Chapitre 32
『 La forêt Torturée, Suuran — 27 Everi, 22 h 27 』
Les garçons continuèrent de marcher pendant la nuit, mais la fatigue commençait à se faire ressentir, et l'atmosphère devenait de plus en plus pesante. Des arbres sans feuilles, aucun bruit, si ce n'est le vent qui sifflait et quelques oiseaux nocturnes.
— On peut pas s'arrêter ? demanda Itoî, exténué.
— D'accord, mais seulement dix minutes. On doit vraiment les rattraper pendant la nuit ; nous aurons beaucoup plus de chances, dit Vars avant de s'asseoir sur une grosse pierre sur le chemin.
Itoî s'assit par terre en soufflant :
— Pfiouh… Je t'avoue, Vars, le combat m'a fatigué…
Vars sourit tout en invoquant une petite lumière pour ne pas être dans le noir, avant de demander à son frère :
— Tu m'as vraiment impressionné. Je savais pas que t'étais aussi doué au combat.
Itoî rougit un instant et répondit rapidement :
— Je devais trouver un moyen de te rattraper ! Je sais que t'es plus fort que moi sur tous les points… Mais si je pouvais au moins réussir à avoir de bonnes stratégies de combat, je me suis dit que je pourrais un peu plus me rapprocher de toi, dit Itoî, un peu gêné.
Vars rit :
— Hahaha ! Me rattraper ? Je te laisserai jamais me rattraper ! Essaie si tu le peux !
Puis Vars se leva en courant.
Itoî sourit, puis fronça les sourcils. Il se leva subitement pour rattraper son frère :
— Attends ! C'est pas juste ! T'as pas donné le départ !
Les garçons coururent pendant quelques minutes avant que Vars ne ressente une présence… Il s'arrêta net et leva le bras en signe d'arrêt :
— Attends.
Itoî arrêta de courir instantanément.
— Je sens une présence… Non, plusieurs, et elles semblent humaines.
— Tu penses que c'est les braconniers ? demanda Itoî.
Vars hocha brièvement la tête. Il écrasa dans sa main la lumière qu'il avait invoquée.
— On va y aller… Oui, dans l'obscurité.
Vars donna un fil à son frère et l'attacha à lui :
— Prends ce fil, tu devrais pas te perdre. Il peut s'étendre jusqu'à trois mètres, donc ça reste quand même assez long. Lâche-le quand on sera assez proches d'eux. Ils sont en train de camper, je le sens à la fumée qui, même si elle est légère, est toujours présente. Ce sont des amateurs, dit Vars avant de se retourner pour avancer doucement.
— Ils sont à combien de mètres ? demanda Itoî en se baissant et en avançant doucement.
— Aux alentours de trois cents mètres, je dirais. Quand on sera à dix mètres d'eux, je veux que tu lâches le fil. N'agis pas avant que je te donne le signal. Je vais les appâter en premier.
— Comment ? demanda Itoî.
— Tu verras, dit Vars en continuant.
Ils n'étaient plus qu'à cinquante mètres. La fumée commençait à se faire sentir bien plus fort ; une odeur de viande et de légumes grillés titillait les narines d'Itoî.
— Putain, ça sent bon…
Vars ricanait doucement avant de reprendre son sérieux. Il était maintenant à quinze mètres ; on pouvait les entendre parler. Les garçons se faufilèrent en toute douceur, chacun dans un buisson. Vars fit un signe pour qu'Itoî lâche le fil. Les garçons avancèrent tout doucement, séparément. Ils n'étaient plus qu'à huit mètres des deux hommes.
Deux hommes, et une grosse cage avec des roulettes.
Vars pensa :
Étonnant, il n'y avait pas cette cage tout à l'heure. D'où provient-elle ? Un utilisateur de l'élément de terre spécialisé dans l'acier ? C'est probable, mais vu leur amateurisme à laisser des traces partout, ça m'étonnerait…
L'un des hommes, gros et barbu, rit avec entrain :
— Bahahaha ! On a vraiment eu de la chance de trouver cette cage ! dit l'homme enrobé.
Un autre, plus maigre, portant un chapeau pointu et troué, suivit le rire de son camarade :
— Aha ! Aha ! Aha ! Le pire, c'est cette espèce d'humain-démon bizarre, là ! En échange de la gamine qu'on a trouvée, il nous a filé la cage !
— Bahahaha !
— Aha ! Aha ! Après, Omir, t'étais pas obligé de saigner la gamine !
— Bahaha ! Puvis, t'es vraiment sans cœur. C'était une gamine, autant qu'elle ne souffre pas plus. Qui sait ce que le démon lui aurait fait, vivante.
Les yeux d'Itoî s'écarquillèrent, ses poings serrés.
C'étaient eux ! Ce sont eux qui l'ont tuée !
Vars sentit l'énergie d'Itoî se troubler :
Putain, pas maintenant, Itoî.
La cage bougea. Trois Quashtis, perturbés par l'énergie, s'agitèrent de partout, comme s'ils voulaient fuir.
OUH BRAH OUH !
— Vos gueules, les macaques des neiges ! s'écria Omir.
Puvis se boucha les oreilles.
— Putain, vivement qu'on rencontre la vieille sorcière pour refiler sa marchandise…
Pendant ce temps, Vars avait fini d'incanter :
— Camouflage !
Vars prit l'apparence d'un petit buisson. Son camouflage était imparfait : en plein jour, il se ferait probablement attraper, mais la nuit jouait en sa faveur. Il changea de plan, car la discussion des deux hommes l'intéressait :
La vieille sorcière ? La marchandise ? Ils doivent parler des Quashtis. La peau de cette bête a une bonne valeur, sans parler de ses poils, qui sont précieux pour garder certaines potions fraîches plus longtemps.
Vars s'approcha encore. Il n'était plus qu'à quelques mètres des braconniers.
Itoî, lui, n'en pouvait plus. Il prit sa baguette en main et se précipita devant les bandits à toute vitesse.
Vars resta les yeux écarquillés devant la scène, sous le choc :
Putain ! Non !
— Bande de bâtards ! C'est vous qui avez tué la gamine !