Chapitre 3
『 Irvar, Nothran — 26 Everi, 11 h 41 』
Noémie éteignit la télévision. Son regard attristé se posa alors sur une photo de famille. On y voyait tous les membres de la famille Strauss. Au centre se tenait un jeune garçon, sur la tête duquel Noémie et Silvester avaient chacun posé une main.
— Sakron... Je suis tellement désolée.
Une larme coula discrètement de son œil droit.
— Je te promets que je n’abandonnerai pas Itoî. Je ne referai pas la même erreur deux fois.
Elle resta pensive un instant, repensant à ce qui s’était passé quelques jours plus tôt...
『 Irvar, Nothran, chambre des enfants — 20 Everi, 22 h 30 』
— Bon, allez les enfants, au lit ! dit Noémie, la main posée sur l’interrupteur.
— Oui, mamaan ! répondirent les enfants en tirant leurs couettes sur eux.
Un lit superposé occupait une partie de la chambre : Itoî dormait dans celui du haut et Vars dans celui du bas. Uyan, quant à lui, dormait dans un lit séparé, placé contre le mur de droite.
— Oh, tu veux que j’allume la petite lampe, Uyan ? demanda Noémie.
— N-non ! Je ne suis plus un enfant ! répondit Uyan, les joues rouges de honte.
— Ah ah ah ! Oui, tu es maintenant un grand garçon, mon cœur. Mais tu restes toujours le petit bébé de maman.
Elle s’approcha de lui, lui frotta tendrement la tête et déposa un baiser sur sa joue. Puis elle éteignit la lumière et referma doucement la porte.
Dans la pénombre, Itoî chuchota :
— Bon, maman est partie, les gars. Je vais vous révéler un secret !
— Je parie que c’est encore une connerie, répondit Uyan.
— Mais nooon ! Je vous le promets ! rétorqua Itoî, un peu déçu.
— Allez, raconte ! Ne fais pas durer le suspense, dit Vars.
Il repoussa sa couette et s’étendit confortablement, la tête soutenue par une main.
— Bon, je vous en ai déjà parlé, de mon rêve : devenir un mage suprême ! Vous vous en souvenez, non ? Eh bien, je suis vraiment motivé, maintenant ! En plus, je commence les cours l’année prochaine !
— Ouais ! répondit Vars.
— Pas pour t’embêter, grand frère, mais c’est impossible, dit Uyan.
Itoî tourna brusquement la tête vers son petit frère.
— Mais pourquoi ?!
— Chut ! firent Uyan et Vars en même temps.
— Maman va nous entendre si tu cries comme ça, ajouta Uyan d’un air blasé.
— Hein ? Pourquoi tu penses que c’est impossible, Uyan ? Moi, je pense qu’il peut réussir, répondit Vars d’un ton détendu.
— Bah, c’est beaucoup de travail, quoi. Sans parler du fait qu’il faut être très fort dans toutes les matières académiques, avoir un excellent dossier, de bonnes relations et réussir des épreuves de magie d’élite, expliqua Uyan d’un ton plus sérieux.
— Peu importe ! Je t’assure qu’Itoî réussira, et je pense que toi aussi, Uyan ! répondit Vars avec un sourire affectueux.
— Ouais ! Il a raison, le frérot ! On va tous réussir, tu verras, Uyan !
— O-ouais... Bon, si vous le dites, murmura Uyan, un peu désemparé.
— D’ailleurs, vous voulez devenir quoi, vous deux ? demanda Itoî avec curiosité.
— Moi, en premier ! s’écria Vars avec enthousiasme.
— Chut ! chuchotèrent ses deux frères, agacés.
— Ouais, désolé... Je veux devenir scientifique. Je veux guérir toutes les maladies et pouvoir redonner la vie à ceux qui sont morts, dit Vars d’une petite voix, très sérieux.
— Redonner la vie aux morts ? C’est possible, ça ? demanda Itoî.
Uyan prit un air pensif.
— Sans parler, bien sûr, de la nécromancie, qui altère totalement l’état de la personne ramenée à la vie... Mais le plus étonnant, c’est que je pense vraiment que tu pourrais en être capable, grand frère, ajouta-t-il, un peu gêné.
— Hé hé, merci ! Mais pas comme la nécromancie. Je veux créer une sorte de machine capable de retenir l’âme d’une personne pour la replacer dans le corps de son hôte. Enfin... ce n’est encore que de la théorie, répondit Vars avec hésitation.
— Une âme, c’est vivant ? Ça a une forme ? Qu’est-ce que c’est, exactement ? demanda Itoî.
— Bah, c’est ça, le problème. Je ne crois pas qu’une âme ait une forme ou quoi que ce soit. C’est bizarre. L’idée me plaît, mais je ne vois pas encore comment ce serait possible, répondit Uyan.
— Eh hé hé... lâcha Vars en se grattant la tête, visiblement gêné. Lui-même ne savait pas vraiment comment il pourrait y parvenir.
— De toute façon, grand frère, tu réussiras. Pas comme le débilos du dessus, là, ajouta Uyan d’un ton taquin.
— T’as dit quoi ?! s’écria Itoî en lançant son coussin en plein sur la tête d’Uyan.
— T’es chiant ! T’es vraiment qu’un gamin ! rétorqua Uyan, visiblement fâché.
Toc, toc, toc !
— Les enfants ? Vous dormez, j’espère, parce que sinon... menaça Noémie derrière la porte.
Les trois garçons se jetèrent sous leurs couettes.
— T’es relou, Itoî ! souffla Uyan, agacé par l’attitude de son grand frère.
— Bah, c’est toi aussi ! Tu me cherches ! rétorqua Itoî, tout aussi remonté que son cadet.
— Ah ah ah ! ricana Vars.
Puis il reprit son sérieux et sortit la tête de sa couette.
— Mais ne t’inquiète pas, tu réussiras, Itoî. Je crois en toi. Et comme je l’ai dit, je crois aussi en toi, Uyan ! D’ailleurs, tu ne nous as toujours pas dit ce que tu voulais faire, mon petit rouge ! lança-t-il à son frère d’un ton taquin.
Uyan rougit, comme s’il ne faisait plus qu’un avec ses cheveux rouges carmin.
— A-arrête de m’appeler comme ça, Vars ! Il n’y a que maman qui a le droit de m’appeler ainsi.
Il reprit son sérieux — peut-être un peu trop pour son âge — et répondit :
— Je ne sais pas. Grand frère, je ne sais vraiment pas. Je voudrais simplement continuer à vivre avec maman, papa, toi, grande sœur et le neuneu...
Itoî tira la langue et fit une grimace à Uyan.
— Non, vraiment, je ne sais pas, continua Uyan. J’aime être avec vous. J’aime aussi jouer à la console et lire des livres... Et c’est tout. Je m’intéresse à la magie, oui, mais je ne suis pas doué, finit-il d’une petite voix, l’air triste et perdu.
— Ne t’inquiète pas, Uyan. Je te promets que tu trouveras quelque chose qui te plaît. Le monde est grand ! Il y a la magie, la famille et tout le reste ! Tu as largement le temps de réfléchir. Tu commenceras les cours académiques élémentaires dans cinq ans. Et puis, on est là : on t’aidera à trouver ta voie ! dit Vars d’un ton rassurant et jovial.
— Mais oui, on est là pour toi, p’tit frère, ajouta Itoî avec un sourire.
Uyan pleura en silence, mais ses reniflements discrets finirent par le trahir.
— M-merci...
— T-tu pleures, Uyan ? demanda Vars, embarrassé et confus.
— Pouahahaha ! Il pleure, le gros bébé ! se moqua Itoî en le pointant du doigt.
— T-ta gueule ! rétorqua Uyan, gêné, tout en essuyant ses yeux avec sa manche.
— Bon, allez les gars, on se couche ! Il est minuit trente. Si maman nous entend, on est foutus, dit Vars en tirant sa couette jusqu’à son menton et en se tournant sur le côté.
— Ouais, répondirent Uyan et Itoî en faisant de même.
Un silence s’installa. Puis Itoî chuchota dans le noir, à l’attention de son petit frère :
— Ah ouais... Je rigolais, hein. Je ne voulais pas me moquer de toi, Uyan. Désolé.
— Oui, c’est bon, ce n’est rien. Désolé aussi pour tout à l’heure. Tu deviendras un mage suprême, j’en suis sûr, murmura Uyan d’un ton bienveillant.
— Merci. On ne te laissera pas tomber, petit frère. T’inquiète pas, dit Itoî d’un air déterminé.
Les trois garçons s’endormirent avec le sourire aux lèvres.