Chapitre 8
『 Irvar, Nothran — 26 Everi, 12 h 10 』
Noémie se perdit dans ses souvenirs, réfléchissant en parallèle à l’origine possible de ce démon et à sa nature. Pouvait-il infecter ou posséder d’autres personnes ? Contrôler Itoî à sa guise ? Tant de questions…
Dring, dring !
Noémie sursauta. Elle regarda sa montre en cuir marron. Elle indiquait midi dix.
— Mince ! Ça doit être Kaelle. Je n’ai même pas préparé le repas ! se dit-elle avant de se lever précipitamment pour aller lui ouvrir.
— Tu vas bien, mon cœur ? demanda-t-elle une fois la porte ouverte.
— Pfiouh… Oui, ça va, maman, merci. Désolée pour le retard, j’ai raté le premier train, dit Kaelle, essoufflée par sa course jusqu'à la maison.
— Ce n’est pas grave, ne t’inquiète pas. Va prendre une douche, je n’ai pas encore eu le temps de préparer le repas, répondit Noémie en prenant le sac et la veste de sa fille.
Kaelle regarda sa mère et remarqua qu’elle était toujours pensive.
— Tu penses encore à ce qui est arrivé à Itoî ?
— Je… Oui. Je ne sais toujours pas comment c’est possible, ni comment tout cela a pu commencer ou être provoqué, répondit Noémie, les sourcils toujours froncés.
Elle semblait réellement inquiète.
— Ne t’inquiète pas, maman. Tu nous as fait des amulettes, non ? Ce sont bien des colliers destinés à empêcher un démon potentiel de surgir, pas vrai ? répliqua Kaelle avec un sourire en inclinant légèrement la tête sur le côté.
Noémie reprit ses esprits et sourit.
— Comment sais-tu qu’elles sont déjà terminées ? demanda-t-elle, étonnée.
— Hé hé hé… Je t’ai entendue sortir dans le jardin, une fois, après avoir dit au revoir à papa. Je t’ai suivie discrètement. J’ai entendu des bruits de pièces qui tombaient et, malgré la fumée — même si tu l’avais bien dissimulée —, je l’ai aperçue et j’ai senti une légère odeur, expliqua Kaelle en souriant à sa mère tout en avançant vers le salon.
— Petite fouine ! s’exclama Noémie en riant, visiblement plus détendue.
— Je n’ai pas perdu la main, tu sais. Avant, j’aidais ton père à forger des bijoux. Maintenant qu’il travaille avec une grande entreprise, j’ai pris ma « retraite », si je peux dire ça comme ça, continua Noémie en marchant avec sa fille vers le salon.
— Bon, maman, je vais prendre ma douche. J’ai une faim de loup, moi aussi ! Oh, d’ailleurs, où sont les autres ? demanda Kaelle.
— Dans le jardin. Tu pourrais aller les voir après ta douche. Puis, quand nous aurons tous mangé, je pourrai vous offrir vos amulettes, répondit Noémie.
Kaelle hocha la tête, puis se dirigea vers la salle de bains.
Noémie se rendit dans la cuisine, se lava les mains et commença à préparer le repas. Elle tourna la tête vers la baie vitrée : les enfants semblaient s’amuser dans le jardin.
— Hé, Uyan, on te coupe les cheveux ? Tu vois quelque chose avec toutes ces mèches qui te tombent sur les yeux ? demanda Itoî en taquinant son petit frère.
Uyan posa ses mains sur sa tête, comme pour se protéger, puis répondit :
— Non ! Ça fait partie de moi !
— Tu pourrais peut-être les attacher, suggéra Vars aussitôt.
Uyan ne répondit pas pendant quelques instants. Puis il murmura :
— Bah… Je n’aime pas trop qu’on voie mes yeux, en fait… Je me sens jugé.
Voyant son petit frère troublé, Vars releva doucement les mèches qui tombaient sur son visage. Il le regarda dans les yeux avec un sourire.
— Mais ils sont super beaux, tes yeux ! C’est rare d’avoir une couleur différente pour chaque œil. Tu en as un ambré, comme Itoî, et l’autre complètement noir.
Uyan écarta vivement la main de son grand frère de son visage, visiblement très gêné, puis le remercia dans un murmure :
— M-Merci…
— Bon, les gars ! Moi, il y a une chose que j’attends avec impatience ! Dans un an, je pourrai savoir quel élément je possède ! s’exclama Itoî avec enthousiasme.
— Tu penses que ce sera lequel ? demanda Uyan.
— Franchement, je ne sais pas… Mais un truc stylé ! La foudre, la glace ou le feu, tiens ! répondit Itoî.
— Hé… hé… hé, ricana Vars.
— Quoi ? J’ai dit quelque chose de bizarre ? rétorqua Itoî.
— Moi, les gars, je connais déjà le mieeeen ! annonça Vars, tout jubilant.
— En vrai ?! répondirent simultanément les deux autres garçons.
— Montre ! Vite, vite, viiite ! s’écria Itoî en sautillant d’excitation.
— Bon, les gars, vous êtes prêts ? Un, deux… trois !
Vars invoqua une jolie fleur aux pétales roses dans la paume de sa main.
— Ouaaah ! s’écrièrent Itoî et Uyan, les yeux remplis d’étoiles.
Itoî enchaîna aussitôt :
— Mais comment ça se fait que tu peux créer une fleur ? Je ne connais aucun élément capable d’invoquer des plantes, moi.
— C-C’est une magie de seconde zone, lâcha Uyan, intimidé.
Uyan baissa les yeux un instant, réfléchissant à ce que Vars venait de faire.
Mon grand frère est un monstre ou quoi ? La magie de la Nature est l’une des plus complexes à maîtriser. Seule une poignée de personnes savent la contrôler !
Uyan releva la tête et regarda Vars, qui riait avec Itoî.
— Grand frère, depuis quand maîtrises-tu cette magie ? demanda-t-il d’une voix angoissée.
— D’après maman et papa, j’arrivais à produire de petits jets d’eau avec mes mains et à matérialiser de la terre dès l’âge de quatre ans. Puis, je crois qu’un an plus tard, si mes souvenirs sont bons, je parvenais à créer des bouquets de roses. J’avais tendance à en offrir tous les jours à maman.
Uyan laissa tomber sa console, qui s’écrasa sur le sol sous le choc.
Mais… Mais c’est une blague ? Je ne connais même pas une seule personne vivante sur cette planète qui ait accompli un tel exploit !
Voyant la console d’Uyan tomber, Vars s’inquiéta et posa une main sur l’épaule de son petit frère.
— Wow ! Ça va ? Tu ne lâches jamais ta console, normalement. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Uyan regarda son frère en tremblant, puis lui dit :
— T’es un monstre. Je n’arrive pas à imaginer que tu maîtrises la magie de la Nature depuis tes cinq ans.
Vars rit, un peu gêné.
— Hé hé hé… On me le dit souvent. J’ai dû tenir ça de maman. Elle est très douée, elle aussi, pour la magie.
— Je pensais que maman était une exception… Maîtriser la magie de la Lumière n’est clairement pas donné à tout le monde. Mais alors, la magie de la Nature… murmura Uyan, intrigué.
— Les gars, je ne comprends rien à votre charabia. Vous dites quoi ? C’est bien que grand frère soit aussi chaud patate, non ? lança Itoî.
— C-Ce n’est pas la question, Itoî. Je ne connais même pas un mage suprême de ce niveau. Cela signifie que grand frère, à seulement treize ans, connaît les éléments de la Terre, de l’Eau et de la Nature… Non, tu maîtrises aussi la Lumière, pas vrai ? demanda Uyan en se tournant vers Vars.
Vars se gratta les cheveux, l’air gêné.
— Oui, hé hé. Mais les gars, je n’arrive pas à la cheville de maman ! Je connais effectivement ces quatre éléments, mais je n’utilise vraiment que celui de la Nature. Je n’ai donc pas le même niveau dans les trois autres.
— Et concernant ton niveau avec l’élément de la Nature… Tu penses pouvoir battre maman en combat singulier, par exemple ?
Vars réfléchit quelques instants avant de regarder Uyan droit dans les yeux, très sérieux.
— Si je dois te répondre sérieusement, je dirais que—
La baie vitrée s’ouvrit et Noémie leur lança :
— Les enfants ! À table ! Il est déjà midi quarante !