Chapitre 2
Noémie regarda l’heure : déjà 10 h 30. Après avoir débarrassé la table et nettoyé la vaisselle, elle s’allongea sur le canapé pour se reposer un peu devant la télévision, allumée sur la chaîne KingTV.
Elle n’était guère fan de la politique ni du roi. L’économie actuelle du pays était catastrophique et ne faisait qu’empirer.
— Haa... soupira-t-elle. Je n’en peux plus de ce roi et de ce pays. Parfois, je me dis que papa a raison de vivre près d’une forêt, en dehors de tous les problèmes que les villes peuvent offrir.
Le roi apparut à l’écran. C’était un personnage grossier, dans les deux sens du terme : petit, grassouillet, il portait des vêtements élégants qui gardaient néanmoins toujours l’allure d’un bouffon. Oui, un bouffon. Le roi Tribulio était autrefois le bouffon du roi précédent, mais des événements l'avaient, vraisemblablement, placé sur le trône.
— Heum, ehem...
Le roi se racla la gorge.
— Est-ce que tout le monde m’entend ? Bon, bref, euuh...
Il regarda son souffleur, puis murmura en couvrant le micro de sa main pour ne pas être entendu :
— C’était quoi, déjà, ce que je devais dire ?
Le souffleur était un jeune de vingt-quatre ans, gringalet, qui tremblotait comme une feuille, sûrement à cause du stress.
— O-Oui, Roi Tribulio ! Vous deviez dire que vous alliez faire une annonce à 18 heures, devant une grande table réunissant des personnes illustres !
Le visage du roi s’éclaircit :
— Ah, oui, voilà, c’est vrai !
Il retira sa main du micro, racla encore une fois la gorge, puis déclara :
— Bon euuh, à 18 h, soyez là devant vos télévisions, cher peuple... Enfin, si vous avez les moyens de vous en acheter une, ha ha ! Une grande annonce sera faite, concernant le pays ! Et donc... vous, le peuple.
Il tourna le dos au micro, avança de deux pas et fit une pose ridicule en levant les bras. Il portait d’ailleurs une cape rouge, sur laquelle on pouvait distinguer l’inscription : « Meilleur roi, le plus fort, le plus beau », et autres bêtises du genre. Une publicité démarra, signalant la fin de la diffusion.
— Pfff, une annonce importante, hein ? lâcha Noémie d’un air râleuse et épuisé. Encore des taxes et des impôts à payer, sûrement. Je n’imagine même pas pour la classe prolétaire...
En effet, la famille Strauss faisait partie d’une classe moyenne plutôt aisée. Pas suffisamment pour être considérée comme noble ou bourgeoise, mais assez pour manger à sa faim et vivre décemment. Ce qui n’était pas le cas de la très grande majorité du peuple.
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『 Palais Royal, Salle du Trône — 26 Everi, 11 h 23 』
— O-Oui, mon roi ?
Tribulio posa nonchalamment son pied sur le dos de son serviteur :
— J’ai mal entendu tout à l’heure. Quand je t’ai demandé ce que j’avais à dire, qu’est-ce que tu as dit que je DEVAIS dire ? Hein, mon petit Piolet ?
Sous le poids du pied royal qui lui écrasait le dos, le jeune homme, en sueur, tremblait de douleur, mais aussi d’angoisse.
— M-Mon roi, j-je... Je suis désolé ! Je n’ai pas voulu dire ça ! Mille excuses !
Le roi appuya encore plus fort, plaquant le gringalet contre le sol, et le piétina.
— Je DOIS, moi ? Je DOIS ??? En tant que ROI ! Moi, le grand TRIBULIO, je dois quelque chose ?! s’écria-t-il d’un ton quasi hystérique.
L’homme pleura de peur. Les mots s’entremêlaient dans sa tête, la terreur le poussant au bord de la folie. Son corps était couvert d’égratignures et saignait sous les coups.
— M-mon grand roi, je suis vraiment désolé ! Je vous en supplie, pardonnez-moi !
Tribulio s’arrêta. Piolet se redressa à moitié, les genoux claquants, le visage couvert de sang.
Le roi ajusta sa couronne en forme de chapeau de bouffon, puis croisa les bras :
— Hmm. Bon, je te pardonne...
Les yeux de Piolet s’illuminèrent un instant, embués de larmes de joie :
— M-Merci, mon roi !
Tribulio lança un regard vers les deux gardes postés de chaque côté du trône :
— Emmenez-le au bûcher.
Le visage de Piolet se décomposa. Les deux gardes, avec leur armure dorée scintillante, leur bassinet fermé et leur lance tranchante, saisirent violemment chacun un bras du serviteur et le traînèrent au sol.
— M-Mon roi !!! Je vous en supplie ! Mon roiii !!! hurla Piolet jusqu’à s’en casser les cordes vocales.
Ses yeux étaient rouges, ses larmes se mélangeaient au sang coulant sur sa peau meurtrie.
Tribulio n’en avait que faire. Il s’était déjà affalé sur son trône et tournait son regard vers une assiette où des raisins rouges et un fruit exotique bleuté lui faisaient de l’œil.
La grande porte s’ouvrit pour laisser passer les gardes qui traînaient Piolet, puis se referma lourdement derrière eux.
— Hé, Ponzi ! Ramène les filles de joie dans la salle de bains, j’ai envie de me détendre, dit Tribulio tout en s’empiffrant de fruits.
L’autre serviteur s’inclina brièvement :
— Oui, mon roi. Je vous prépare la salle de bains et les femmes.