … Encore des invités. »
Ils ne se mirent pas aussitôt en mouvement.
L’homme en tête leva la main tandis que les autres vérifiaient leurs arrières, s’assurant qu’aucun piège ni aucune anomalie ne risquait de leur tomber dessus.
Ils étaient nettement plus prudents que le groupe précédent.
« Eh bien, vous avez de la chance. Je n’ai plus de SP à dépenser. »
Les professeurs avaient été tués, eux aussi.
La partie de plaisir était terminée.
Je me rapprochai de l’écran et agrandis l’image, observant l’un d’eux comparer le couloir à une photographie. Un autre restait près de l’entrée, partagé entre la pièce devant lui et le passage derrière eux.
« Vous ne me facilitez pas la tâche. Je n’ai même pas fini de nettoyer après les derniers. »
Heureusement, j’avais déjà éliminé tout ce qui aurait pu causer un problème immédiat. Le sang avait disparu, le mobilier cassé avait été remplacé, et aucune tête tranchée ne les attendait pour les accueillir quand ils regarderaient dans la salle de classe.
Je me tournai légèrement et jetai un coup d’œil à la rangée de capsules de jeu derrière ma chaise.
Claude était allongé dans la plus proche, la tête tournée sur le côté. Sa respiration était régulière, même si le pli entre ses sourcils n’avait pas disparu. Les autres étaient dans le même état, complètement inconscients, bien que certains gardassent les mains crispées.
Naturellement, je ne les avais pas tués.
Effrayer les recrues les plus prometteuses de la Guilde, c’était une chose. Expliquer pourquoi six d’entre elles étaient mortes à l’intérieur d’une Porte juste avant que je ne sorte comme par hasard, c’en était une autre.
Je ne les aimais pas, mais je n’étais pas du genre à tuer sans raison.
Ça n’avait rien d’amusant.
Je voulais qu’ils soient vivants et qu’ils souffrent chaque fois qu’ils me verraient.
Beaucoup plus amusant.
Ouais~ Ouais~
« Hou… »
Non, tu vaux mieux que ça, Seth.
Je pris une nouvelle inspiration.
« J’ai changé. »
Le moi cinglé avait disparu. Non, j’étais toujours cinglé.
Mais un cinglé pacifique.
Un cinglé qui ne tue pas.
Un…
« Cinglé coincé. »
C’est vrai, j’étais toujours coincé.
« … Franchement, vous devriez me remercier. »
Je regardai Claude, dont les doigts se crispèrent légèrement contre le rembourrage.
« La plupart des gens vous auraient fait payer une expérience pareille. »
Il ne répondit pas, et c’était sans doute mieux ainsi. Je n’avais pas particulièrement envie d’entendre son avis, pas encore.
Je reportai mon attention sur les écrans tandis que les éclaireurs atteignaient la première salle de classe.
L’homme en tête s’arrêta près de la fenêtre au lieu d’ouvrir aussitôt la porte. Il balaya la vitre avec sa lampe, se déplaça pour éviter les reflets et attendit qu’un autre membre ait vérifié le couloir avant d’essayer la poignée.
Il marqua une courte pause quand elle tourna.
Tous les quatre observèrent l’ouverture, mais rien n’en sortit. Au bout de quelques secondes, le chef poussa la porte plus grand et se décala suffisamment pour que l’homme derrière lui puisse regarder à l’intérieur.
— C’est vide. La disposition est la même que sur les photos.
J’appuyai la joue contre ma main.
C’était plutôt intéressant de voir comment ces éclaireurs s’y prenaient.
Les pupitres de la salle étaient alignés comme d’habitude, des cahiers d’exercices ouverts sous les lampes. Les éclaireurs les examinèrent sans déranger le mobilier. L’un d’eux s’accroupit pour regarder sous une chaise, tandis qu’un autre restait près de la porte.
Ils prenaient leur temps.
Dans des circonstances normales, ça m’aurait agacé, mais je prenais beaucoup de plaisir à les observer.
L’un des hommes s’arrêta près de l’estrade.
Il dirigea sa lampe vers le bois et en suivit le bord du doigt, vérifiant le dessous avant de jeter un coup d’œil au sol.
Mon regard se posa brièvement sur Claude.
Il n’aurait sans doute pas apprécié qu’il ne reste presque aucune trace de ce qu’il avait subi.
« J’y ai consacré quelques SP, mais ça en valait la peine. »
C’était aussi pour ça que j’étais fauché.
— Je ne détecte aucun signe vital. Il n’y a personne ici.
« La première équipe a peut-être été déplacée ailleurs. Continuez les recherches. »
Ils poursuivirent leur inspection de la pièce, le faible bruit de leurs pas me parvenant par les haut-parleurs. Chaque fois qu’une lame du plancher grinçait, quelqu’un s’arrêtait pour repérer l’origine du son avant de repartir.
Je laissai le volume tel quel.
Inutile de leur envoyer un professeur. Si quelque chose se mettait à rire sous un pupitre, ils battraient probablement en retraite avant que j’obtienne ce qu’il me fallait.
En plus, je n’étais pas le seul à les surveiller.
Mon regard allait d’un écran à l’autre, vérifiant la porte, les espaces vides entre les pupitres et les zones de la fenêtre où le reflet des hommes apparaissait quand leurs lampes balayaient la vitre.
Pendant un moment, rien ne sortit de l’ordinaire.
L’homme près de l’estrade photographia le registre. Un autre vérifia le pupitre vingt-sept, suivant du faisceau de sa lampe le numéro gravé avant de regarder la chaise vide derrière.
Le garde à la porte les observait tous les deux sans rien dire.
Je me redressai légèrement et retirai ma main de ma joue.
« … Hein ? »
Je repassai les dernières secondes dans une petite fenêtre, sans quitter l’image en direct des yeux.
« Un, deux, trois, quatre… »
Je m’interrompis, un sourire s’étirant lentement sur mes lèvres.
« Cinq. »
Il y avait une personne de trop dans la pièce.
« Je t’ai eu ! »