[09 : 59s]
Je déteste l’horreur.
C’était une évidence pour moi.
La simple exposition à cela me donnait envie de vomir.
Souvent, je me suis retrouvé à vomir.
Mais ce n’était pas parce que je détestais l’horreur que je ne pouvais pas m’empêcher de perdre mon sens de la raison.
Ayant testé des douzaines de jeux d’horreur par le passé, j’avais appris à réprimer ma peur — du moins, suffisamment pour garder les idées claires en y naviguant.
J’avais mal à l’estomac.
Je ne pouvais pas ouvrir la bouche, de peur de vomir à tout moment.
Mais,
Je pouvais toujours rationaliser.
Et c’est ce que je commençai à faire.
En scellant toute la musique, permettant au silence de revenir, je repris le contrôle de mon esprit.
« La musique affecte l’état d’esprit de ceux qui l’entendent. Si l’on s’y plonge trop, on risque de perdre la tête et… »
Je regardai en direction du mur, l’estomac tordu par la nausée.
« …Je ne sais pas qui sont ces gens, mais étant donné la façon dont ils sont affectés par la musique et les informations que j’ai apprises par le talkie-walkie, ce n’est pas la première fois qu’ils vivent quelque chose de ce genre. Ils semblent également connaître les détails précis de ce scénario. »
Comment le savaient-ils ?
Ont-ils également reçu le système ? …Ou y avait-il une autre raison ?
Mon regard se posa finalement sur les objets que j’avais reçus.
« Un talkie-walkie, un papier qui peut imprimer mes pensées une fois, des bouchons d’oreille, et le masque que je porte. »
Ayant travaillé sur beaucoup de jeux auparavant, il y avait une chose que je comprenais fondamentalement en tant que concepteur de jeux.
Aucun objet n’était aléatoire ou inutile.
Chaque objet avait une raison d’être utilisé dans le « scénario », et vu que j’avais utilisé trois objets jusqu’à présent, la clé était le papier dans ma main, ainsi que le talkie-walkie.
« Le talkie-walkie… »
Une pensée me traversa soudain l’esprit.
« Si je peux entendre à travers, alors je peux très probablement communiquer avec eux aussi. Le scénario nécessite-t-il leur aide, ou puis-je le terminer sans eux ? »
J’avalai silencieusement ma salive tout en vérifiant le temps restant.
[08 : 41s]
Mon pouls tambourinait dans mes oreilles tandis que je me forçais à rester calme.
Mais pouvais-je vraiment rester calme ?
« Ahhhh — ! »
Un autre cri brisa la tension.
Bien que la musique ait disparu, j’entendais toujours cela — un hurlement aigu d’agonie pure et insensée.
Et puis, l’horreur se déroula à nouveau.
C’était la même chose que la première mort. Se défigurant avec leurs propres ongles, ils se mirent à hurler à pleins poumons.
Bang !
Puis vint le craquement sourd et écœurant alors qu’ils se cognaient la tête contre les murs — une fois, deux fois, encore et encore — chaque coup plus brutal que le précédent.
Bang ! Bang !
Le sang gicla, s’infiltrant dans les murs comme de l’encre sur du parchemin.
Mon estomac se souleva. Je serrai les dents, me forçant à ravaler la vague de nausée.
— Quoi… que vous fassiez… résistez…
La voix provenant du talkie-walkie était tendue, désespérée.
— C-capitaine, je ne tiendrai plus très longtemps… La musique… Je n’arrive pas à l’étouffer.
— Résistez ! Vous devez résister jusqu’à la deuxième symphonie ! Les choses iront mieux à ce moment-là !
— Vraiment… ?
Je balayai du regard les visages de ceux qui m’entouraient.
Pâles. Trempés de sueur. Tremblants.
Compte tenu des expressions de toutes les personnes présentes, je doutais que la plupart d’entre elles puissent atteindre la deuxième symphonie.
Et même si elles y parvenaient, et si cela empirait ?
Mais plus important encore —
« Je ne veux plus voir de sang. »
La vue était trop sinistre et glaçante.
Fermer les yeux était tentant, mais je savais que ce n’était pas la bonne chose à faire. Je devais observer. Je devais trouver une issue.
Ah, quelle contrariété…
Me retenant de parler, je reportai mon attention sur la description du scénario et la relus une fois de plus.
« Orchestre auto-dirigé… Reconnu pour sa quête incessante de la perfection… Il faut …faire attention à ne pas être trop captivé par la musique, de peur de perdre son propre sens de soi… »
Il y avait un moyen de réussir cela.
J’avais tous les outils pour réussir le scénario. Tout ce que j’avais à découvrir maintenant était la « clé » pour renverser la situation.
[04 : 37s]
Le temps continuait de s’échapper.
Il ne restait que quatre minutes avant que les bouchons d’oreille ne perdent leur effet.
Mon esprit s’emballait.
Je devais réfléchir vite !
Giclement !
« ….. ! ? »
Au milieu de mes pensées, quelque chose d’humide gicla contre moi. Mes muscles se tendirent et je perdis le souffle pendant quelques secondes. Cela coula le long de mon masque tandis que je me retins de parler et forçai mes pensées à s’éloigner.
« Concentration, concentration… »
Je relus une fois de plus la description du scénario.
« Orchestre auto-dirigé… Reconnu pour sa quête incessante de la perfection… Il faut …faire attention à ne pas être trop captivé par la musique, de peur de perdre son propre sens de soi… »
J’avais besoin d’une sorte d’indice.
Quelque chose.
N’importe quoi.
[03 : 43s]
Le temps s’écoulait.
Il n’attendait personne, s’épuisant constamment, tout comme mon esprit, tandis que les battements de mon cœur résonnaient bruyamment dans ma tête.
Ba… Boum ! Ba… Boum !
L’anxiété commença à me ronger.
Plus j’étais proche de manquer de temps, plus mon anxiété grandissait.
Elle commençait à dévorer mon esprit.
Le mâchant lentement.
« Orchestre auto-dirigé… Reconnu pour sa quête incessante de la perfec— »
« …. ! ? »
Ma tête se redressa. Une pensée me frappa comme un train de marchandises.
Mes yeux se fixèrent sur le chef d’orchestre au centre de la scène.
Ses mains se déplaçaient en mouvements élégants, chaque coup de baguette précis. Délibéré.
Parfait.
« Attends, parfait… ? »
Une idée se forma, mais elle était improbable.
Le temps s’écoulait pendant que je faisais cela.
[01 : 22s]
Ma respiration devint superficielle.
Je manquais lentement de temps.
Il ne restait qu’une minute. C’était le temps qu’il me restait avant que les bouchons d’oreille ne cessent de fonctionner, avant que la musique ne pénètre à nouveau dans mes oreilles.
D’ici là, il serait trop tard pour moi.
Non, peut-être qu’il était déjà trop tard.
Non. Non, je refusais que cela arrive.
Mes lèvres s’entrouvrirent bientôt, et au milieu de l’orchestre, ma voix chuchota doucement dans l’air.
« C’est de la merde, putain. »
Ma voix fut noyée au milieu de la musique et des cris.
Et pourtant, comme s’il était capable d’entendre ma voix, les mouvements du chef d’orchestre se raidirent.
Ce fut bref, mais cela n’échappa pas à mes yeux.
« Ça a marché… ! ? »
Une lueur d’espoir s’alluma alors en moi.
C’est là que j’ouvris à nouveau la bouche.
« …Je suis sur le point de m’endormir. »
Les bras croisés, je fis semblant de fermer les yeux tandis que ma tête s’inclinait. En même temps, je regardai furtivement en direction du chef d’orchestre.
Comme prévu, ses mouvements se raidirent à nouveau.
Mais seulement pour un bref instant.
Mon cœur se serra.
« Ce n’est pas suffisant ? »
Il y avait une réaction, mais c’était loin d’être suffisant.
[01 : 15s]
Le temps filait.
J’en étais dangereusement proche.
Pas assez. Pas assez. Pas assez.
Je regardai désespérément les objets qui m’avaient été fournis. Jusqu’à présent, il ne m’en restait que deux. Ayant déjà utilisé le masque et les bouchons d’oreille, je réalisai que la réponse se trouvait dans les deux objets que je tenais.
Mais comment ? Comment pouvais-je les faire fonctionner ?
Ma poitrine se contracta soudainement tandis que le temps continuait de s’écouler.
Je me sentais anxieux, et mon estomac gargouillait.
[0: 59s]
Ma main trembla tandis que mes yeux passaient rapidement d’un objet à l’autre.
Et puis, quelque chose me frappa soudainement.
Je n’hésitai pas à tendre la main vers le talkie-walkie.
Clic !
Progressivement, mes lèvres s’entrouvrirent tandis que je parlais :
« Si vous voulez vivre, faites ce que je dis. »