Chapitre 38
『 La forêt Torturée, Suuran — 28 Everi, 12 h 27 』
Les enfants étaient réveillés depuis quelques heures. Ils n'étaient d'ailleurs plus très loin de la sortie de la forêt. Leurs ventres gargouillaient de faim.
— Vaaars ! On peut s'arrêter ? J'ai faim, dit Itoî.
Vars fit non de l'index en le secouant de gauche à droite.
— On a presque fini, Itoî. On doit être à trente minutes à pied de la maison.
— Pff…
Les Quashtis semblaient eux aussi fatigués. Après tout, c'étaient des animaux qui vivaient dans le froid, tandis que la température de la forêt Torturée était tout l'inverse.
Vars invoqua quatre grandes feuilles. Il en donna une à chaque Quashti, puis leur montra comment tenir la dernière. Les bêtes l'imitèrent et saisirent les feuilles par la tige. Elles leur servaient d'ombrelles pour se protéger du soleil.
— T'en veux une aussi, Itoî ?
Itoî secoua la tête. Il semblait bouder son frère, puisque celui-ci refusait de s'arrêter. Vars soupira, puis récupéra quelques fruits dans les buissons et les arbres alentour.
— Tiens. Vas-y, maintenant, on avance, dit Vars, un peu agacé.
— Youhouu !
Itoî sautilla, les mains remplies de fruits variés.
Les petits Quashtis firent de même. Ils semblaient heureux de voir le garçon content. Itoî leur donna deux fruits chacun et n'en garda qu'un pour lui.
— Je croyais que tu avais faim. Tu n'en gardes qu'un ? demanda Vars.
— Les autres passent avant moi ! Je tiendrai avec un seul fruit. C'est bon, merci, frérot ! répondit Itoî en souriant.
Vars sourit et reprit la route en se disant :
Tu as bon cœur, Itoî. Ce démon en toi ne te vaincra jamais.
Après une vingtaine de minutes de marche, les garçons se retrouvèrent enfin devant la maison de leur grand-père. Uyan semblait justement donner à manger aux poules.
— Hééé hooo ! s'écria Itoî en agitant le bras de gauche à droite.
— On est de retoouur ! continua-t-il.
Uyan tourna la tête et ses yeux se mirent à briller.
— Les gaaars ! Vous êtes de retour !
Il laissa tomber le petit seau rempli de graines et courut vers eux à toute vitesse, comme à son habitude, en pleurnichant sur le chemin. Vars le prit dans ses bras et lui caressa la tête.
— Tu m'as manqué, p'tit rouge ! Hahaha ! dit Vars, ému.
Itoî se frotta le nez. Il semblait tout aussi ému, mais ne voulait pas le montrer. Uyan lâcha Vars et fit un câlin à Itoî. Ce dernier, surpris, le serra à son tour.
Tiens, pour une fois qu'il ne me crie pas dessus, le petit…
— Alors ? Comment ça s'est passé ? demanda Uyan, un peu inquiet.
— Relativement bien, répondit Vars en souriant et en désignant les Quashtis.
— Oooh ! Ils sont super mignons ! s'exclama Uyan en s'approchant d'eux.
Itoî plaça une main devant Uyan avant de lui dire :
— Doucement, tu vas les brusquer.
Uyan plissa les yeux et lui lança un regard irrité.
— Mouais, ça m'agace de l'avouer, mais t'as raison.
Itoî rit et retira son bras. Uyan se mit à caresser les bêtes et demanda :
— Vous allez faire quoi pour Titi ? Vous allez retourner dans la forêt enneigée ? Je vous accompagne, cette fois-ci.
Vars secoua la tête.
— Pas besoin. Regarde.
Il courut, descendit la légère pente et continua jusqu'à l'entrée de la forêt enneigée. Une brise plutôt fraîche soufflait à cet endroit, alors que le soleil tapait fort ; le monde magique pouvait parfois être étrange.
Vars sortit une flûte en bois et se mit à en jouer. Les bébés Quashtis coururent vers lui avec empressement.
— Wouah !
Uyan tomba à la renverse, car l'un des Quashtis le bouscula involontairement dans sa course.
— Qu'est-ce qu'il fait ? demanda Itoî.
Uyan se releva en tapotant ses vêtements pour enlever la poussière.
— Je sais pas trop. J'imagine que Vars les appelle avec la flûte. D'ailleurs, je pense que—
Le sol se mit à trembler légèrement. Kaelle sortit précipitamment de la maison.
— Que se passe-t-il ?! Uyan, où es-tu ? demanda-t-elle avant de l'apercevoir à sa gauche, avec Itoî.
— Oh, tu es rentré ! Où est Vars ?
Itoî pointa devant lui. Kaelle regarda dans cette direction et aperçut Vars, qui jouait de la flûte avec les bêtes derrière lui. Après quelques instants, les tremblements devinrent plus violents.
— Venez vous mettre à l'abri, les garçons ! dit Kaelle, paniquée.
Itoî et Uyan sourirent et frappèrent simultanément la paume de leur main.
— J'ai compris !
Uyan se tourna vers Itoî, légèrement agacé.
— Comment ça, toi, t'as compris ?
Itoî rit.
— Bah ouais, j'ai capté !
— Ah ouais ? Alors, à quoi sont dus les tremblements ? demanda Uyan.
— Bah, c'est pour—
Une grande ombre surgit de la forêt enneigée.
GAAARWRR !!!
C'était Titi ! La mélodie jouée d'une certaine manière avait probablement intrigué la mère Quashti, qui l'avait suivie. Titi semblait en colère ; ses yeux étaient injectés de sang. Mais lorsqu'elle vit Vars, elle se calma. Puis elle aperçut ses petits derrière lui et se mit soudain à danser, avant de prendre Vars dans ses bras et de le hisser sur son épaule pour poursuivre sa danse.
WU GUH gAh !
Vars éclata de rire. Itoî et Uyan s'approchèrent de Titi.
Erwin sortit alors de la maison.
— Roooh, c'est quoi, tout ce chahut, Kaelle ? demanda-t-il d'un air agacé.
Il semblait s'être réveillé brutalement de sa sieste.
Kaelle rit et plaqua une main devant sa bouche, puis pointa les garçons. Papy regarda dans leur direction.
— Oh, ils sont rentrés ! Hahaha ! J'allais presque commencer à m'inquiéter pour eux. Finalement, comme à son habitude, Vars a réussi à s'en sortir ! dit-il avant d'éclater de rire.
Après cette scène chaleureuse qui dura quelques minutes, Titi et les bébés Quashtis repartirent. Les enfants rentrèrent à leur tour, puis Itoî et Vars prirent une douche.
— Vars ? Vars ? appela leur grand-père.
— Vars et Itoî sont dans la salle de bains, répondit Kaelle.
Au même moment, les garçons sortirent de la salle de bains complètement nus.
— Les garçons, habillez-vous ! s'écria Kaelle.
— Oups ! Hahaha ! dit Vars en riant.
Plus gêné, Itoî courut dans la salle de bains pour prendre un caleçon propre dans le panier.
Kaelle jeta un peignoir au visage de Vars.
— Tiens, enfile ça, pervers que tu es ! dit-elle, agacée.
Vars continua de rire et enfila le peignoir avant de secouer la tête, les cheveux encore mouillés.
— Hé ! Arrête ça, Vars ! s'écria Kaelle, énervée.
Au même moment, Erwin sortit de la cuisine avec un café.
— Vars, te voilà ! Pourrais-tu—
Il fut éclaboussé par les gouttes projetées par les cheveux de Vars. Papy s'énerva et lui donna un coup de poing sur la tête.
— TU VAS ARRÊTER, OUI ?!
Vars pleura légèrement et répondit :
— Oui, Papy…
Erwin reprit son sérieux et demanda à son petit-fils de s'habiller, puis de venir le rejoindre dehors.
Vars s'habilla rapidement en enfilant un petit short bleu et un T-shirt violet. Uyan sortit de la chambre de son grand-père avec un livre, comme à son habitude.
— Tu vas quelque part ? demanda-t-il.
— Papy veut me parler.
— Hier, un type est venu. Il appartenait à une organisation appelée la WOJ. J'en ai déjà entendu parler, mais sans plus. Papy ne nous a rien raconté et a dit d'attendre votre retour.
Vars écarquilla légèrement les yeux et prit un air très sérieux.
— Je vois. Bon, je vais aller voir Papy.
Uyan constata que Vars avait changé d'attitude après ce qu'il venait de lui raconter.
Cette fois-ci, je veux savoir ce qui se passe ! Je vais les espionner.
Vars sortit de la maison. Papy se tenait devant lui, et les deux s'avancèrent à quelques mètres de la maison. Uyan entrouvrit la porte pour les écouter.
— Bon, avant tout… dit Erwin avant de lancer un sort.
— Invisibility !
Puis un autre :
— The Silent Zone.
— Merde ! Papy ! Tu fais chier ! s'écria Uyan en frappant violemment le mur du poing.
Kaelle arriva.
— Qu'est-ce que tu fais ici, Uyan ? Tu saignes de la main ! Qu'est-ce que tu as encore fait ? Attends, je vais te soigner.
Uyan retira brusquement sa main.
— Putain, Kaelle ! J'en ai marre que Papy nous cache des trucs !
Kaelle hocha légèrement la tête.
— Moi aussi, ça m'agace… Mais s'il ne nous en parle pas, c'est soit parce que nous ne sommes pas concernés, soit parce que ce n'est pas le moment, dit-elle, attristée par la situation.
— Mais c'est quand, le moment ? Quand ?!
Pendant ce temps, Itoî était dans la salle de bains et avait collé l'oreille contre la porte pour écouter.
Papy nous cache des trucs ?
Puis la porte de la salle de bains, qui était mal fermée, s'ouvrit et Itoî s'étala sur le sol.
Kaelle et Uyan se retournèrent.
— Tu nous écoutais ? Hein ? demanda Kaelle, un peu fâchée.
— Ehehehe… Désolé ! répondit Itoî, toujours allongé par terre et se grattant la tête, gêné.
— Pourquoi tous ces sorts de dissimulation ? demanda Vars, intrigué.
— Je savais qu'Uyan essaierait probablement de nous écouter. Ce petit farfadet ne sait jamais rester en place. Et je n'ai pas envie qu'il se mette en danger, ni de prendre le risque que les autres fassent pareil, répondit leur grand-père.
Il semblait très sérieux, et son regard trahissait sa peine face à la situation.
Vars comprit qu'il y avait bel et bien quelque chose d'important à discuter.
— Alors, de quoi allons-nous parler, Papy ?
— Du destin des Evekius, Vars.