Chapitre 33
Les deux braconniers se tournèrent simultanément.
— C'est qui ?! s'écria Omir.
Puvis commença aussitôt à incanter avant de s'arrêter en voyant qu'il s'agissait d'un gamin.
— Encore un gamin ? Y a un distributeur de gosses dans le coin ou quoi ? dit-il d'un ton ironique, avant de remonter son pantalon, qui ne cessait de tomber.
Omir s'approcha doucement d'Itoî. L'homme ne se trouvait plus qu'à quelques centimètres du garçon.
— Alors, gamin, tu nous as crié quelque chose, il me semble. Qu'on avait tué la gamine, c'est ça, hein ? demanda-t-il avec un sourire malsain.
Itoî le regarda droit dans les yeux, l'air inflexible, puis s'écria :
— Ouais !
L'homme posa une main sur ses yeux avant d'éclater de rire et de tourner légèrement la tête d'un air méprisant.
— Bahahaha !
Itoî ne comprenait pas la réaction de l'homme.
Puvis arriva avec une hache qu'il tendit à Omir.
— Je crois pas qu'on aura besoin d'un gamin de plus. Avec ce qu'on a dans la sacoche, de toute façon, les bêtes des ténèbres nous craignent. Omir, on le bute ?
Vars continuait d'observer la scène, et la dernière phrase de Puvis l'intrigua.
« Avec ce qu'on a dans la sacoche, les bêtes des ténèbres nous craignent. »
Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Un objet capable de repousser ou d'effrayer les bêtes ? Ça pourrait nous servir plus tard…
Puis il se remit à observer.
Omir prit la hache et en serra fermement le manche. Il regarda un instant Puvis, puis dit :
— Recule.
Puvis s'exécuta, et Omir prit son élan. Itoî leva les mains devant lui pour se protéger. Alors que le braconnier allait abattre sa hache sur le garçon, il s'arrêta. Les yeux d'Itoî scintillaient sous le reflet de la lune.
— J'ai jamais vu des yeux comme ça, dit l'homme avant d'enfoncer le bout de sa hache dans le sol.
En effet, personne dans le monde humain n'avait des yeux ambrés comme ceux-là. Ce regard était presque hypnotisant, mais aussi dérangeant.
— On le tue pas, finalement ? demanda Puvis.
Omir plaça une main sous le menton d'Itoî, puis tira le garçon un peu plus près de lui afin d'observer ses yeux.
— Putain, il a de sacrés yeux, ce gamin. On pourrait en tirer quelque chose si on le vend à la vieille Shaza, voire au marché noir.
— Ouais, plutôt au marché noir, je t'avoue. T'as toujours de vieux hommes ou de vieilles femmes qui raffolent des gamins. Ils sont souvent pétés de thunes, en plus, dit Puvis en souriant d'un air répugnant.
Itoî repoussa brutalement la main d'Omir.
— Dégage tes sales mains !
— Oooh. Il a du caractère, le gamin ! Bahaha ! Puvis ! Ramène les chaînes, on va l'attacher.
Puvis s'exécuta. Au moment où il se baissait pour prendre les chaînes posées à terre, Vars sortit des buissons. L'homme tourna la tête.
— Putain ! Encore un ? Mais c'est une blague ! Omir ! J'ai pêché un autre gosse !
— Hein ?! s'exclama Omir en se tournant.
— Si, je te promets ! Il a l'air un peu plus âgé, mais je lui donne pas plus de quatorze ans !
Vars lança un regard direct à Itoî pour lui faire comprendre de se taire. Ils étaient séparés de quatre ou cinq mètres. Itoî comprit et ne bougea pas.
— Excusez-moi ! C'est mon petit frère. On s'est perdus dans la forêt, puis on a vu du feu. On s'est dit que, peut-être, il y avait d'autres humains…
Puvis rit.
— Ouais, d'autres humains, ouais, mais pas des « gentils ».
Omir rit à son tour.
— Bon, qu'est-ce qu'on en fait, de celui-ci ? demanda Puvis.
Vars s'approcha des bêtes. Celles-ci, qui semblaient agitées, se calmèrent à son arrivée.
— Waouh, des bêtes blanches !
Puvis tourna brutalement la tête vers Vars.
Putain, il est rapide ! C'est quoi, cette merde ?!
— Dégage de là, gamin ! C'est pas des jouets ! s'écria Puvis.
Vars observa le verrou avant d'y poser un doigt. Quelques instants plus tard, Puvis lâcha la chaîne, qui tomba lourdement au sol, puis attrapa Vars par les épaules.
— Qu'est-ce que tu fais ?! s'écria Puvis.
Vars repoussa légèrement l'homme avant de hausser les épaules, puis posa son sac par terre. Il en sortit une poignée de poils de Quashti, ceux que Titi lui avait donnés.
— J'ai vu une bête pareille, un peu plus grosse, à quelques heures d'ici. Elle avait une grosse pierre brillante qu'elle avait du mal à déplacer. D'ailleurs, elle semblait grièvement blessée. C'est comme ça que j'ai récupéré ces poils.
Puvis arracha aussitôt la poignée de poils des mains de Vars et la rangea dans sa veste.
— Donne-moi ça ! Comment ça, tu as vu une bête similaire ? Omir ! Le gamin dit des trucs intéressants, viens voir !
Omir tourna la tête en soupirant. Il regarda Itoî, le plaqua contre l'arbre et lança un sort qu'il avait vraisemblablement préparé au moment où Vars était apparu.
— Mud Chain !
Une sorte de boue entoura Itoî avant de prendre l'apparence d'une chaîne très rudimentaire, puis elle se durcit. Le garçon se retrouva attaché contre l'arbre.
— Bon, tu bougeras pas comme ça, au moins. J'arrive ! s'écria Omir.
Vars tapa légèrement du pied, puis avança vers le feu.
Puvis courut derrière lui.
— Hé, reviens !
Vars se plaça à l'opposé de la cage où les bêtes étaient enfermées. À sa gauche, Itoî se trouvait à environ deux ou trois mètres de lui. Vars pointa son frère du doigt.
— Libérez-le ! Sinon, je dis rien !
Omir rit.
— Bahaha ! Peut-être si tu me racontes d'abord ton histoire ! Ensuite, on verra !
Il posa une main sur l'épaule de Vars avant de le pousser au sol pour l'obliger à s'asseoir.
Vars se dit alors :
Une force assez impressionnante, mais elle ne vaut pas la mienne.
Les deux hommes et le garçon s'assirent devant le feu.
Vars lança un regard vers Itoî, puis commença à raconter son histoire :
— La bête se trouve à quelques heures d'ici, comme je l'ai dit. Elle faisait rouler une sorte de pierre très brillante, mais elle était blessée aux deux pattes ; elle avançait donc lentement et péniblement. Je l'ai observée pendant quinze à vingt minutes avec mon frère, puis elle a fini par s'écrouler. Je me suis dit : « Bah, pourquoi ne pas récupérer quelques poils de la bête ? » Alors j'en ai pris, puis nous nous sommes reposés avant d'en prendre d'autres.
Omir et Puvis se mirent à rire.
— Bahahaha ! Il est marrant, ce gamin ! Mais ce que tu racontes, c'est vrai ?
— Aha ! Aha ! Aha ! J'avoue que c'est une blague sympa. Ouais, il dit vrai, je pense, Omir. Regarde.
Il voulut sortir les poils de la poche intérieure de sa veste. Vars aperçut alors une ouverture. Il sauta aussitôt en arrière à une vitesse fulgurante, tout en criant :
— Itoî ! Maintenant ! Vers la cage !
Itoî s'écria en essayant de se relever :
— Mais com— Hein ?
La boue s'était complètement détachée. Des lianes disparurent au même moment : elles avaient rongé la boue. Vars avait préparé son coup quelques minutes plus tôt en tapant du pied.
Omir et Puvis s'écrièrent :
— Putain ! C'est quoi, ce délire ?!
Tous deux observèrent Vars, qui se trouvait dans les airs après son énorme saut en arrière. Pendant quelques instants, ils avaient oublié Itoî.
Itoî courut de toutes ses forces vers la cage, puis se demanda :
Comment je vais l'ouvrir, putain…
Il tira sur la cage. Tout à coup, la porte éclata : une fois encore, c'était l'œuvre de Vars.
Les Quashtis sortirent. En voyant cela, Puvis courut vers Itoî. Le jeune garçon, remarquant la course hostile du braconnier dans sa direction, recula avant de courir dans la direction opposée à celle de Vars.
Vars sourit.
Il apprend vite. Il pourrait vraiment devenir coriace s'il s'entraîne avec moi et Papy.
— Viens là, sale enfoiré ! lança Puvis en poursuivant Itoî, qui courait à pleine vitesse.
Omir s'écria :
— Petit merdeux !
Puis il incanta rapidement un sort :
— Tremor step !
Omir frappa violemment le sol du pied. Un léger séisme se produisit, puis le sol se fissura en deux.
Vars atterrit sur une branche solide avant de se propulser vers Omir.
— Maintenant, à nous deux ! s'écria Vars, tout excité.