Chapitre 703
Le bureau numéro un était propre et lumineux. Le blanc et le jaune pâle dominaient. La pièce inspirait aux visiteurs un sentiment de chaleur et d’accueil. Il n’y avait ni plante ni parfum, mais une légère odeur flottait dans l’air. Elle donnait l’impression de retrouver les bras de sa mère. L’endroit était très accueillant.
Après avoir lu le dernier document, la femme d’âge mûr leva les yeux. La pièce sembla alors s’illuminer. Même les ombres dans les coins se dissipèrent. Elle ôta ses lunettes et observa Gao Ming. Ses lèvres épaisses s’entrouvrirent. Son regard empreint de compassion n’avait rien d’accablant. Elle n’était pas une beauté conventionnelle, mais sa présence inspirait un sentiment de familiarité.
« Mère, la personne est arrivée. »
« Mon enfant, combien de fois t’ai-je dit de m’appeler représentante Ci Mei quand nous avons des invités ? » La voix de la femme était forte, mais douce, à son image. « Très bien. Tu peux partir. Referme la porte derrière toi. » Après le départ de Ci Tong, un infime sourire se dessina sur ses lèvres. Elle semblait avoir prévu l’arrivée de Gao Ming. Elle lui désigna la chaise en face d’elle. « Approchez, je vous prie. J’ai la vue basse. »
« Ça ira. » Gao Ming posa les preuves photocopiées sur la table. « La représentante Ci Mei a l’air de prendre son temps. »
« Pourquoi dites-vous cela ? » La femme posa le menton dans sa main et ne prêta aucune attention aux preuves. Elle examina plutôt attentivement les yeux de Gao Ming.
« N’apparaissez-vous pas sur toutes les photos ? »
« Si. On me voit sur celle-ci, avec une tête décapitée dans les bras, et sur celle-là, en train de découper les vêtements d’un homme avec un couteau. J’allais souvent dans les hôtels de Wan Sheng pour confesser mes péchés, ma stupidité, ma malveillance et mon impuissance. » Ses propos étaient horribles, mais son expression, sainte. Pourtant, le parfum qui émanait d’elle s’intensifia. Gao Ming en resta impressionné. Elle ne semblait pas se croire en tort. Elle avait transformé ses péchés en pénitence. On aurait dit une folle enfermée dans son propre monde, qui dissimulait ses crimes sous un voile de lumière.
« Vous êtes plutôt honnête. » Gao Ming s’assit. « Alors, je vais vous rendre la pareille. Les informations disent que vous passez votre temps dans la Septième Rue et que vous essayez d’y éliminer les gangs. »
« Pourquoi ne pas avoir appelé les citoyens à attaquer les gangs de la Deuxième Rue ? Ne me dites pas qu’il n’y en a pas ici. » Gao Ming s’adossa à son siège. « Tout ça n’est qu’une transaction. Vous ne servez pas le peuple. Vous vous servez de lui. »
« Tout ce que je fais vise à extirper les ténèbres de cette ville. Avant l’aube, je dois marcher dans l’obscurité. C’est un mal nécessaire. » Elle savait vendre son histoire. Il était plaisant de l’écouter. Mais elle était si éhontée que Gao Ming en était agacé.
« Je connais vos ambitions. Vous avez dû traverser bien des épreuves pour en arriver là. Je ne suis pas venu vous corriger. Je veux coopérer avec vous. » Gao Ming se tapota la poitrine. « Moi aussi, je déteste les vices et j’admire la lumière. Je n’hésiterai pas à faire taire les méchants. »
« Quelqu’un comme vous sera béni. »
Gao Ming ne perdit pas de temps. « La Troisième Rue est limitrophe de la Deuxième Rue. Le gang local, Wan Sheng, menace les représentants et méprise la loi. Le nouveau gang, la Société Zhu Chuan, mène des recherches pharmaceutiques dans le plus grand secret et fait des expériences sur des humains. Si nous les poussons à s’entretuer, nous aurons une occasion à saisir. »
« Vous parlez d’une occasion pour la Deuxième Rue. » Ci Mei n’était pas sotte. Elle posa la question d’un ton désinvolte.
« C’est une occasion pour la Deuxième Rue et pour le conseil municipal. Mais j’aimerais qu’elle soit la vôtre. » Gao Ming avait étudié cette femme. Elle avait gravi les échelons en lavant le cerveau du public. Le conseil municipal se servait d’elle pour équilibrer les forces de la Deuxième Rue. Elle était amie avec nombre de puissants. Pourtant, si les chefs de gang en avaient l’occasion, ils n’hésiteraient pas à la mettre en pièces.
« La mienne ? »
« Le public est de votre côté, mais vous manquez de pouvoir. En revanche, si vous obtenez les hommes de Wan Sheng et les médicaments de Zhu Chuan, vous pourrez réaliser votre rêve dans cette ville. Vous n’aurez plus à craindre les menaces. Vous serez alors la lumière de cette ville. » Gao Ming remarqua le léger changement d’expression de Ci Mei. Sans se presser, il sortit le règlement de la police de nuit et se mit à le lire.
« Pourquoi moi ? » Le regard de Ci Mei passa du visage de Gao Ming au livre usé.
« Il faut de la lumière pour équilibrer les ténèbres, même si cette lumière est fausse. » Gao Ming avait dit tout ce qu’il avait à dire. « Les gangs sont tous des parasites. Il faut les éliminer. Zhu Chuan et Wan Sheng ne sont que notre première étape. Si tout se passe bien, nous pousserons peu à peu les autres gangs à s’affronter. Nous finirons par atteindre la Septième Rue. Ensuite, vous serez saluée comme la première femme maire de la ville, la sauveuse de ce monde. »
…
Quand Gao Ming quitta l’Église du Sacré-Cœur, le ciel était trouble. Il reconduisit Wu Wei jusqu’à la Rue des Chiens et cacha le taxi.
« Quelle journée tranquille. » Gao Ming se dit qu’il venait enfin de passer une bonne journée lorsqu’il remarqua que les portes et les fenêtres du studio avaient été fracassées. Un homme vêtu d’une tenue de patient était assis dans l’ombre. Sa tête penchait selon un angle étrange. Ses lèvres s’entrouvrirent et il laissa échapper un rire sinistre.
« Sa malveillance part complètement en vrille ! Pourquoi y a-t-il un monstre aussi dangereux ici ? » Wu Wei était terrifié.
« Directeur Lee ! Xiao Wu ! Au secours ! On est là ! » La voix de Ding Xiang retentit d’en haut. Elle et Jia Youzhi étaient ligotés sur le toit. Ils se trouvaient tout près du patient. S’il perdait le contrôle, ils seraient ses premières victimes.
« Qui a fait ça ? » Gao Ming avait déjà sa petite idée, mais il posa tout de même la question.
« La police de nuit ! Un vieux flic est venu hier soir vous chercher. Comme on refusait de lui dire quoi que ce soit, il nous a ligotés ici pour nous torturer ! » cria Ding Xiang. La peur avait déformé sa voix.
« Laissez tomber. Je vais regarder les enregistrements moi-même. » Gao Ming retrouva la vidéo et la lança.
Vieux Chien avait rendu visite au studio la nuit précédente. Jia Youzhi et Ding Xiang s’étaient rendus sans résistance. C’était pour cette raison que Vieux Chien les avait épargnés. Mais le vieil homme les avait transformés en jouets pour amuser le patient.