Chapitre 36
Vars salua son frère de loin tout en courant vers lui. Il enjamba le corps inanimé de Puvis.
— Hé hooo ! Itoî ! Bien joué pour le combat ! Hahaha !
Itoî était plus troublé par la scène qui venait de se jouer avec l'arrivée de Vars. Il ne souriait pas et paraissait gêné de regarder son frère.
— Tu te sens pas bien ? demanda Vars, avant de remarquer qu'il avait de nombreuses brûlures sur certaines parties du visage, du torse et des jambes.
C'est bizarre. Il est brûlé à certains endroits, mais d'autres ne sont pas du tout touchés… Peut-être des éclats d'un objet brûlant ?
Il remarqua ensuite qu'Itoî n'avait plus son amulette et recula de trois pas.
— C'est bien toi, hein, Itoî ? demanda Vars d'un air méfiant.
Itoî regarda son frère avec tristesse, puis hocha légèrement la tête.
— Oui…
Vars se gratta la tête, gêné.
— Désolé, petit frère, je voulais pas paraître méchant, mais avec le démon en toi, je me suis dit—
— Pourquoi tu as tué ce type ? demanda Itoî en regardant son frère droit dans les yeux.
Vars fronça les sourcils, surpris.
— Hein ?
— Je te demande pourquoi tu l'as tué ! répéta Itoî en haussant le ton.
— C'est quoi, cette question ridicule ? rétorqua Vars.
— Ça te fait rien de tuer un humain ? J'imagine que l'autre aussi, tu l'as buté.
Vars haussa le ton à son tour.
— Arrête de croire qu'on vit dans un monde où il n'y a que des gens gentils !
— C'est pas ça que je t'ai demandé, Vars ! Je t'ai demandé si tuer un humain ne te faisait rien ! s'écria Itoî en s'approchant d'un air agressif.
— Non, ça me fait rien, putain ! Quand c'est des merdes pareilles, ça me fait rien !
Itoî attrapa son frère par le col et lui asséna un violent coup de tête. Vars se retrouva au sol.
— Mais qu'est-ce qui te prend, espèce d'abruti ? s'écria Vars.
Itoî pointa son frère du doigt en criant :
— Putain, mec, tu t'en rends pas compte, ou quoi ? Tu viens de tuer des humains ! Déjà, tuer des monstres, ça me gêne, des animaux encore plus, mais des humains ?!
Vars se leva et asséna un violent coup de poing au visage de son frère, qui fut projeté à trois mètres avant de s'arrêter contre un arbre.
— Tu comprends rien ? Ces types-là allaient buter les Quashtis, et en dehors de ça, je te rappelle qu'ils t'ont capturé et voulaient te vendre sur le marché noir !
Itoî se releva péniblement et cria :
— Maintenant, c'est moi le sujet ? Tu veux dire que c'est de ma faute—
Vars se lança vers son frère et le frappa de nouveau.
— Ferme ta gueule ! Putain, c'est pas une question de savoir de qui est la faute ! Si tu as de l'empathie pour n'importe qui, tu finiras par mourir, Itoî ! On vit dans un monde où la règle est simple ! Soit on meurt, soit on tue !
Itoî attrapa son frère et le plaqua au sol.
— On est qui pour tuer des gens, Vars, dis-moi ?! s'écria-t-il.
Les larmes montaient chez le garçon aux yeux ambrés.
Vars attrapa la main d'Itoî, se plaqua à plat ventre et roula pour faire valser son petit frère. Il l'éjecta au sol avant de lancer un sort qui invoqua des lianes. Celles-ci sortirent du sol pour attraper les jambes et les bras d'Itoî. Il était immobilisé.
Le blondinet souffla et s'assit, le dos contre un arbre, en regardant Itoî, au sol, se débattre contre les lianes qui l'avaient totalement verrouillé.
— Écoute, c'est pas une question d'avoir une légitimité, quoi que ce soit, dit Vars. On est pas là pour se demander si c'est « bien » ou « pas bien » de tuer un humain, Itoî. Ces gens-là n'ont ni loi ni foi. Qui plus est, ils sont plutôt proches de chez Papy. Imagine maintenant si ces gens-là venaient agresser Papy et les autres ? T'aurais fait quoi ? T'es en capacité de te dire : « Je suis capable de neutraliser des types qui sont en train de blesser, voire de tuer, ma famille » ? dit Vars en regardant fixement Itoî.
— Je… Grr… Putain, enlève-moi ces lianes ! s'écria Itoî.
— Tu t'es calmé ? demanda Vars.
Itoî continua de se débattre violemment.
Vars soupira, exténué par l'attitude de son frère.
— Bon, allez, j'te relâche, dit-il en claquant des doigts.
Les lianes disparurent instantanément.
Itoî se rua vers son frère, qui esquiva aisément et sauta sur une branche.
— T'as toujours pas répondu, Itoî.
— La ferme ! Descends ! s'écria le garçon.
Vars rit.
— C'est bon ? Tu comprends que c'est une question débile à se poser dans ce genre de situation ?
— Ta gueule ! C'est pas bien de buter d'autres gens ! dit Itoî.
Vars soupira.
— Putain, qu'est-ce que tu peux être con, des f—
Itoî pleura. Il s'assit par terre et posa son front sur ses bras, posés sur ses genoux.
— J-J'en ai marre, Grand frère… J'en ai marre de tout ça. Entre les types qui ont tué ma mère, Papa qui est plus là, la petite fille qu'on a vue morte dans la forêt, puis ça… J'en ai marre.
Vars descendit d'un bond et caressa la tête de son frère.
— Si tu veux plus combattre, je combattrai à ta place, dit Vars en souriant.
Itoî secoua la tête.
— N-Non… Je sais que je dois combattre, je dois protéger Papy, Uyan et Kaelle… P-Puis si je veux devenir mage suprême, je dois être meilleur… C'est juste que… Je sais pas… C'est bizarre de tuer quelqu'un…
Vars s'accroupit pour se mettre au niveau de son frère.
— Je comprends… Tu sais, c'est la première fois pour moi aussi de tuer un humain.
Itoî sortit la tête de ses bras, les yeux rouges à force de pleurer.
— C-C'est vrai ?
Vars hocha la tête.
Mais le démon hanta brièvement son esprit :
Qui te dit que c'est vrai ? Il ment ! C'est sûr ! T'as vu comment il a tué le type devant tes yeux, tranquillement ?!
Itoî cria :
— Non ! Mon frère ne me ment pas ! Il dit vrai !
Il se tenait la tête en la secouant de gauche à droite.
Vars comprit instantanément ce qui se passait et sortit son collier pour le mettre autour du cou d'Itoî. Il posa ses mains sur les épaules de son frère.
— C'était le démon, pas vrai ? Je te file mon collier, je vais chercher le tien rapidement, t'inquiète pas. Mais avant ça…
Vars incanta pendant quelques minutes un sort de lumière.
— On va soigner tes blessures, d'accord ? continua-t-il.
Itoî hocha la tête.
— Ce démon, Itoî, je sais pas si c'est grâce à lui que tu as battu ce gars, mais ne lui fais pas confiance, il te jouera forcément des tours.
— O-Oui… Désolé, j'ai accepté son aide… dit Itoî d'un air abattu.
Vars écarquilla les yeux et haussa le ton un instant.
— T'AS FAIT QU— … Ça sert à rien que je te gronde. Fais juste en sorte que ça n'arrive plus. Fais attention aux agissements du Malin, Itoî.
Vars termina d'incanter et lança un sort de soin.
— Minor Heal ! s'écria-t-il avant que les brûlures et autres blessures ne disparaissent peu à peu.
— Si on tarde trop, malheureusement les blessures peuvent laisser des cicatrices, mais vu que c'est plutôt récent, tu n'auras aucune imperfection sur ta peau, dit Vars en continuant de soigner son frère.
Vars demanda :
— Il t'a demandé quoi en échange du pouvoir qu'il t'a donné ?
— Rien, répondit Itoî d'une petite voix.
— Rien ? Ou tu veux simplement pas me le dire ? dit Vars.
— N-Non, vraiment, rien. Le pouvoir qu'il m'a filé, c'était cinq à dix minutes, c'est tout, répondit Itoî.
Vars ne répondit plus et termina de soigner son frère.
Rien ? Ça me paraît suspect, mais ce qui est sûr, c'est que son aura n'a pas changé. S'il lui a conféré un pouvoir temporaire aussi court, ça doit être quelque chose d'assez mineur, probablement le fait de communiquer très brièvement dans sa tête, du genre quelques mots ou une phrase, ce qui expliquerait pourquoi il a pu perturber Itoî pendant un instant tout à l'heure.
— Voilà ! C'est bon ! dit Vars en souriant.
Itoî sourit légèrement.
— Merci, Grand frère.
Vars lança un petit sort de lumière et, après quelques minutes de recherche, retrouva le cristal de l'amulette.
— Trouvé ! s'écria-t-il en le mettant dans sa poche.
Itoî cria en direction de son frère :
— On cherche les Quashtis ?
Vars courut vers Itoî et lui dit :
— T'inquiète pas pour ça !
Il siffla brièvement, et les petits Quashtis sortirent des buissons.
Un grand sourire se dessina sur le visage d'Itoî, les yeux brillants.
— Woah ! Bravo, Grand frère ! Youhouu ! dit-il en sautillant.
Vars sourit et caressa rapidement la tête de son frère.
— Tu comprends pourquoi, des fois, il faut se montrer violent ? Pour ça, petit frère. Pour protéger, défendre la vie des innocents, dit Vars.
Itoî hocha la tête.
— Ouais…
Vars dit alors, en voyant son frère toujours hésitant :
— Hésiter, c'est une chose, Itoî. Tu auras forcément des dilemmes dans ta vie qui feront que tu auras du mal à choisir quoi faire. Mais… Il faut que tu saches qu'on vit dans un monde où le Mal est beaucoup plus présent que le Bien, et il faut préserver coûte que coûte le Bien, c'est-à-dire défendre ceux qu'on peut. Nos familles, nos amis… dit Vars en regardant son petit frère d'un air tendre et fraternel.
Itoî hocha la tête de manière bien plus décidée que précédemment.
— Ouais ! T'as raison ! Je dois défendre ceux qui ne le peuvent pas ! dit Itoî avec un grand sourire.
Les Quashtis se mirent à danser en voyant les deux garçons sourire. Puis nos deux petits héros reprirent la route pour retourner à la maison.