Chapitre 7
Elle retira soudain sa main, comme par réflexe.
Les yeux du garçon se mirent à pleurer du sang. Puis Itoî lévita.
— Femme, ce n’est pas fini entre toi et moi. Je te l’assure : ce gamin sera à moi, dit la voix démoniaque à travers Itoî.
La peau d’Itoî perdit toute sa couleur. Son teint beige, légèrement hâlé par le soleil, devint terne et cireux.
Dans un dernier élan, Noémie se précipita vers l’étagère et s’empara de deux pierres.
Elle lança la première vers Itoî et écrasa l’autre dans sa main.
— Erlot’s Cage ! Referme-toi ! ordonna-t-elle.
La cage se referma instantanément autour d’Itoî. Ses barreaux, d’un bleu éblouissant, semblaient indestructibles.
— QU’AS-TU FA—
La voix s’estompa. Itoî cessa de léviter, mais la cage resta en place.
— Pfiouh… Il semblerait que ce ne soit clairement pas un esprit vengeur, et sûrement pas un démon mineur, vu la témérité de cette créature. La question, c’est : pourquoi maintenant ? S’est-elle immiscée en lui à un moment précis, ou était-elle déjà présente depuis la naissance d’Itoî ? se demanda Noémie.
— Kaelle ! s’écria-t-elle.
Des pas précipités retentirent dans le couloir.
— Oui, maman !
La porte s’ouvrit.
— P-Pourquoi Itoî est-il dans une cage ? demanda Kaelle.
— C’est beaucoup plus grave que ce que je pensais, Kaelle. Ton père est au travail, mais il va falloir que tu lui envoies un Kolupeo. Dis-lui de me rapporter des pierres de Seit, dit Noémie d’un ton sérieux.
— Compris. Mais pourquoi des pierres de Seit ? Papa pourra-t-il en trouver avant de rentrer à la maison ? demanda Kaelle.
— Oui, ça devrait aller. Je lui avais demandé de conserver quelques pierres importantes au cas où ce genre de problème surviendrait. Il travaille aujourd’hui dans son local, alors nous devrions pouvoir le prévenir facilement. Ah, et demande-lui aussi des pierres de mana ainsi que des cordes d’Orva.
— Ça marche, maman. Je m’en occupe tout de suite. Mais qu’est-ce qu’on fait pour Itoî ? demanda Kaelle en se dirigeant vers la porte.
— Je vais m’en occuper. Je vais rapetisser la cage afin qu’il puisse y rester sans problème. Je la retirerai après avoir forgé des amulettes pour chacun de vous, répondit Noémie avant de tituber.
— Maman ! s’écria Kaelle en lui attrapant la main pour l’empêcher de tomber.
— Ç-Ça va aller. Merci, murmura Noémie avec un faible sourire.
Kaelle l’aida à s’asseoir sur le lit, puis s’installa à ses côtés.
Noémie regarda sa fille dans les yeux et déclara d’un ton très sérieux :
— Ne dis rien à Vars ni à Uyan. Ne les inquiète pas davantage. Je ne connais pas encore la nature exacte du problème.
— D-D’accord, maman. Ils dorment. J'ai veillé à ne pas les inquiéter. J’ai fait passer ça pour une maladie infectieuse, même si je pense qu’Uyan ne m’a pas crue… Quant à Vars, il a continué à dormir comme une tombe, dit Kaelle pour rassurer sa mère.
Kaelle se leva et se dirigea vers la porte. Elle saisit la poignée et l’abaissa.
— Kaelle, appela Noémie.
Kaelle se tourna vers sa mère.
— Oui ?
— Je sais que je suis plus stricte avec toi parce que tu es l’aînée, mais je voulais te dire… merci, ajouta Noémie avec un sourire.
— Hein ? répondit Kaelle.
Une larme coula le long de sa joue. Elle s’essuya rapidement le visage avant de répondre :
— Ne t’inquiète pas, maman. Je serai à la hauteur de tes attentes et je protégerai mes petits frères, quoi qu’il arrive.
Puis elle courut vers sa mère et la serra dans ses bras. Noémie lui rendit son étreinte.
— Je suis déjà fière de toi, mon cœur. Encore merci, murmura-t-elle en la serrant contre elle pendant quelques secondes avant de la relâcher.
— Allez, maman. Je m'occupe de tout ça. Repose-toi, répondit Kaelle en sortant de la chambre.
Noémie s’allongea sur son lit et posa le dos de sa main contre son front.
— Ha… J’aurais bien voulu recevoir un coup de main de papa, ou même de Silvester, pour m’aider à tenir le coup moralement. Bon, je vais dormir un peu. Quand Silvester sera là, je pourrai commencer à forger tout ce qu’il faut dans le petit local du jardin, murmura-t-elle en soupirant.