Chapitre 19
Chapitre 19
『 ???, Nothran ? — Everi, ?? h ?? 』
Kaelle avait été téléportée, comme prévu, non loin de la maison de son grand-père. En larmes, elle courut jusqu'à la porte et frappa de toutes ses forces en criant :
— Papy ! Papy !! Papy, il faut sauver Maman et les garçons ! s’écria-t-elle tout en continuant de pleurer.
La porte s’ouvrit quelques secondes plus tard. Le grand-père de Kaelle apparut : il avait des cheveux mi-longs et blancs, un visage marqué de quelques cicatrices de combat, une courte barbe, une moustache, de gros sourcils et des yeux bleus comme ceux de Noémie. Il portait un jean bleu et une chemise blanche ornée de motifs à carreaux verts, bleus et rouges.
— Kaelle ? C'est toi ? Mais qu'est-ce qui s'est passé, ma fille ? Et que fais-tu ici ? Allez, entre, je t'en prie, dit son grand-père en ouvrant grand la porte pour la laisser passer.
— Non, Papy, on n'a pas le temps pour ça ! Maman et les garçons ont besoin de toi ! s’écria-t-elle en larmes.
Le grand-père semblait intrigué, mais il fit de nouveau signe à Kaelle d'entrer.
— Entre, Kaelle, et explique-moi la situation. Je ne comprends rien à ce qui se passe, dit-il.
La maison de son grand-père était petite et construite en bois, mais suffisamment grande pour loger quelques personnes. Toute la famille pouvait y dormir lorsqu'elle se réunissait. Il y avait un petit coin cuisine, assez traditionnel : un comptoir en bois, un petit évier relié à un bidon rempli d'eau de la rivière, non loin de la maison, ainsi que quelques ustensiles de cuisine.
Il y avait également la chambre du grand-père, dont la porte était entrouverte. On pouvait apercevoir un lit double et une photo de famille récente posée sur une table de chevet. Puis venait le salon, où une radio était posée sur une petite étagère contenant quelques livres. Il y avait un fauteuil individuel et un canapé deux places. Sur le sol était étendue la peau d'une bête qui tenait chaud.
Kaelle entra et s'installa sur le canapé du salon. Son grand-père alla lui chercher un verre d'eau, le lui donna, puis s'assit à côté d'elle.
— Qu'est-ce qui ne va pas, ma fille ? Dis-moi tout, demanda son grand-père d'un ton calme.
Kaelle but quelques gorgées, posa le verre sur le tapis avant de dire :
— On s'est fait attaquer par trois assassins. La capitale de Nothran est en train de brûler, mon père est probablement mort et Maman ainsi que les garçons sont encore face aux trois personnes ! Je me suis réveillée il y a peut-être dix minutes. Le portail que Maman a créé a sûrement subi des dégâts pendant mon trajet jusqu'ici ; j'ai atterri à quelques minutes à pied de la maison. La dernière fois que j'ai regardé l'heure, c'était avec Maman : 14 h 17. Nous avions regardé une rediffusion de ce qui se passait à Nishtar, la capitale, dit-elle d'une voix cassée et tremblante.
Elle pleurait sans discontinuer.
Il prit sa petite-fille dans ses bras. Kaelle posa sa tête sur l'épaule de son grand-père et continua de pleurer. Le vieil homme se montra pensif :
Une attaque à Nishtar ? Une guerre ? Mais par qui ? J'aurais probablement reçu une information de la WOJ s'il y avait eu de quelconques tensions. Peut-être une guerre civile qui aurait dégénéré ? Peu importe. Ma fille a été attaquée, et c'est étrange. Surtout quand on la connaît : elle a hérité de ma force. Qu'elle ait perdu me paraît donc suspect. Et pourtant, il me semble qu'elle évitait d'utiliser la magie dans la maison. À moins qu'elle n'ait été obligée de s'en servir. Certains démons ont un odorat particulièrement développé lorsqu'il s'agit de mana, encore davantage lorsqu'il s'agit de la magie des Evekius. Pourtant, elle sait que la barrière camouflante doit être renouvelée chaque jour… À moins, encore une fois, qu'elle n'ait plus pu l'utiliser.
Il tapota doucement le dos de sa petite-fille avant de l'interroger sur les derniers instants avant sa téléportation.
— Dis-moi, ma fille, pourquoi es-tu seule ici ? Noémie n'a pas pu vous rejoindre ? Pourquoi les garçons n'ont-ils pas pu venir avec toi ? demanda le vieil homme.
— J-J'avais Uyan dans les bras. Il gigotait dans tous les sens et s'est échappé. Alors que j'essayais de le rattraper, j'ai trébuché vers le portail, la tête la première. J'ai été aspirée directement, puis je me suis retrouvée ici.
Le vieil homme se gratta la tête et demanda :
— Kaelle, est-ce que ma fille semblait en difficulté ?
Il fixa sa petite-fille droit dans les yeux.
— Je… Je ne saurais pas te le dire, grand-père… répondit-elle sans oser le regarder en face.
Le vieil homme se mit à ronger l'ongle de son pouce, angoissé.
— Vraiment ? demanda-t-il.
— Je… Maman était dans une situation quelque peu délicate, oui. C'est pour ça qu'Uyan s'est échappé de mes bras : pour aider Maman avec les autres ! Il faut aller les aider, Papy ! implora-t-elle de nouveau.
Son grand-père baissa les yeux et murmura :
— Ma fille… Quelle heure est-il ?
Kaelle regarda sa montre, mais celle-ci était cassée.
— M-Ma montre s'est cassée quand j'ai atterri ici. Quelle heure est-il, Papy ?
Son grand-père tira légèrement sur la manche de sa chemise droite, révélant une montre argentée parcourue de légers crépitements lumineux.
Kaelle porta ses deux mains à sa bouche avant de fondre en larmes.
— Ma fille, si ces hommes sont apparus vers 14 h 25 et que, supposément, tu as pris le portail vers ici à peu près à 14 h 40, en ajoutant les quinze minutes de trajet dues aux dégâts potentiels subis par le portail — sans parler des quelques minutes pendant lesquelles tu as été étourdie —, cela nous amène, comme l'indique la montre, à 15 h 23. Nous sommes à Suuran, ma fille. Même en me téléportant par portail, il me faudrait au minimum cinq minutes. Sans compter que je ne peux pas me téléporter comme ça, sans préparation ni rien… J'ai quatre-vingt-cinq ans, et en face, ce sont des ennemis qui donnent du fil à retordre à Noémie…
Il baissa de nouveau les yeux vers le sol. Il posa ses mains sur ses genoux et les frotta en faisant des cercles, avant de laisser échapper deux petites larmes.
— Ma pauvre Noémie… Mes pauvres petits-enfants… Comment pourrais-je vous sauver ?
En effet, il semblait impossible pour le grand-père des enfants de porter secours à Noémie. Qui plus est, cela l'était encore davantage maintenant, après le décès brutal de la jeune mère des quatre enfants. C'était tout simplement impossible.
— Oooh, Noémie… dit le vieil homme en regardant le ciel, les larmes coulant à flots.
— Je suis tellement désolé, Noémie. Je suis tellement désolé, Itoî, Vars et Uyan…