Chapitre 34
— Reviens ici, le môme ! s'écria Puvis, essoufflé.
Puvis incanta un sort tout en courant :
— Wall of Fire !
Il lança sa main en direction d'Itoî, puis une ligne de feu apparut. Itoî l'esquiva d'un saut vers sa droite ; néanmoins, le feu continua jusqu'à bloquer le passage devant lui.
— Merde ! dit Itoî avant de se dépêcher de chercher sa baguette tout en courant droit vers le feu. Il la secoua, créant une impulsion qui poussa les flammes. Il profita de cet instant pour sauter à travers le mur de feu.
— Tch ! Arrête-toi, morveux ! cria Puvis en continuant de diriger le mur de feu avec sa main droite, la gauche soutenant celle-ci pour plus de précision.
De nouveau, le mur bloqua le passage d'Itoî. Il utilisa une fois encore sa baguette. Il la secoua et l'impulsion lui créa une voie à travers le feu.
Tshh…
Une légère fumée s'échappa du bout de la baguette.
Itoî regarda brièvement sa baguette avec étonnement avant de se dire :
Hein ? Il s'est passé quoi ? Bon, j'ai pas le temps pour ça.
Il continua de courir et le scénario se répéta :
— Arrête-toi, merde !
Puvis fit de nouveau un mur devant Itoî. Il semblait essoufflé à force de courir et de contrôler son sort. Un sort continu consomme forcément plus d'énergie qu'un sort unique.
Itoî s'exécuta une troisième fois et secoua la baguette. Mais rien ne se passa.
— Hein ?
Itoî se mit à secouer la baguette de multiples fois. Il n'était qu'à deux mètres du mur.
Putain mais c'est quoi ce délire ? Il a plus de batterie, le machin ?
Puvis remarqua que la baguette d'Itoî n'avait plus de mana, puis il commenta en ricanant :
— AhaAhaAha AHAHAHA !!! Bah alors, gamin ?! Plus de mana dans la petite baguette ? dit-il, essoufflé.
Itoî croisa les bras devant lui et sauta dans le feu.
— Q-QUOI ?! Mais ce gamin est fou !
Puvis courut pour le rattraper derrière le mur de feu.
Itoî se retrouva par terre et se mit à rouler au sol pour éteindre le feu qui avait pris sur lui.
— AAArgh !!! dit-il, souffrant des brûlures.
Puvis arrêta le feu, avant de sauter sur lui tout en sortant une lame de sa poche. Il attrapa Itoî par le cou. Le garçon ne cessa de se débattre.
— C'est fini, gamin ! Tu vas payer pour ce que t'as fait ! Ces Quashtis ! On en avait besoin pour la vieille !
Tousse, tousse.
— V-vous alliez faire quoi avec ces b—
Puvis serra encore plus le cou du garçon. Itoî commença à s'étouffer.
— La ferme ! Hein ? Oh, c'est quoi ça ?
Le braconnier regarda l'amulette qui scintillait au cou d'Itoî. Cette pierre semblait si belle, ce bleu étincelant, et pourtant le cœur de celle-ci était un peu plus foncé.
Puvis relâcha un peu sa garde pour attraper l'amulette. Itoî la saisit par la corde.
— Donne-moi ça ! s'écria Puvis.
Itoî tira violemment sur l'amulette, mais le braconnier avait plus de force et d'appui ; après tout, c'était lui qui était debout. La corde lâcha.
— Enfin ! Hahaha ! Oh ?
L'amulette avait perdu sa couleur, elle était devenue une simple pierre transparente, comme si l'enlever de son détenteur originel lui avait ôté sa beauté. Puvis la jeta violemment au sol.
— C'est quoi cette merde ?! Pourquoi c'est devenu juste une pierre toute dégueulasse ?! s'écria-t-il, en colère.
Itoî se leva péniblement. Il était couvert d'égratignures et son cou était marqué à cause de Puvis. Il chercha la pierre, mais en vain ; même avec la pleine lune, l'obscurité rendait toute chose difficile à discerner.
— Il est où… Putain… Il est où cette pierre… Ugh… !
Itoî s'écroula en serrant sa poitrine.
Puvis le regarda s'écrouler avant d'éclater de rire :
— Aha ! Aha ! Ce gamin est tellement faible !
Il s'avançait doucement, de manière décontractée, une lame à la main.
Itoî se dit alors :
Putain, c'est quoi cette douleur ? Ça me prend à travers tout le corps… Je sens encore la douleur de la brûlure, mais maintenant, c'est de l'intérieur. Merde… Il arrive en plus. Je suis fini.
Itoî perdit connaissance. Il était à genoux, la tête baquée vers le sol, le bras droit plié pour ne pas s'y allonger complètement.
— Coucou mon petit ! C'est moi, ton démon pré-fé-ré…
Itoî était dans une salle obscure. Une rencontre avec le démon. Il se releva dans ce monde parallèle et fit face à la voix.
— Je m'en doutais que c'était toi. Tu veux mon corps, j'ai capté, dit-il d'un ton sec et froid.
— Oooh ! Et il apprend vite en plus ! Bon alors qu'att—
— Je ne vais rien te donner. J'en ai rien à foutre de crever, je vais pas en plus mettre en danger mon frère Vars et les Quashtis qu'on a sauvés.
Le démon l'observa dans l'obscurité.
Il dit vrai, il a abandonné ? Non… Pas du tout. Je ne vois pas clairement ce qui se passe dans le monde des vivants. Par contre, je peux lire brièvement ses pensées, même si c'est compliqué. Il y a tellement de choses, de voix, de douleurs… C'est étrange, c'est comme si… Non. Ça serait ridicule, c'est un gamin. Une seule âme, un seul corps, rien de plus…
— Alors ? Tu dis plus rien ? Tu vas pas encore me demander mon âme ? Je peux partir maintenant ? dit Itoî.
Le démon apparut comme une sorte de flaque devant lui. La salle avait changé ; une sorte de lumière tamisée y régnait. C'était étrange, mais on pouvait distinguer un peu plus le lieu. Derrière Itoî, comme à son habitude, il y avait le puits, avec des pierres très usées portant des écritures gravées. Mais impossible de comprendre l'écriture. Et devant lui, une flaque qui ne cessait de s'étendre, jusqu'à venir vers les pieds du garçon. Il fit un léger bond vers l'arrière.
— J'ai compris. Tu veux encore me mettre des visions pour me briser de l'intérieur ? dit Itoî en regardant la flaque d'un air inflexible.
La flaque recula doucement après ces mots. Le démon pensa alors :
Tch. Bon, peu importe, on va faire différemment alors…
— Écoute, tu sais quoi ? Non, je ne vais pas te proposer un deal cette fois-ci. On est partis d'un mauvais pied. Je ne vais pas t'expliquer pourquoi je suis ici, pourquoi c'est toi qui es possédé et pas un autre gamin et blah blah blah.
Une sorte de boue noire forma alors une silhouette humanoïde. Elle avança d'un pas, mais pas plus.
— J'imagine que tu te bats contre un braconnier qui a volé des bêtes ou que sais-je. T'as pas enlevé l'amulette de merde par toi-même, bien, d'accord. Ouais, je peux pas te lire comme dans un livre, c'est bizarre, mais bon. J'imagine que t'es différent des autres, et pas en « bien », dit-il en ricanant.
— Viens-en au fait. À tout moment le gars va me buter, là, dit Itoî d'un air agacé.
— Oh, t'inquiète. Dans ce monde, le temps est figé. Tout ce qui se passe se déroule à une vitesse qu'une conscience humaine ne peut même pas concevoir. Quand on aura fini notre discussion, allez, peut-être une ou deux secondes se seront écoulées, et encore.
— Peu importe. Allez, dit Itoî en tapant du pied.
Pfft, ce gamin est insupportable. Il a bien changé en si peu de temps, ou peut-être joue-t-il un rôle ? Bon, ça importe peu cette fois-ci.
— D'accord. Il t'a blessé. Pour faire simple : si tu cancannes, je cancanne aussi, pigé ? Donc pour cette fois-ci, je veux bien te prêter, je sais pas, un millième de ma force ?
— Et tu veux que je fasse quoi avec si peu de force ? dit Itoî d'un air méprisant.
Le démon éclata de rire. Son rire faisait vibrer toute la boue de son corps :
— Je t'assure que même avec si « peu », ça suffira pour battre une merde pareille.
— Et c'est quoi le deal ? Tu veux quoi en échange ? dit Itoî.
— Rien.
— Comment ça, rien ? demanda Itoî, intrigué par la réponse du Malin.
Le démon haussa les épaules en levant ses bras, comme s'il marquait un signe de désintérêt pour une fois.
— Ouais, rien. Comme j'ai dit, je te passe très peu de ma force là. Regarde donc, teste un peu la puissance qu'un démon peut t'offrir. Peut-être qu'un jour tu reviendras me voir, dit-il en ricanant.
Il balança ensuite d'une pichenette une sorte de boue rougeâtre très foncée qui atterrit par terre.
— Prends ça avec ta main et lèche-le. C'est mon « sang », si je peux dire ça comme ça. Y a pas de répercussion cette fois-ci, promis.
— Bon… D'accord… dit Itoî.
Il semblait si vulnérable, comme si toutes ces choses qu'il avait dites n'étaient qu'une protection illusoire. Il trempa alors deux doigts dans le liquide, puis le lécha. Quel goût affreux !
Tousse, tousse.
— Putain, c'est dégueulasse !
Le démon ricanait, puis la boue humanoïde disparut.
Je me demande si pour une fois il dit vrai… Ou s'il m'a encore trompé. Mais cette fois-ci, je sais pas, j'ai pu lui faire confiance.
La salle commença à disparaître avant qu'Itoî ne flotte dans un lieu tout blanc. Il se sentit pendant quelques instants dans une sorte de paradis, mais la béatitude et l'euphorie ne cessaient de le caresser et de l'enlacer.
Je me sens si bien… J'ai pas envie de me réveiller.
Puis subitement, ses yeux s'ouvrirent dans le monde réel. Il regardait encore par terre, toujours dans la même position que quand il s'était évanoui.
J'entends ses pas qui se dirigent vers moi…