Chapitre 18
Chapitre 18
Ils avaient tout perdu. Tout. Plus de maison. Plus de père ni de mère. Que restait-il à ces jeunes enfants ?
『 ???, Nothran ? — Everi, ?? h ?? 』
Vars fut expulsé par la téléportation dans un décor de forêt enneigée. Devant lui se trouvaient ses petits frères, Uyan et Itoî, tous deux endormis.
Il vérifia aussitôt qu'ils portaient encore leurs colliers. Il soupira un instant, puis pensa :
On a perdu Maman. Papa est probablement mort lui aussi, après ce qui s'est passé dans la capitale et puisqu'on n'a reçu aucune nouvelle de sa part. Je ne sais pas où sont Kaelle ni Grand-père.
— Qu'est-ce que je pourrais faire… ? se demanda Vars en baissant les yeux.
Il commença à avoir froid.
Brr… Il frotta ses bras pour se réchauffer.
Il fait frisquet ici. Je ne sais pas vraiment où nous avons atterri. La dernière fois que j'ai vu Grand-père, c'était il y a trois ans, en plein été. Sachant qu'une pierre du portail de téléportation a été détruite, nous ne devons pas non plus être à des centaines de kilomètres de chez lui.
— Bon.
Il prit Itoî et Uyan dans ses bras du mieux qu'il put et avança doucement.
Voyant que ce serait compliqué, il invoqua rapidement trois murs de pierre afin de construire un abri. Il secoua Itoî et Uyan pour les réveiller.
— Hé, réveillez-vous, les gars. Réveillez-vous.
Itoî se leva en premier. Il se frotta les yeux, puis se redressa.
— On est où ? Pourquoi il fait si froid ? Où est la maison ? Et Maman ? demanda-t-il à Vars.
— Itoî, Maman est morte, dit Vars froidement, l'air attristé.
— QUOI ?! s'écria-t-il.
— Tu ne te souviens de rien ? demanda Vars.
— Je… Ma mémoire est embrumée… Je sais seulement que Maman se battait contre une sorte de monstre et que…
Viens à moi…
Itoî tourna la tête et porta la main devant sa bouche. Il avait envie de vomir. Il se rappela la scène où sa mère avait perdu la vie, mais aussi l'horrible démon.
Vars posa une main sur l'épaule d'Itoî. Son frère se retourna, et Vars le prit dans ses bras.
— Je suis désolé, mon petit frère. Je suis vraiment désolé…
Puis il pleura.
— C-Ce n'était pas un rêve ?… demanda Itoî, les larmes aux yeux.
— N-Non… J'aurais voulu que tout cela ne soit qu'un cauchemar, mais ce n'est pas le cas.
Itoî pleura à chaudes larmes.
— Maman… Maman !!! Mamaaan !!! cria-t-il de toutes ses forces.
Vars le serra fort dans ses bras, puis le relâcha avant de lui dire :
— Je sais que je vais paraître dur et cruel, Itoî, mais comme tu le vois, nous ne sommes pas chez nous. J'ai construit trois murs de pierre et ajouté un peu de végétation pour éviter que nous mourions de froid. Mais nous sommes dans une forêt, dit Vars d'un ton sérieux.
— Nous devons vraiment partir d'ici. Je pense que Kaelle est probablement avec Grand-père. Elle a pu sauter dans le portail avant que la pierre ne soit détruite, continua-t-il.
— D-Du coup, on doit sortir de la forêt pour les rejoindre, j'imagine ? demanda Itoî à son grand frère.
— Oui, tu imagines bien, répondit Vars.
— Avant ça…
Vars lança rapidement deux ou trois incantations et créa une sorte d'armure légère pour les protéger un peu du froid. Il en confectionna trois exemplaires.
— Tiens, enfile ça. Je vais réveiller Uyan.
— D-D'accord, répondit Itoî avant d'enfiler l'armure.
C'était une sorte d'armure faite de plusieurs plantes. Une aura étincelante la réchauffait légèrement. Ils avaient encore froid, mais ce n'était plus dangereux.
Vars réveilla délicatement Uyan afin de ne pas le brusquer.
— Tu vas bien, petit frère ? demanda-t-il.
Uyan ouvrit les yeux, entendit ce que Vars disait, mais ne répondit pas.
— Pourquoi tu n'as rien fait ? demanda Uyan d'un ton sec.
— Je… Vars ne savait pas quoi répondre.
Uyan attrapa Vars par le col, le fit tituber puis tomber.
— Pourquoi tu n'as rien fait, putain ?! T'es le plus fort d'entre nous trois, pas vrai ?!
Uyan pleura à chaudes larmes tout en continuant de s'accrocher au col de son frère.
— Pourquoi, Vars… Pourquoi ?…
Vars baissa les yeux, puis leva la main pour caresser la tête de son petit frère.
— Je suis désolé, Uyan, mais je n'aurais fait que gêner Maman. Tu le sais déjà, pas vrai ? dit Vars d'un ton peiné.
Uyan lâcha le col de son frère et pleura en posant sa tête contre son torse.
— Je suis vraiment désolé, petit frère. Vraiment désolé… Mais je suis… vraiment content que tu ailles bien… dit Vars avec difficulté, car les larmes coulaient également sur ses joues.
Itoî esquissa un léger sourire en les regardant, puis les aida à se relever.
— Ça tient un peu plus chaud. Merci, grand frère, dit Itoî.
— Je t'en prie. J'ai fabriqué ça à partir de feuilles de Pokonah, de fougères d'Amébis et de tiges de Bin, dont j'ai rapidement extrait les fibres pour confectionner des vêtements et une armure solide, expliqua-t-il.
— Pas la peine de nous faire tout un discours, dit Uyan d'un air râleur avant de sourire.
Vars se tourna vers Uyan en souriant :
— Tu veux de l'aide pour mettre ton armure, gros bébé ?
— C-Commence pas ! Je ne suis pas non plus un gamin à ce point ! rétorqua Uyan d'un ton agacé.
Les deux garçons rirent, tandis qu'Itoî sourit.
— On n'a rien pu faire pour Maman, hein… dit-il en baissant les yeux.
Uyan baissa également les yeux. C'était lui qui semblait le plus accablé. Il tremblait toujours en repensant à l'effroyable scène qui s'était déroulée à quelques mètres de lui.
— C'est vrai, Itoî, tu as raison. On n'a rien pu faire. Mais je t'assure que ce n'est pas le moment de s'attarder là-dessus. On peut toujours faire quelque chose pour Maman, répondit Vars.
Itoî et Uyan relevèrent la tête et regardèrent leur frère avec curiosité.
— Quoi ?
Vars serra le poing et le leva devant lui :
— Survivre, les petits frères. Survivre coûte que coûte.