Chapitre 47
Les garçons se mirent à fouiller à trois dans le petit bunker qui servait de grenier à leur grand-père. À l'intérieur de celui-ci se trouvaient surtout des cartons poussiéreux, des bâtons, des baguettes magiques cassées, des livres déchirés et des vêtements sales.
— Je vous ai dit les gars, depuis 5 minutes je cherche, y a rien ! s'écria Itoî en continuant de fouiller dans les cartons à la va-vite.
— O-Ouais, on dirait qu'on va pas trouver grand-chose... Puis je pense pas qu'offrir un bâton à Kaelle l'intéresserait, répondit Uyan, qui était un peu plus à l'écart et observait le bunker de fond en comble.
À part des toiles d'araignée, un établi à côté d'une enclume un peu rouillée, il n'y avait rien qui lui tapa à l'œil. Alors il s'approcha de l'établi, se mit à quatre pattes et aperçut une petite boîte en carton, sur laquelle était inscrit au feutre le mot « pierre ».
— T'as trouvé un truc, Uyan ? demanda Vars en continuant de mélanger une boîte pleine d'outils rouillés.
— Euh...
— Les petiots, vous êtes où ? s'écria Erwin, dont la voix venait de l'extérieur du bunker.
Uyan cogna sa tête de peur.
BONK
— Aïe !
Vars souffla en voyant son petit frère se frotter la tête. Il avait du mal à se retenir de rire.
— Ça va ? dit Vars avec les larmes aux yeux à force de se retenir.
Uyan hocha légèrement la tête. Il se retenait lui aussi de pleurer, mais pas pour la même raison que Vars...
Itoî semblait toujours aussi concentré à chercher un cadeau pour sa grande sœur ; il n'avait pas remarqué qu'Uyan s'était cogné ni que leur grand-père les avait appelés.
— Ah, vous voilà, les garçons ! Bon écoutez, j'ai un cadeau pour ma petite fille, dit Erwin tout fier.
Les trois garçons se retournèrent en direction de leur grand-père.
— C'est quoi ? demanda Vars.
— Montre, vite vite vite, Papy ! dit Itoî.
Uyan, lui, observa en silence.
— Tadah ! dit le grand-père en sortant de sa poche une vieille montre au bracelet en cuir rouge, bien scintillante. Elle semblait avoir été retouchée récemment. Le boîtier était en argent et le cadran avait une couleur beige.
— Woah ! s'écrièrent les trois garçons, émerveillés.
— C'était à votre grand-mère. De base, je voulais l'offrir à Noémie, ma tendre fille, mais elle n'y est plus. Alors, elle doit revenir à Kaelle.
— C'est incroyable, Papy ! Elle est superbe, la montre ! dit Uyan, enthousiaste.
— Ouaip ! dit Vars.
— Le truc, Papy, c'est que nous, on a rien trouvé...
— Vous pouvez offrir la montre avec moi si vous voulez !
Uyan se remit à quatre pattes et sortit avec difficulté la petite boîte de dessous l'établi.
— Papy ! C'est quoi cette boîte ? demanda Uyan, intrigué.
— Oh, ça, il y a quelques gemmes assez jolies dedans.
Vars s'écria :
— J'ai une idée ! Papy ! Ça te dirait pas de m'aider à faire trois accessoires pour Kaelle ?
— C'est une très bonne idée ! dit le vieil homme.
Itoî et Uyan semblèrent aussi apprécier l'idée.
— J'avais pensé à faire un bracelet, une bague et une boucle d'oreille !
Le vieil homme sourit, ravi de l'idée de son petit-fils.
— Eh bien, on pourra faire ça ! Je suis assez doué pour sertir de petites choses. Mais ça nous prendra quand même quelques heures ! dit Erwin, qui semblait enthousiaste.
— C'est vrai que Mamie et toi, vous aimiez faire des bijoux comme Maman et Papa ? demanda Uyan, curieux.
— Oui. De base, j'aime plutôt faire des bâtons et des baguettes magiques, mais avec Anna, votre grand-mère, j'ai commencé à m'intéresser aux pierres et aux bijoux. Elle voulait ouvrir une boutique dans la capitale, mais cela ne s'est pas fait : la maladie l'a emportée... Mais elle a donné cette passion de forger et sertir à moi et à Noémie. C'est de là, effectivement, que ma fille s'était donné l'idée de faire une boutique à Nothran en l'honneur de sa mère, dit Erwin, nostalgique d'un temps passé.
— Je comprends... dit Uyan, un peu triste.
— Hé, mais Uyan ! Viens, on fait un gâteau pour Kaelle pendant que Papy et Vars font les bijoux, non ? dit Itoî, tout excité.
— C-C'est une bonne idée ! Je sais faire deux ou trois recettes de gâteaux, à force de regarder Maman faire des gâteaux pour la famille, dit Uyan, enthousiaste.
— Bon bah, allez ! On va faire ça ! On a les fruits qu'on a récoltés dans la forêt Pompotta en plus !
Les garçons coururent en direction de la maison, puis ouvrirent la porte. Kaelle lisait tranquillement dans le salon.
— Les garçons ? Vous faites quoi ? demanda-t-elle en les entendant rentrer de manière abrupte.
— On va faire—
— Shht ! Tu vas gâcher la surprise ! chuchota Uyan en plaquant sa main contre la bouche d'Itoî.
Itoî hocha rapidement la tête, puis son petit frère retira sa main.
— Je ne vous ai pas entendus, dit Kaelle.
— Pas grand-chose, Grande sœur. Justement, on va éplucher certains fruits que Papy et les deux autres ont ramenés, je t'en ramènerai juste après ! dit Uyan pour rattraper la gaffe de son grand frère.
— Merci, Uyan, je t'adore ! dit Kaelle d'un ton chaleureux.
— Pfft... Les autres les autres... On a un nom aussi, hein... dit Itoî d'un air grincheux.
— Ouais, désolé. Bon, on s'y met ? demanda Uyan.
— Vas-y !
Uyan ferma la porte de la cuisine à clé.
Puis il regarda brièvement l'horloge se trouvant dans la cuisine : elle indiquait 14 h 20. Il avait largement le temps de préparer et cuire un simple gâteau.
— Il est où, le panier ? demanda Uyan.
Itoî sortit le panier d'un placard. Il avait un peu de mal à le porter, vu que celui-ci se trouvait en hauteur et qu'il était assez lourd.
— Fais gaffe ! dit Uyan.
Itoî arriva tant bien que mal à le poser sur la table.
— T'inquiète, hehe ! dit-il, puis il sortit une planche à découper.
— Bon, je m'occupe de préparer la pâte. T'as juste à éplucher et couper en dés les Kopples, OK ? dit Uyan d'un air méticuleux.
— Attends, c'est lesquels les Kopples ? demanda Itoî.
— Les sortes de pommes, ceux qui sont jaunes. Les petites baies, tu les laves et sèche délicatement, dit Uyan en sortant 4 œufs du frigo.
Itoî hocha la tête, puis se mit à éplucher et couper les Kopples.
Uyan soupira mais le laissa faire pour l'instant. Il sépara les blancs des jaunes d'œufs et les mit dans deux bols séparément. Il prit un grand récipient, puis de quoi fouetter les jaunes d'œufs qu'il transvasa dans le récipient. Il fouetta légèrement les œufs avant d'ajouter du miel, puis il commença à accélérer l'allure. Il ajouta en parallèle petit à petit de la farine. Il jeta d'ailleurs un coup d'œil à ce que faisait Itoî : il écarquilla les yeux et sa bouche s'ouvrit d'un air ébahi.
— Mais Itoî, j'ai dit de les couper en dés ! Pas de m'en faire une purée, putain !
— Héhéhé... Désolé...
— Mais on a encore des Kopples, je pourrais réessayer ? dit-il d'un air gêné.
Uyan lança un regard froid à son frère.
— Écoute, si tu foires aussi ça, je te bute ! Je vais te montrer avec un Kopple comment faire. Suis bien ce que je fais.
Le petit garçon prit un Kopple, qu'il lava, éplucha puis découpa délicatement en deux, et se mit à couper en dés celui-ci.
— Tu vois ? C'est pas compliqué ! dit Uyan.
— WOOH !! Itoî était émerveillé par cette simple action.
— Tu pourrais devenir cuistot, non ? dit-il en souriant.
— Arrête de dire des conneries, j'ai juste coupé un aliment... Après, l'idée me plaît, dit Uyan d'un air gêné.
Itoî coupa cette fois-ci correctement les Kopples, et pendant ce temps, Uyan avait préparé la pâte. Il commença ensuite dans l'autre bol à monter les blancs d'œufs en neige, ajouta une petite pincée de sel, puis continua en récupérant une grosse cuillère de blancs en neige qu'il ajouta dans la pâte, et remua vivement celle-ci. Uyan incorpora ensuite le reste des blancs délicatement en soulevant la pâte de bas en haut avec une spatule.
— Bon, la pâte est terminée ! dit Uyan, fier, en essuyant la sueur de son front.
— J'ai terminé de couper les pommes de mon côté, dit Itoî.
— Super, on va ajouter ça dans la pâte, je m'en occupe. Sors le moule, s'il te plaît, placard du bas à gauche de l'évier, dit Uyan.
— Compris, chef ! dit Itoî en faisant un salut militaire, puis il sortit le moule et le déposa sur la table.
Uyan ajouta les dés de Kopples et les baies de la forêt dans la pâte, et releva à nouveau trois fois délicatement celle-ci, puis versa doucement tout ça dans le moule.
C'est déjà 15 h 27... D'ici que ça finisse de cuire, ça sera 16 h 40 je pense, ou un truc du genre.
Itoî ouvrit le four et Uyan déposa le moule.
— Combien de degrés, patron ?
— 170 degrés Celsius, on va tenir 42 minutes. Et arrête de m'appeler comme ça... dit Uyan, agacé.
Toc, toc, toc !
Les enfants sursautèrent.
— Hii !!
C'est Kaelle ! On est foutus ! pensèrent les deux garçons.