Chapitre 24
Chapitre 24
La neige tombait violemment : c'était une véritable tempête. Les arbres les plus faibles étaient arrachés par la force du vent, puis emportés plusieurs mètres plus loin. Le ciel s'était considérablement assombri ; il faisait probablement nuit.
Les garçons s'étaient endormis. Itoî étreignait son frère afin qu'ils ne meurent pas de froid tous les deux.
Des traces s'imprimèrent dans la neige. Mais ce n'étaient pas de simples pas : c’étaient des empreintes de canidés. Des chiens ? Non… Des loups ?
Trois esprits apparurent alors devant eux. Ils avaient effectivement une forme lupine et possédaient chacun une marque sur le front.
Deux portaient un symbole composé d'un cercle contenant un tourbillon. Le troisième possédait un symbole composé de trois cercles : un grand et deux plus petits, tous superposés et alignés. Il était d'ailleurs légèrement plus grand que les deux autres.
Les trois loups avaient un pelage blanc, mais une aura bleutée rappelait qu'ils étaient des esprits et qu'ils n'étaient pas véritablement vivants.
Les deux loups portant le symbole du tourbillon s'avancèrent vers les enfants et reniflèrent Itoî et Uyan. Leur odeur les intriguait.
— C'est… C'est une odeur assez spéciale. Chef, je pense qu'ils font partie des nôtres.
En entendant cela, le grand loup s'avança à son tour pour les renifler. Ses pupilles de prédateur s'élargirent et il sembla sous le choc.
— Ce sont… Ce sont des…
— Oui, Chef, ce sont bien des descendants des nôtres. Leur destin semble tragique et leur situation actuelle ne paraît pas meilleure. Sachant qu'ils se trouvent dans la saison illusoire, il leur est impossible de s'en sortir seuls. Devons-nous les aider ?
Le grand loup réfléchit quelques instants. Il regarda les pauvres enfants, qui semblaient épuisés. Ce n'était probablement plus qu'une question de temps avant qu'ils ne meurent.
— Très bien. Exceptionnellement, j'accepte d'aider ces petits. Mais s'ils se retrouvent de nouveau dans une situation délicate, je ne pourrai pas changer leur destin. Arrêtons cette tempête de neige et invoquons un feu sur les branches posées au sol afin que les petits puissent se réchauffer. Nous ne changerons néanmoins pas la saison. C'est à eux de surmonter cette épreuve, qui est désormais bien plus facile.
Les deux autres loups hochèrent la tête.
— Une présence n'est pas loin d'ici, dit l'un des loups.
— Est-elle hostile ? demanda le grand loup.
— Non.
— Bien. Alors, au travail.
Les esprits loups disparurent en hurlant. Le feu s'alluma comme par magie et la tempête s'arrêta peu à peu.
Uyan se réveilla au crépitement du feu. Il se frotta les yeux, puis les ouvrit peu à peu.
— Hmm… Itoî, tu peux faire moins de bruit ? dit-il, à moitié endormi.
— Oh… Hein ? Comment est-ce possible ? On a du feu, Itoî ! On a du feu ! s'écria Uyan.
Ce fut au tour d'Itoî de se lever. Comme son frère, il était à moitié endormi.
— Mais qu'est-ce que tu racontes, Uyan… Hein ? WAOUH !
Il se redressa d'un seul coup et se mit à sautiller.
— On a du feu !
Itoî prit les mains de son petit frère, et ils dansèrent en rond autour du feu avant de s'écrier joyeusement :
— On a du feu ! On a du feu ! On a du feu ! YOUHOUU !
— Mais comment est-ce qu'on a fait du feu ? demanda Uyan en regardant son frère.
— J'en sais rien, attends. Peut-être que cette grotte est vraiment bien abritée…
Puis il fit une grimace et cria :
— BOUH !
Uyan sursauta.
— AAAH !
— Putain, Itoî, t'es vraiment qu'un gamin !
Itoî rit.
— Vraiment, comment est-ce qu'on a fait du feu ? demanda de nouveau Uyan.
— J'en sais rien. C'est pas toi qui disais de ne pas trop te poser de questions ? répondit Itoî en se grattant la tête.
— Ouais, mais bon… Là, c'est bizarre, quoi…
Itoî prit l'armure d'Uyan, que celui-ci avait déposée près de l'entrée de la grotte. En la ramassant, il remarqua que le vent s'était considérablement calmé.
Il avait eu du mal à dormir à cause du sifflement violent du vent, et maintenant, plus rien. Absolument plus rien. La neige tombait très faiblement.
Il sortit brièvement et leva la main, la paume tournée vers le ciel.
— Même la neige s'est calmée…
Uyan courut vers l'entrée de la grotte.
— Mais qu'est-ce que tu fais ? Il fait un froid de fou deho— Hein ? Le vent a complètement disparu ! Et la neige… Elle tombe à peine…
Itoî regarda son frère en souriant, puis dit :
— J'en sais rien, mais tant mieux ! On dort un coup, puis on essaie de retrouver Vars, OK ?
Uyan était gonflé à bloc. Il répondit avec enthousiasme :
— Ouais ! Là, je pense qu'on a toutes nos chances !
Itoî hocha la tête, puis donna l'armure à Uyan. Celui-ci la remit et eut presque l'impression de se trouver dans une maison équipée d'une cheminée fraîchement allumée.
— Paaah… Ça fait du bien… dit-il.
— Tu m'étonnes, hahaha ! rigola Itoî.
— Bon, allez, on se couche ! continua Itoî.
Les deux garçons allèrent se coucher paisiblement.
Quelques heures plus tard, le matin arriva. Les deux garçons se levèrent sans éteindre le feu, au cas où ils devraient revenir ici pendant la nuit.
Ils prirent chacun un bâton qu'ils enflammèrent à l'extrémité, puis se dirigèrent vers la sortie. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque les rayons du soleil les frappèrent.
— Waouh, attends… Mais comment est-ce possible ? demanda Uyan, complètement étonné.
Itoî haussa les épaules. Il n'en savait pas plus que son frère. Les torches ne servaient finalement à rien, puisque le soleil brillait déjà.
— Uyan, d'ailleurs, tu n'avais pas gravé des marques sur les arbres en venant par ici ? demanda Itoî.
— Exact. Je l'ai fait peu après que tu m'as lâché. Je ne t'ai rien dit parce que je n'étais pas sûr que ça fonctionnerait, mais j'ai marqué certains arbres avec un petit couteau que j'ai trouvé dans le jardin lorsque les assassins nous ont attaqués. J'allais d'ailleurs essayer de défendre Maman avec… dit-il, un peu désemparé.
— Je sais. C'est déjà assez stupide comme ça, pas la peine de me le rappeler.
Itoî sourit à son frère, puis lui dit :
— Pas du tout ! Je suis presque… euh… admiratif ? Il se gratta la tête comme un benêt.
— Admiratif ? proposa Uyan.
— Ouais, voilà ! Bingo ! Admiratif ! C'est vrai, quoi : moi, je ne savais pas quoi faire, tandis que toi, tu as directement essayé d'agir.
Itoî semblait encourager son frère. Après tout, le jeune garçon qui manquait de confiance en lui commençait à s'affirmer.
Uyan rougit quelques instants, puis dit :
— B-Bref ! Allons-y !
Puis il se mit à marcher bizarrement, les mains sur les hanches. On aurait dit un petit soldat de bois.
Itoî rit et dit :
— Chef, oui, chef !
Il ramena sa main à son front en un salut militaire.
Les deux garçons avancèrent et trouvèrent effectivement des arbres marqués d'un léger trait. De près, cela ressemblait à une flèche, probablement destinée à indiquer la direction d'où ils venaient.
— J'en ai trouvé un, dit Uyan.
Itoî courut vers son frère, regarda l'arbre et vit effectivement le trait.
— Ça marche, allons-y alors !
Leurs ventres gargouillèrent bruyamment, et ils dirent simultanément :
— J'ai faaaiiim…
— Si seulement il y avait de la nourriture ici… dit Itoî d'un ton désespéré.
— En réalité, il pourrait y en avoir, répondit Uyan avant d'observer les arbres avec attention.
— Attends, regarde ! Ce ne sont pas des sortes de fruits ? continua-t-il en pointant un fruit verdâtre.
— Ouais ! On dirait bien ! Vas-y, je grimpe ! dit Itoî en commençant à escalader l'arbre.
— Ne tombe pas, hein ! cria Uyan.
Itoî semblait doué pour grimper aux arbres. Les garçons faisaient souvent des concours pour savoir lequel grimperait le plus rapidement, et c'était toujours Vars qui gagnait.
Itoî commença à s'essouffler, mais réussit à attraper le fruit.
— Youhouu ! s'écria-t-il.
Malheureusement, il glissa et tomba.
— AAAAAAH !!! cria Itoî.
— Non ! Itoî ! s'écria Uyan.
Une ombre bondit pour rattraper le jeune garçon et atterrit avec précision.
— Yo !
Les yeux des deux garçons s'écarquillèrent, puis ils crièrent simultanément :
— Vars ?! C'est toi ?!
— Eh ouais ! répondit-il en souriant.
— Bon, j'ai pu vous retrouver rapidement grâce à mon nouvel ami, dit-il en désignant d'un signe du pouce ce qui se trouvait derrière lui.
Une ombre gigantesque se dissimulait derrière les arbres.