Chapitre 704
Jia Youzhi et Ding Xiang étaient suspendus au plafond. En entendant les voix diffusées par la vidéosurveillance, ils eurent l’air gêné.
« La vidéo n’a pas filmé le moment où nous avons refusé de nous rendre. Moi, Ding Xiang, je suis célèbre pour mon héroïsme ! »
« Directeur Lee, à partir de maintenant, je serai votre chien ! Jia Youzhi ne vous dira jamais non. Dépêchez-vous de chasser ce fou ! Vous ne pouvez pas nous laisser pendus ici ! »
Les deux subordonnés de Lee Sansi excellaient dans l’art de n’avoir aucune honte. Pour sauver leur peau, ils auraient dit n’importe quoi.
« Qu’est-ce qu’on fait ? » demanda Gao Ming à Wu Wei.
« On devrait couper la corde et les donner au patient. » Wu Wei se félicitait d’avoir choisi de partir avec Gao Ming. Sinon, elle aurait été pendue avec les deux autres.
« Je veux dire, comment tu gères d’habitude une rencontre avec un patient ? On appelle la police ou l’hôpital ? »
« Ah. Ça. » Wu Wei sortit son téléphone pour appeler l’hôpital de la Société Zhu Chuan. « La police de nuit s’occupe des patients en crise. Ceux qui ont encore toute leur tête, il vaut mieux les laisser à Zhu Chuan. Ils ont besoin de volontaires pour leurs expériences, alors ils sont tout à fait disposés à les prendre. Par contre, après que Zhu Chuan les a récupérés, la plupart des patients ne réapparaissent jamais. »
Une ambulance arriva bientôt au studio. Plusieurs infirmiers baraqués en descendirent, chargés d’outils. Ils emmenèrent le patient.
« Directeur Lee, je ne sais pas comment vous remercier de m’avoir sauvé la vie. » Épuisé après être resté pendu toute la nuit, Jia Youzhi s’effondra dès qu’on le décrocha.
« Après tout ce que j’ai vécu, je vois enfin que seul le directeur Lee nous traite bien. Le directeur Lee, c’est ma famille, maintenant. » Ding Xiang voulut ramper jusqu’à Gao Ming, mais il pouvait à peine bouger.
« Arrêtez de parler. Réparez vite la porte et les fenêtres. Sinon, d’autres patients risquent de nous rendre visite. » Gao Ming entra dans la réserve d’accessoires avec son sac. Il allait faire une sieste quand des bruits retentirent dans la Rue des Chiens. En plein jour, un groupe de personnes fit irruption dans les lieux. La porte n’avait même pas été réparée qu’elle était déjà de nouveau en morceaux.
« Il est où, Lee Sansi ? Qu’il se montre ! » Un membre de gang portant un tatouage de tigre des montagnes sur la poitrine apparut. Il tenait une liste de noms. Quelques personnes le suivaient.
« C’est un tatouage de tigre vert. C’est un membre important de Wan Sheng », souffla Jia Youzhi en rentrant la tête dans les épaules. « Ça sent mauvais. »
Gao Ming cacha son sac parmi les accessoires et sortit d’un pas las. « C’est moi, Lee Sansi. »
« Tu as du cran, de ne pas avoir pris la fuite. » L’homme au tatouage hocha la tête. « Je m’appelle Qi Chong. Je suis l’un des treize maîtres de salle de Wan Sheng. La Société Zhu Chuan a conclu un accord avec nous. Wan Sheng va récupérer les ressources, les biens et les hommes de Hei Ao. »
« Hei Ao est fichu. » Ding Xiang se cacha derrière Gao Ming. Il n’avait pas l’air heureux : ils étaient passés de Charybde en Scylla.
« Aujourd’hui, c’est l’enterrement de Grande Sœur. Je ne veux pas voir couler le sang. Suivez-moi. » Qi Chong ne leur laissa guère le choix. Il ordonna à ses hommes de s’emparer du groupe de Gao Ming, puis les poussa dans une grosse voiture. Il n’y avait pas de sièges à l’intérieur. Beaucoup de gens s’y entassaient, notamment les maîtresses de Hei Ao, sa famille et ses subordonnés. Les proches de Hei Ao avaient été roués de coups. Son bras droit était à peine encore en vie.
« Zhu Chuan ne veut pas de conflit avec Wan Sheng. Ils nous ont livré Hei Ao pour qu’on s’en occupe. À partir de maintenant, c’est moi votre nouveau maître. » Qi Chong consulta la liste. « On passe à l’endroit suivant. »
Il n’y eut aucun conflit. Zhu Chuan faisait preuve d’une patience déconcertante. Ils préféraient abandonner Hei Ao plutôt que de bouger. Qui savait ce qu’ils mijotaient ?
« On dirait que leurs expériences ont atteint un stade crucial et qu’ils ne veulent pas prendre de risques. » Ce qui était étrange, c’était que la police de nuit n’ait pas bougé non plus.
Des cris résonnèrent aux oreilles de Gao Ming toute la matinée. Se ranger aux côtés d’un membre de gang était dangereux. Tant que Hei Ao était au pouvoir, ses proches régnaient en maîtres. À présent qu’il était tombé, ils étaient les plus durement touchés. Ceux qui étaient venus au studio réclamer la dette de Hei Ao avaient eu les dents cassées. Les hommes de Qi Chong prenaient leurs précautions : ils torturaient les prisonniers juste assez pour ne pas les tuer. Les deux voitures firent un long détour avant d’atteindre le territoire de Wan Sheng. Après tant d’années, Wan Sheng pouvait enfin relever la tête. Pourtant, l’atmosphère était tendue : tout cela s’était payé par la vie de la fille de leur chef.
« Cette vieille tortue a vraiment de la patience », maugréa Jia Youzhi. « Quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis comme nous qui trinquent. Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? On est tous des victimes. »
« Chut. Ne les laisse pas t’entendre. » Ding Xiang ramassa de la poussière dans la voiture et s’en couvrit le visage et le cou. Il ébouriffa ses cheveux. « Wu Wei, tu devrais faire pareil. Tu n’es pas vraiment jolie, mais qui sait s’il y aura des pervers que l’apparence ne dérange pas ? »
Les voitures ralentirent. Une lumière aveuglante pénétra dans les véhicules. Gao Ming aperçut des billets funéraires qui voletaient et des pans de tissu blanc.
Personne ne s’était attendu à ce que la fille du chef soit tuée sur leur propre territoire. C’était l’équivalent d’un piétinement de la dignité de Wan Sheng. Les lames brillaient au soleil. La moitié des maîtres de salle de Wan Sheng étaient là. La rue Wan Sheng était noire de monde.
« Ce sont les hommes de Hei Ao ! Tuez-les pour venger Grande Sœur ! »
« Les tuer, ce serait trop clément ! Leur vie ne vaut rien à côté de celle de Grande Sœur ! Il faut leur arracher les organes et leur injecter des cocktails nutritifs, pour qu’ils soient condamnés à vivre en enfer ! »
« Oui ! Oui ! »
Les membres du gang hurlaient de toutes parts. Jia Youzhi et Ding Xiang tremblaient. Ils tentèrent de se justifier, mais personne ne les écouta. Les dirigeants de Wan Sheng ne voulaient pas entendre leurs appels. Ils cherchaient simplement un bouc émissaire pour calmer la foule. Ils n’osaient pas s’en prendre à la Société Zhu Chuan, plus puissante ; ils ne pouvaient donc s’acharner que sur les victimes pour sauver la face.
« Bande de rongeurs. Je vais venger Grande Sœur ! » La foule s’écarta pour laisser passer un homme d’environ deux mètres. Torse nu, il portait dans le dos un tatouage de tigre affamé. Il attrapa l’un des hommes de Hei Ao et abattit son couteau. Le malheureux fut tranché en deux, sans avoir presque eu le temps de dire un mot. Son cadavre fut jeté dans la foule. Le sang teignit les billets funéraires en rouge. La foule acclama le geste. La mort attisa la haine. La malveillance se répandit.
« Yin Shou ! Qui t’a dit de faire ça ?! » Qi Chong voulut l’arrêter, mais il était trop lent.
« On est tous les deux maîtres de salle. De quel droit tu me donnes des ordres ? » Yin Shou l’ignora et se tourna vers une autre victime.
Les funérailles n’avaient pas encore commencé que la situation était déjà en train de dégénérer.