Chapitre 22
Chapitre 22
『 La forêt enneigée — Suuran — Everi, ?? h ?? 』
Les deux jeunes garçons avaient cessé de courir depuis dix minutes et marchaient depuis quelques instants.
— C'est bon, tu peux me lâcher, Itoî, dit Uyan d'un air agacé.
— Ah, euh, ouais, pardon, répondit Itoî en déposant son petit frère.
Il l'avait porté sur son dos.
— Ça fait à peu près vingt minutes qu'on est séparés de Grand frère, dit Uyan.
Itoî hocha la tête et marcha en regardant droit devant lui. La neige continuait de tomber et semblait même s'intensifier. La forêt avait un aspect presque étouffant avec toute cette neige et ces arbres gigantesques.
— Itoî, je te parle. Arrête de marcher, dit Uyan à son frère.
Itoî semblait toujours plongé dans ses réflexions :
Si Vars ne m’avait pas arrêté et si le démon était apparu, est-ce que cela aurait changé le cours du combat ? Est-ce qu’on aurait pu sauver Maman ?
Il prit dans sa main l’amulette que sa mère lui avait offerte. Sa lueur bleu ciel l'éblouissait presque.
Uyan courut se placer devant son frère et leva les bras pour lui faire signe de s'arrêter.
— Itoî ! Je te parle ! Ça ne sert à rien d'aller plus loin ! On s'éloigne de Grand frère, là !
Itoî s'arrêta et se rendit compte que son frère lui parlait.
— Pardon, je… Ouais. T'as raison, faut qu'on arrête de marcher.
Uyan s'inquiéta de l'état de son frère et se mit à sautiller.
Itoî, intrigué, lui demanda :
— Mais pourquoi tu sautes ?
— Baisse-toi ! dit le petit garçon, agacé.
— Hein ? Euh, vas-y.
Itoî se baissa. Uyan posa une main sur le front de son grand frère pour vérifier s'il avait de la fièvre.
— T'as pas de fièvre, pourtant… dit Uyan, perplexe.
Itoî rit :
— Hahaha ! Tu t'inquiètes pour moi, le p'tit rouge ?
Uyan rougit et s'écria :
— Tu vois ! C'est ça, ton problème ! Dès qu'on est gentil avec toi, tu te moques des gens !
Itoî arrêta de rire et frotta la tête de son petit frère.
— Désolé, désolé, dit-il en lui souriant.
Uyan rougit et souffla d'un air boudeur avant de reprendre son sérieux :
— Quelque chose te tracassait ?
— Plein de choses, Uyan. Plein de choses.
— Tu ne devrais pas trop te prendre la tête, dit Uyan en regardant son frère.
Itoî, étonné, lui répondit :
— C'est toi qui me dis ça ? Hmm… C'est que je dois vraiment beaucoup réfléchir, aujourd'hui.
Uyan hocha la tête et regarda au-dessus de lui.
— C'est bizarre. Les arbres forment un abri naturel et pourtant, la neige tombe abondamment.
Itoî se gratta la tête, puis dit :
— Dans tous les cas, il fait froid. Et ça tombe bien : regarde juste à notre gauche !
Il pointa une grotte. Celle-ci était petite, mais semblait pouvoir abriter au moins cinq adultes, voire six.
— Super ! dit Uyan en souriant et en levant le pouce.
Itoî leva la main et fit le signe V en souriant à son frère.
Les deux garçons s'avancèrent vers la grotte.
— Itoî, on devrait ramasser des branches, dit Uyan.
— Pourquoi faire ? demanda Itoî.
— Bah, pour faire du feu.
— Hein ? Mais on n'a pas d'allumettes, et aucun de nous ne possède l'élément Feu ! dit Itoî, ne comprenant pas où son frère voulait en venir.
— Tu comprendras, ne t'inquiète pas, répondit Uyan.
Les deux garçons ramassèrent des bâtons de toutes les couleurs et de toutes les formes : certains étaient blancs, d'autres longs, courts, marron clair ou noirs…
Après en avoir ramassé une bonne quantité, ils entrèrent dans la grotte.
Celle-ci était un peu poussiéreuse, mais étrangement confortable. Il n'y avait pas tant de pierres que ça sur le sol, comme si quelqu'un s'y était déjà abrité et avait aménagé l'endroit.
Itoî et Uyan déposèrent les branches. Le petit roux soupira, puis pensa :
Je me demande comment Vars va nous retrouver… Je ne m'inquiète pas pour lui : vu ce qu'il nous a confectionné, il est capable de lancer des sortilèges assez complexes. Mais je me demande surtout comment nous allons pouvoir lui signaler notre position. Cette forêt semble si immense.
— Itoî, tu peux prendre des branches et faire comme moi, s'il te plaît ? demanda Uyan en prenant quelques branches.
— Euh, ouais, vas-y.
Itoî ne comprenait pas comment Uyan allait réussir à faire du feu.
Uyan prit les quelques branches et les glissa à l'intérieur de son armure, directement contre sa peau. Itoî fit de même.
— On fait quoi maintenant ? C'est un peu dégueu, j'avoue, des branches mouillées et gelées. En plus, ça donne froid, dit Itoî.
— Ouais, on n'a pas trop le choix. Si tu as remarqué, la lumière de l'armure est réglée pour maintenir une température corporelle idéale. Sauf qu'avec les branches, notre température baisse, répondit Uyan.
— Euh… D'accord, et alors ? Itoî était toujours un peu perdu.
— Alors, la lumière chauffe davantage afin que notre corps retrouve une température située entre trente-six et trente-sept degrés, poursuivit Uyan.
— Eeeet ?…
Uyan posa sa main mouillée sur son armure. Comme expliqué précédemment, celle-ci était entourée d'une aura lumineuse qui, en plus d'offrir une bonne résistance, servait également de source de chaleur. Sa main devint sèche quelques secondes plus tard.
— Ah ! Mais du coup—
— Exactement, dit Uyan.
— Ça va prendre combien de temps, tu penses, pour que les branches mouillées sèchent un peu ? demanda Itoî.
— Normalement, plusieurs jours, mais—
— Plusieurs jours ?! Mais on est foutus ! s'écria Itoî.
— Laisse-moi finir… dit Uyan, agacé.
— Pardon, dit Itoî avant de faire un signe de fermeture éclair sur sa bouche.
— Quand elles auront juste un peu séché, on les sortira pour les placer près de l'entrée de la grotte. Le vent accélérera grandement le processus. En vérité, la grotte nous garde suffisamment au chaud, donc on ne devrait pas mourir, du moins pas tout de suite. Je me porte donc volontaire, si tu veux, pour déposer mon armure sur les branches légères que nous avons ramassées, dit Uyan.
— Mais tu vas crever de froid ! s'écria Itoî.
— Non. Comme je l'ai dit, le vent est bloqué par la grotte. Par conséquent, même si j'ai froid, ça devrait aller. Sans oublier qu'on aura ton armure : tu me prends dans tes bras, même si l'idée me dégoûte, je te l'avoue, dit le petit garçon.
— Quoi ? Je te dégoûte à ce point, enfoiré ? demanda Itoî, agacé.
— Ce n'est pas ça. Je n'aime pas forcément être pris dans les bras d'un garçon, tu ne m'en voudras pas, dit Uyan.
— B-Bon, vu comme ça, on est pareils, dit Itoî en riant.
— Mais du coup, tu penses que ça prendra combien de temps ? continua-t-il.
— Moins de vingt-quatre heures, honnêtement, vu que les flocons de neige qui tomberont sur l'armure disparaîtront aussitôt. Sans compter que l'armure est étanche, répondit Uyan.
— Il avait vraiment pensé à tout, dit Itoî.
— Ouais… C'est pas pour rien que c'est notre Grand frère… répondit Uyan.
— D'ailleurs, tu pensais à quoi tout à l'heure ? Sois honnête, demanda le jeune garçon à son frère.
— Ne sois pas choqué, hein, dit Itoî d'un air gêné.
— Allez, arrête de faire durer le suspense, répondit Uyan.
Itoî s'assit en tailleur sur le sol et fit signe à Uyan de s'asseoir lui aussi. Il le regarda dans les yeux, puis dit :
— Bon… C'est toi qui vois. J'ai un démon en moi.