Chapitre 20
Chapitre 20
『 Une forêt ? — Suuran — Everi, ?? h ?? 』
— Bon, les gars, vous êtes prêts ? demanda Vars.
— Ouais ! s'écrièrent Itoî et Uyan.
Les enfants se mirent à marcher avant qu'Uyan ne commence à poser des questions, comme à son habitude, en bon garçon curieux qu'il était :
— On est où ? Tu le sais, Vars ?
— Euh… Hmm…
Vars réfléchit et regarda à droite, puis à gauche, avant de lever les yeux vers le ciel. Il faisait plutôt sombre. Non, pas parce qu'il faisait nuit, mais parce que les arbres projetaient trop d'ombre.
En effet, ils se trouvaient dans une forêt dense remplie d'arbres coniques : des sapins d'Olimali, des Noris ou des Voulot. Tous ces arbres avaient un point commun : ils résistaient bien aux froids extrêmes et atteignaient des tailles impressionnantes. Certains pouvaient mesurer jusqu'à trente mètres. De plus, leur feuillage dense donnait l'impression qu'il faisait constamment nuit dans cette forêt.
— Vu les arbres, je dirais qu'on est dans une forêt.
Uyan tomba au sol à cause de la réponse stupide de Vars.
— Non ! Sans blague ?! s'exclama-t-il en râlant.
Vars rit avant de répondre :
— Je plaisante. D'après ces arbres, surtout leurs feuilles en forme de pics, et la température, je dirais que c'est une forêt particulière. Et ce genre de forêt, du moins de cette envergure, avec une faune et une flore aussi spécifiques… ça ne me dit absolument rien du côté de Nothran.
— Donc, on a quitté le pays. C'est une bonne nouvelle, mais en dehors de ça, je ne pourrais pas te dire si nous sommes à l'ouest ou à l'est de chez Papy. L'idéal serait d'attendre la nuit pour nous reposer, après avoir trouvé une grotte ou un endroit un peu plus chaud.
— Mais il y aura des monstres la nuit, non ? demanda Uyan d'un ton hésitant.
— Ouais, c'est vrai, il y aura probablement des monstres. Mais je devrais pouvoir vous protéger facilement. Je pense qu'on est assez loin de Nothran et qu'on n'a pas grand-chose à craindre des assassins. Je pourrais donc utiliser ma magie tranquillement, répondit Vars tout en avançant droit devant lui.
— Quel est le rapport avec la magie ? demanda Uyan, intrigué.
— Pour faire simple, la magie laisse des traces de mana dans l'air. Certains démons ont un odorat développé, tout comme certains monstres, d'ailleurs, et c'est peut-être la raison pour laquelle les assassins ont pu nous localiser. Mais ça, j'imagine que tu le savais déjà. Dis-moi plutôt quelle est ta vraie question, Uyan. Ne me prends pas pour un idiot, continua Vars.
Uyan hésita quelques instants en marchant dans la neige épaisse.
— Je… Je voulais surtout savoir pourquoi nous. Il a dit « Evekius ». Même Grand-père ne nous avait jamais parlé d'un nom pareil. Je pensais que son nom était Boreo.
Vars ne voulait pas répondre à cette question, mais il soupira avant de dire :
— Je vais faire très court : Evekius est le véritable nom de famille de notre grand-père. Il le cache pour des raisons obscures, mais vraisemblablement liées à plusieurs démons.
— Plusieurs ? demanda Uyan.
— Oui. Souviens-toi : il a dit « mon père ». On doit donc en conclure que son père est très probablement un démon ou un homme possédé. Maintenant, ce qu'ils veulent à la famille Evekius, je n'en sais rien. D'ailleurs, ni Kaelle ni Papa ne le savent non plus. Seuls Maman et, potentiellement, Grand-père le savent, dit Vars calmement.
— Pouah, t'en poses, des questions, le p'tit rouge, hein ! dit Itoî d'un air un peu gonflé.
— Bah, je ne sais pas. Je ne comprends rien à la situation, répondit Uyan.
— Ouais, bah pareil, dit Itoî.
— Mais toi, c'est tout le temps que tu es perdu, répondit Uyan.
Itoî lui lança une boule de neige en pleine figure.
— Hé ! Arrête ça ! dit Uyan en ramassant de la neige pour la lancer sur Itoî.
Itoî l'esquiva et rétorqua :
— Pouah, le nullos !
Vars rit, puis reçut une boule de neige en pleine figure lancée par Itoî.
— Je t'ai eu ! dit Itoî en rigolant.
Uyan prit un bâton et frappa Itoî aux fesses.
— Tiens, enfoiré !
— Aïe ! Héé ! Mais t'as pas le droit d'utiliser un bâton !
Les trois rirent et se livrèrent à une bataille de boules de neige dans une insouciance totale pendant une trentaine de minutes.
Des bruits de pas lourds retentirent.
— Attendez, les gars. Il y a un bruit, dit Vars en laissant tomber sa boule de neige.
Les enfants posèrent doucement leurs boules de neige tout en écoutant les pas.
Bam. Bam. Bam.
— C'est quoi ? demanda Uyan.
— Je ne sais pas. Les gars, restez derrière moi, dit Vars en jetant rapidement un coup d'œil à ses frères.
Un hurlement retentit :
WOOOOORRGGHH !
Le cœur d'Uyan et d'Itoî se mit à battre la chamade. Ils transpirèrent abondamment.
— J'ai chaud, d'un coup. Je t'avoue que tous ces bruits me font peur, dit Itoî.
Une ombre gigantesque bondit à une dizaine de mètres d'eux. Le sol trembla. Uyan et Itoî perdirent l'équilibre et tombèrent au sol, tandis que Vars resta inflexible, le regard acéré fixé sur la bête.
Puis le rugissement retentit :
WOOARRRRGGHH !
— C'est… C'est un Quashti ! s'écria Vars.
— J-Je crois voir ce que c'est, oui… Je ne pensais pas qu'il existait encore des Quashtis, dit Uyan en tremblant comme une feuille.
Le Quashti était une bête au pelage épais et blanc. Il avait une forme humanoïde et ressemblait à un mélange de singe et de yéti. Cette créature se tenait sur deux pattes, possédait une queue et deux bras puissants et musclés. Elle pouvait mesurer jusqu'à quinze mètres et avait de grandes mains qui lui permettaient d'attraper et de lancer des rochers, des arbres et tout autre objet qui lui tombait sous la main.
Elle possédait une mâchoire extrêmement puissante et était omnivore. De plus, deux canines d'un mètre chacune dépassaient de sa mâchoire supérieure.
— J-J'avais entendu dire qu'un Quashti légendaire de plus de trente-cinq mètres avait été vaincu par un mage suprême… dit Uyan en se cachant derrière Itoî.
Itoî se retourna en hurlant :
— COMBIEN ?!
Vars se retourna très rapidement et dit à Itoî :
— Prends notre frère et fuis le plus loin possible !
— Mais je veux aussi co—
— Non, Itoî, ce n'est vraiment pas le moment. Je ne pourrai pas combattre comme je veux avec vous dans les pattes ! Vas-y, file vite ! cria Vars.
Itoî se leva rapidement, ramassa Uyan et courut dans la direction opposée à celle de Vars.
— On compte sur toi, grand frère ! Et ne nous oublie pas ! cria Itoî en courant à toute allure.
— T'inquiète pas ! Je vous rattraperai après ! répondit Vars en hurlant.
La bête, dont les yeux rouges contrastaient avec la peau grise et terne de son visage dénudé, se remit à hurler.
La neige tomba doucement, donnant à la scène une intensité encore plus grande.
WOAAARRRRRGGGHHH !
Vars frappa ses deux poings l'un contre l'autre, inspira, puis expira violemment. Cela fit s'envoler les flocons qui venaient de se poser sur le sol.
— Maintenant, à nous deux !