Chapitre 23
Chapitre 23
Les garçons étaient toujours dans la grotte, assis tous les deux par terre. Itoî était adossé à la paroi de la grotte, tandis que son petit frère lui faisait face. Uyan était torse nu, car il avait placé son armure sur les branches afin qu'elle sèche plus rapidement.
— Ah, ça, je m'en doutais un peu, dit Uyan à son frère.
— Hein ? HEIIIN ?! s'écria Itoî, étonné.
— Bah oui. Tu ne te souviens pas quand tu as fait des cauchemars, il y a une semaine ? Tu t'es levé en pleurant du sang et en hurlant dans toute la chambre. C'est moi qui ai dû aller chercher Kaelle et Maman pour t'aider, répondit Uyan.
— Je ne me rappelle pas de tout ça.
— C'est normal. Tu étais dans un état second, répondit Uyan.
— Bref. Alors, dis-moi, qu'est-ce qu'il y a avec ce démon ? continua Uyan.
— Je me demande si j'avais demandé de l'aide à ce démon, il aurait pu sauver Maman, dit Itoî d'une petite voix.
— N'y pense même pas, répondit Uyan en lui lançant un regard hostile.
— Hein ? Mais pourquoi ? demanda Itoî.
— Si Maman nous a confectionné des amulettes, ce n'est pas pour rien. Elle connaissait le danger que pouvait représenter l'influence d'un démon sur toi, mais aussi, potentiellement, sur nous.
Itoî serra l'amulette dans sa main. Il posa ses poings sur ses genoux, appuya sa tête dessus et réfléchit. Son regard attristé restait fixé sur le sol poussiéreux et froid de la grotte.
Uyan détourna le regard. Il semblait pleurer.
— J'aurais peut-être pu la sauver, dit Itoî.
C'est alors qu'Uyan tourna violemment la tête et s'écria :
— Arrête de dire des conneries ! On n'aurait rien pu faire pour Maman ! On n'a même pas encore maîtrisé un élément ! Rien ! On n'a aucune connaissance de la magie ! Et toi, tu…
— Je ne parlais pas de moi, putain ! Je parle du démon ! répondit Itoî, en colère.
Uyan se jeta sur Itoî et le frappa en plein visage :
— Tu ne comprends pas quoi, abruti ?! C'est justement à cause de ce démon que Maman est morte !
Itoî ouvrit grand les yeux et demanda :
— C-Comment ça ?
— Si ce démon de merde n'existait pas, Maman n'aurait pas lancé je ne sais combien de bénédictions pour te sauver le cul, Itoî ! Et toi, tu voulais faire quoi ? Hein ?! Te sacrifier, soi-disant pour sauver Maman ?! Tu nous aurais tous condamnés là-bas ! continua Uyan, à bout de souffle.
Il était exténué. Le froid, la colère et la tristesse l'avaient vidé de ses forces.
Itoî ne put rien répondre. Pendant quelques instants, il se reprocha la mort de sa mère, puis des voix retentirent dans sa tête. Mais ce n'était pas celle du démon :
— Je suis faible !
— Papa, où es-tu ?
— Maman, non !
— Nous allons bientôt être en guerre, Grand frère.
— Comment va le petit-fils de sa grand-mère ?
— Où suis-je ? Sortez-moi de là !
Uyan gifla son grand frère.
— Tu étais encore dans un état second, putain ! Mais qu'est-ce qui ne va pas, Grand frère ? demanda-t-il en pleurant.
Itoî se prit la tête entre les mains et s'écria :
— J'ai mal à la tête, Uyan !
Uyan se releva et demanda, inquiet :
— C-Comment ça ? C'est le démon ?
— Non ! J'ai plein de voix dans ma tête, Uyan, plein ! Dans ma tête, ça grésille, ça chuchote des mots incompréhensibles. Plein de gens me parlent ! Ça fait mal, petit frère !
Uyan comprit ce qui arrivait à son grand frère. Cela n'avait rien à voir avec une maladie mentale telle que la schizophrénie ou une autre affection du même genre. C'était autre chose, quelque chose dont personne ne connaissait l'existence, à l'exception de Vars et de leur mère.
C'est alors que le jeune garçon sortit une petite boîte de sa poche.
À l'intérieur se trouvaient quelques pilules. Il en donna une à Itoî :
— Tiens, avale ça. Tu te sentiras mieux.
Itoî la prit et l'avala. Il se sentit apaisé et retrouva peu à peu son état normal.
— Q-Qu'est-ce que j'ai eu, Uyan ?
— Je ne sais pas. Ça m'arrive aussi, mais chez toi, ça a l'air beaucoup plus violent. Ton visage était tout crispé et tu semblais complètement absent. Ça t'était déjà arrivé auparavant ? demanda Uyan.
— Ouais, mais pas autant. C'était très léger.
— Maman le savait ?
— Non, je ne voulais pas l'inquiéter, à vrai dire.
— Espèce d'abruti ! Si elle l'avait su, elle t'aurait confectionné ces pilules, dit Uyan, agacé.
— Maman travaillait avec Vars sur ces médicaments. Elle a supposé que c'était une maladie rare, mais je ne sais pas. Pendant son temps libre, Vars avait tendance à lire des livres sur le sujet, mais il ne trouvait rien, continua Uyan.
— J-Je vois, dit Itoî en baissant de nouveau les yeux.
Uyan comprit que ses paroles concernant leur mère avaient touché son grand frère.
— Je suis désolé, Itoî. Je ne voulais pas dire que c'était ta faute lorsque j'ai parlé du démon. Mais je maintiens ce que j'ai dit concernant le fait de sauver Maman. Ça aurait été impossible, dit Uyan.
La voix d'Uyan baissa vers la fin. Après tout, le sujet de leur mère était encore très récent. Les enfants étaient accablés par cette journée qui ressemblait à une visite directe de l'enfer.
Itoî releva la tête et vit qu'Uyan titubait et tremblait. Il se jeta sur son petit frère pour le rattraper avant qu'il ne tombe.
— M-Merci, Grand frère, dit Uyan.
Il semblait fatigué et presque fiévreux.
— Tu t'es beaucoup malmené, Uyan, dit Itoî en caressant la tête de son petit frère.
— Repose-toi. Tu as énormément changé en si peu de temps, continua-t-il.
— C-Comment ça ? demanda Uyan.
— Pas comme moi, quoi. Tu sembles plus résistant face à tout ce qui s'est passé.
Uyan ferma peu à peu les yeux. Itoî appuya le dos de son frère contre sa poitrine pour que l'armure le réchauffe aussi.
— Ce n'est pas ça, Grand frère. Je veux juste ne plus y penser, murmura-t-il en fermant les yeux.
Deux larmes discrètes coulèrent des yeux d'Uyan.
Itoî posa son menton sur la tête de son petit frère. Son visage devenait rouge et les larmes lui montaient aux yeux. Il pleura en silence pour ne pas réveiller son frère.
Il se sentait si minable, si faible, mais aussi si coupable d'avoir envisagé d'accepter l'aide d'un démon, ce qui aurait réduit à néant les efforts de sa mère.
Il se dit alors, tout en pleurant :
Je suis si faible, si ridicule…