Chapitre 46
Vars et Itoî se dirigèrent en direction du bruit, c'est-à-dire derrière la maison. Pendant que les deux garçons discutaient en avançant, Uyan devint rouge de stress. Il ne savait plus où se mettre : il prit le livre et le cacha derrière lui. Mais après une fraction de seconde, il sut que cela ne servirait à rien. Alors il courut en sens inverse de ses frères.
Fais chier ! Comme par hasard, ils m'ont entendu quand j'ai atterri par la fenêtre.
— Hé ! J'entends le truc courir, dit Itoî.
— Vas-y, on va essayer d'attraper ça ! continua-t-il.
Vars hocha la tête et les deux garçons se mirent à courir.
Uyan ne courait pas aussi vite qu'eux, alors s'il continuait à courir indéfiniment, il finirait par se fatiguer avant eux. Le petit garçon commença à déjà haleter après avoir presque fait le tour de la maison.
Bon, si c'est comme ça... !
Il prit un léger élan et balança le livre vers l'entrée de la forêt glaciale. On entendit le bruit du livre atterrir sur un arbre, puis tomber de nouveau sur des buissons. Juste un instant après, Itoî et Vars vinrent au même niveau qu'Uyan.
— Haa ! s'écria Itoî avant de faire un saut en direction de son petit frère.
Vars rit :
— C'était donc Uyan ! Mais tu faisais quoi derrière la maison ?
Itoî le plaqua par terre :
— Haut les mains, le vilain ! On t'a eu ! dit-il en rigolant.
Uyan était tout pâle. Il avait eu une de ces peurs qui ne le quitta pas pendant un petit instant.
S'ils avaient vu que j'ai balancé le livre dans la forêt, je suis sûr qu'ils auraient voulu vérifier ce que c'était.
— D'ailleurs, j'ai entendu un bruit au même moment où on t'a vu, Uyan. Tu sais ce que c'était ? demanda Vars.
— Déjà... hrr... Haa ! dit Uyan en poussant Itoî.
— T'es pas obligé de me sauter dessus, Itoî, j'suis couvert d'herbe maintenant !
— Désolé ! dit Itoî en continuant de sourire bêtement.
— J'en sais rien, mais on s'en fout, c'est l'anniversaire de Kaelle ce soir ! dit Uyan d'un ton pressé.
Faut vraiment pas qu'ils aillent voir le livre, je dois à tout prix les en empêcher.
— Ah bon ? J'aurais presque cru que—
Uyan plaqua sa main contre la bouche de Vars :
— Shhh !
— Y a un problème, les gars ? demanda Itoî, étonné par la réaction d'Uyan.
— N-Non, t'inquiète pas ! Tiens, ça te dirait pas de trouver un petit cadeau pour ce soir ?
— Euh, ouais, vas-y ! dit Itoî, puis il s'en alla en sautillant.
Vars enleva la main d'Uyan :
— Mais qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu mens concernant l'anniversaire de Kaelle ?
— Faut qu'on soit plus détendu. Et si tu veux savoir quelque chose de vrai, c'est le jour où Maman est née. Elle n'aimait pas fêter son anniversaire, mais je le sais, car Papa devait être en congé ce mois-ci. C'est pas pour rien : Papa faisait toujours plaisir à Maman, mais aussi à nous. Il trouvait toujours un prétexte pour avoir des congés la semaine où Maman est née, puis on partait en vacances ensuite.
— Je... Je le savais pas, dit Vars, un peu attristé.
— Je sais qu'on doit passer à autre chose, que Maman ne reviendrait pas... dit Uyan avec les larmes aux yeux.
— Je suis désolé, j'avais jamais fait gaffe, dit Vars, puis il prit Uyan dans ses bras.
Le regard d'Uyan changea pendant un instant, pendant qu'il était dans les bras de son grand-frère.
Bien, j'ai pu détourner leur attention.
Le garçon avait changé, trop subitement. Était-il sous l'influence de quelque chose ? Ce qui était sûr, c'est qu'il avait une soif de connaissances, et celle-ci ne pouvait être assouvie avant d'avoir lu entièrement ce livre.
Je veux en savoir plus sur ce livre. Qui l'a écrit ? Pourquoi ? Et surtout, quelles sont les pages noires ? J'aurai ma réponse en lisant ce maudit livre.
— Bon ! dit Vars en tapant sur les épaules de son petit frère. On fait ce petit cadeau à Kaelle ?
Uyan hocha la tête avec un grand sourire :
— Grande sœur le mérite. C'est grâce à elle aussi qu'on n'est pas désemparés.
— Tu as raison, Uyan. Sans elle, le poids de devoir supporter la mort de nos deux parents aurait été de trop. J'espère ne jamais ressentir de nouveau cette sensation de perdre quelqu'un, répondit Vars.
Uyan baissa les yeux un instant. Il trouvait malhonnête d'avoir ramené un sujet comme sa mère pour tout simplement trouver un moyen de lire un simple livre. Mais cela n'a traversé son esprit que quelques secondes ; il fut de nouveau happé par l'envie insatiable de retrouver ce livre.
— Hé, Uyan. Hé hoo ! Vars faisait des signes de la main, mais son petit frère semblait encore dans ses idées. Alors Vars mit ses mains sous les aisselles de son petit frère et le lança vers le haut. Les yeux du petit s'écarquillèrent.
— M-Mais t-tu fais quoi, Vars ?
Vars l'avait lancé assez haut. Uyan se sentit comme un enfant pendant quelques instants.
— Prends de la hauteur ! Des fois, faut pas trop réfléchir, mais simplement vivre, dit Vars en souriant.
Le petit garçon regarda un instant autour de lui. C'était beau. Il avait oublié pendant quelques instants une chose fondamentale : vivre le moment présent.
Vars rattrapa son petit frère dans ses bras avant de le reposer.
— Ça va mieux ? Tu vas arrêter de réfléchir toute la journée ? Allez, viens, Itoî a commencé à chercher un cadeau pour Kaelle sans nous. Il va se faire griller par Grande sœur et l'effet surprise sera foutu, dit Vars en souriant, puis il marcha en direction d'Itoî qui était en train de chercher des objets dans le grenier de son grand-père.
— P'tain, y a rien ! Les gars, y a rien ! entendait-on Itoî dire au loin.
Uyan n'hésitait plus. Finalement, il en avait peut-être plus rien à faire de ce livre. L'importance, c'était de vivre.
— Ouais ! J'arrive ! dit Uyan en courant avec un grand sourire.
Maman ! Papa ! Je veux vivre, pour vous, pour les autres, mais aussi pour moi.