Chapitre 26
Chapitre 26
C'est alors que les garçons, juchés sur le dos de Titi, avancèrent. Plus ils se rapprochaient de la maison de leur grand-père, plus l'environnement changeait, jusqu'à ce qu'il n'y ait presque plus de neige.
Les arbres avaient déjà leurs bourgeons et leur feuillage était plus clair. Pourtant, l'air était frais et agréable. Le parfum des fleurs, la douceur du soleil… C'était le printemps.
Les oiseaux chantaient et de petits rongeurs étaient également sortis. La forêt semblait enfin moins hostile.
Les enfants chantaient à tue-tête, tandis que Titi avançait en claquant des doigts au rythme de leur chanson :
— ♫ Le printemps, oh, le printemps, le cœur léger, on se donne au chant ! Le printemps, oh, le printemps, nous savourerons des yeux chaque instant ! Le printemps, oh, le printemps, les oiseaux sont de sortie, mais aussi le beau temps… ! ♫
Titi commença à transpirer. Les températures supérieures à quinze degrés devenaient difficiles à supporter pour elle, mais elle voulait continuer afin d'aider ses nouveaux amis.
Vars, voyant l'état de sa nouvelle amie, lui dit en souriant :
— Tu peux nous déposer, Titi ! On devrait pouvoir nous débrouiller pour la suite, ne t'inquiète pas. Merci pour tout.
Titi hocha la tête et déposa les garçons. Ils saluèrent leur amie avant de se séparer. Ils avancèrent tranquillement, puis Vars cria en se retournant :
— Je te promets de tout faire pour sauver tes petits !
Puis il continua de lui faire signe au revoir. Titi fit de même avant de retourner vers la forêt enneigée.
Uyan dit alors :
— C'est étonnant que ce Quashti nous comprenne.
Vars lui répondit en souriant :
— C'est normal. C'est un Quashti qui a probablement côtoyé d'autres humains.
Uyan se dit alors :
Cela expliquerait pourquoi la grotte était si bien aménagée…
Itoî prit une grande inspiration, puis cria :
— C'EST UN BEAU JOUR POUR VIVRE ! YOUHOUUU !!!
Vars l'imita :
— OUAIS ! VIVE LA VIE, VIVE LE PRINTEMPS !
Uyan semblait gêné et rougissait. Lui qui était introverti de nature, ce genre de comportement le mettait mal à l'aise. Il murmura :
— Pff, les gamins…
Vars l'entendit et lui tapa sur l'épaule si fort que le petit garçon bascula vers l'avant :
— Allez, Uyan, sois pas grincheux ! On a survécu un jour de plus ! Je suis sûr que Maman est fière de nous, là-haut !
La dernière phrase résonna quelques instants dans la tête d'Uyan.
Maman est-elle fière de nous, là-haut ? Même si on l'a laissée mourir ?… Je ne sais pas… Mais je ferai de mon mieux pour elle.
Puis il remplit ses poumons d'air et cria d'une voix complètement désaccordée :
— MA-MAN, RE-PO-SE EN PAIX !
Itoî et Vars se mirent à rire. Uyan tourna la tête vers eux, puis cria :
— Pourquoi vous rigolez ?! J'ai dit un truc marrant ?
Itoî dit alors :
— Non ! T'as dit une très belle chose, mais ta voix qui part en vrille quand tu cries à fond… ! Pouhahaha !
Vars éclata de rire, puis ajouta :
— Uyan, c'est quoi cette voix qui est partie en vacances avant nous ? Hahahaha !
Le petit garçon rougit de honte, puis s'écria :
— Bande d'enflures ! Vous allez voir, vous !
Les enfants se chamaillèrent tout en avançant. Ils jetèrent leurs armures au sol, celles-ci ne produisant d'ailleurs plus de chaleur depuis un moment.
Uyan demanda alors à Itoî, intrigué :
— Dis, pourquoi ta tresse commence-t-elle à blanchir au bout ? Tu commences à avoir des cheveux blancs ?
Itoî regarda sa tresse. Il ne comprenait pas non plus :
— Je sais pas. J'avais pas ça il y a deux semaines…
Vars demanda alors :
— C'est devenu comme ça depuis la mort de Maman ?
Itoî réfléchit en regardant brièvement les nuages dans le ciel :
— Non. Je commençais déjà à avoir deux ou trois cheveux blancs pendant ce qui s'est passé avec mon cauchemar. Mais c'était assez léger. Avec la mort de Maman, j'imagine que c'est devenu un peu plus visible…
— Hmm… Je vois, dit Vars.
Uyan dit alors :
— Ah oui, Vars, il faudrait que tu fabriques les mêmes médicaments que ceux que tu confectionnes pour moi, mais pour Itoî !
— Ah ? Il a les mêmes problèmes que toi ? demanda Vars.
— Oui, mais en pire, dit Uyan d'un air inquiet.
— Je vois. Raison de plus pour que je me penche sur son cas. Itoî, Uyan, quand nous rentrerons chez Papy, il faudra que je vous examine plus attentivement, dit Vars d'un ton sérieux.
Vars comprit qu'il s'agissait probablement d'une maladie ou de quelque chose du même genre. Cependant, il avait déjà beaucoup cherché dans des livres récents de médecine et rien ne correspondait véritablement. Certaines maladies y ressemblaient, certes, mais sans plus.
Il sortit quelques pilules de sa poche, les divisa en deux et donna une moitié à chacun.
— Prenez ça pour l'instant. Il me faudra plusieurs jours pour tout préparer. De plus, Papy s'y connaît assez bien en médecine traditionnelle ; il pourra peut-être nous éclairer.
— Je vais sûrement commencer par sauver les petits de Titi. Sans elle, nous n'aurions peut-être jamais pu nous retrouver. Elle mérite que je l'aide sans attendre. Je resterai probablement chez Papy une heure, puis je partirai directement chercher ses petits dans les environs, dit Vars en marchant.
Uyan hocha la tête. Mais Itoî ajouta :
— D'accord, mais à une condition !
Vars lui demanda :
— Euh… Vas-y, je t'écoute.
— Je veux t'accompagner !
Il hésita pendant plusieurs secondes.
— Hmm…
— Allez, s'te plaît, s'te plaît, s'te plaiiit ! insista Itoî.
Uyan leva les yeux au ciel, puis posa une main sur son visage d'un air agacé :
— Quand il s'y met, lui… Roh là là…
— Bon, d'accord, dit Vars.
— S'teuuuplaiiit, continua Itoî, qui semblait ne pas l'avoir entendu.
— J'ai dit d'accord, répéta Vars.
— S'teuuuuplaiiit, s'te plaît, s'te plaît, s'te plaît, s'te plaît, s'te plaît, s'te plaît… !
Uyan regarda les arbres sur sa gauche en se disant :
Vars va péter un câble…
— J'AI DIT D'ACCORD, PUTAIN ! hurla Vars, furieux.
Uyan fit une grimace, comme s'il venait d'avoir une impression de déjà-vu, et pensa de nouveau :
Qu'est-ce que j'avais dit…
Itoî prit alors une toute petite voix enfantine et moqueuse :
— Ah, j'avais pas entendu, désolé !
Puis il fit une grimace.
Vars serra le poing.
Quand il s'y met, lui ! Putain !
— Arrête de te foutre de moi, sinon je ne t'emmène pas.
Itoî s'arrêta net, puis courba le dos pour demander pardon :
— Je m'excuse sincèrement, maître Vars, dit-il d'un air très sérieux.
On aurait dit qu'il devait de l'argent à une mafia ou quelque chose du genre.
Uyan souffla en ricanant doucement.
Puis Vars ajouta, les mains sur les hanches et le torse bombé :
— Ouais, je préfère. Ouais !
Les trois se mirent à rire.
Ils avancèrent encore un peu avant d'arriver face à un promontoire escarpé, au milieu duquel se trouvait une maison.
Et ce n'était pas la maison de n'importe qui : c'était celle de leur grand-père !
Une jeune femme étendait du linge dehors. Elle tenait un bac à linge, était habillée simplement et portait une queue-de-cheval, un haut rouge et un pantalon bleu.
Les garçons portèrent une main à leur front et plissèrent les yeux pour mieux voir. Puis ils les écarquillèrent et crièrent tous ensemble :
— KAELLE !!!
La jeune femme se retourna vers la source de la voix, lâcha son bac à linge au sol et courut vers les enfants en pleurant.
— Les garçons ! s'écria-t-elle en larmes.