Chapitre 16
Elle se retourna vers ses enfants avant de crier :
— Les garçons ! Fuyez !
Simultanément, elle lança deux sorts : l'un pour une télépathie à court terme et l'autre pour attaquer.
— Linea ! Reviens ! dit Noémie.
La rapière, plantée dans le cœur de Blak, retourna directement dans la main de Noémie.
— Oh ! Oh ! C'est fabuleux ! s'écria Blak en applaudissant de manière hystérique.
Clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap, clap !
Elle s'adressa ensuite brièvement à Vars par télépathie :
« Écoute, Vars. Je pense que mon chemin va probablement s'arrêter ici. Nous n'avons pas le temps. Si je meurs, occupe-toi de Kaelle et des autres. Papa t'aidera de toute façon. Et retiens bien ces noms : Blak, la bête contre laquelle je me bats actuellement, puis Yvran et Xavan, les hommes masqués que j'ai vus dans la vision. Ils avaient un symbo— »
Blak se lança violemment en direction de Noémie, le poing en avant. Noémie se mit en garde pour parer l'attaque avec sa rapière. La télépathie se coupa : elle ne pouvait la maintenir tout en bloquant les coups.
Vars hocha la tête, puis baissa les yeux.
Compris, Maman.
Itoî secoua Vars, furieux :
— Putain, mais il faut aider Maman ! Vars, allez ! Allons nous battre !
— On ne peut pas, répondit Vars.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Allez ! s'écria Itoî.
Uyan regarda ses frères tout en observant leur mère parer les coups de Blak. Il voyait cependant qu'elle ne tiendrait pas longtemps.
— On ne peut pas, putain ! Tu ne comprends pas quoi ?! gueula Vars, les poings serrés.
Itoî recula de deux pas.
— Mais… Tu nous as montré que tu maîtrisais la Nature, non ? Tu pourrais aider Maman…
Itoî semblait déçu par l'attitude de son frère. Après tout, il considérait Vars comme son rival, mais aussi comme un modèle.
Uyan demanda ensuite à Vars :
— Tu ne peux pas au moins libérer Maman de la boue ?
— Ce n'est pas si simple. La boue n'est qu'en surface : il y a aussi de la pierre moulée à l'intérieur, ce qui empêche Maman de bouger. Et pour répondre à ta question, la seule chose qu'on puisse faire, c'est prendre le portail. Mais je veux être sûr que Maman n'a pas besoin de mon soutien, répondit Vars en baissant les yeux.
— Je comprends. Et j'imagine que, même si tu venais aider Maman, les deux autres qui nous surveillent s'en mêleraient, c'est ça ? demanda Uyan.
Vars hocha la tête.
— Toi aussi, tu es d'accord avec Vars ?! s'exclama Itoî.
— Je… Uyan ne savait pas quoi répondre.
— Vous me dégoûtez, les gars ! continua Itoî.
Le combat continua. Noémie parait les coups de poing de Blak, de plus en plus rapides. Elle montra ses limites, tout comme la rapière : la lumière dorée qui l'entourait faiblissait.
— Bon, bon, bon, bon, bon… dit Blak avant de bondir en arrière.
— J'avoue être surprise par ta persévérance. C'est peut-être pour ça que Papa ne veut plus d'Evekius ici.
— Ici ? répondit Noémie.
— Ouais, ici.
Noémie comprit que la personne qui se tenait face à elle n'était pas humaine.
— Oh, t'as compris ? s'écria Blak en recommençant à applaudir.
Clap, clap, clap !
— J'imagine que je te dois au moins ça. Je suis moins cruelle que Papa, moi, tu sais, continua Blak.
Une aura sinistre entoura le corps de Blak, puis une fumée noire et ténébreuse s'en dégagea. Le corps féminin disparut entièrement, englouti par l'amas de ténèbres.
Celui-ci resta suspendu quelques instants avant de se concentrer et de prendre une forme humanoïde. Deux yeux ronds et blancs apparurent dans cette silhouette obscure, tels deux lumières parfaitement pures. Une bouche s'ouvrit ensuite, laissant apparaître deux rangées de dents noires et acérées.
Deux bras terminés par des griffes noires se dessinèrent.
Blak n'était pas une enveloppe, mais ce qui l'habitait : un contenu sans contenant, une sorte d'esprit dépourvu de forme fixe. Celui-ci ne semblait avoir aucun genre défini. Était-il seulement possible de le qualifier de masculin ou de féminin ?
Finalement, il ressemblait à une ombre humanoïde. Néanmoins, il était parvenu à conserver sa forme véritable sans trop de difficulté au fil des siècles. Cela étant dit, il avait tout de même de la chair, et du sang coulait dans ses veines.
— Mais qu'est-ce que… murmura Noémie, stupéfaite.
Uyan se plaqua derrière Vars et Itoî.
— Un démon ? demanda Vars.
— T'es un démon, pas vrai ? s'écria Vars.
— Ooooh ! Mais il est intelligent, ton garçon ! s'exclama Blak sous sa nouvelle forme.
Blak pivota rapidement sur lui-même et se retrouva entièrement recouvert de bandages.
— Ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu comme ça, Blak, dit l'homme robuste.
— Ouais. Bon, ça ne devrait plus prendre beaucoup de temps, j'imagine, répondit Orazhe en tournant la tête vers son partenaire.
Noémie prit une position défensive. Le démon se lança contre elle. Il asséna plusieurs coups très rapides que Noémie parvint à bloquer. Elle vit une ouverture et porta un coup d'estoc en direction du visage de Blak. La lame l'effleura.
Alors que l'idée d'une victoire traversait l'esprit de Noémie, une sorte de main lui transperça l'abdomen.
— Maman ! s'écria Itoî.
— Oups ! dit Blak avant de érire.
Le troisième bras, qui avait jailli du dos de Blak, disparut après avoir lancé une dague vers le ciel, laissant derrière lui un léger nuage de fumée sombre. Blak récupéra la dague avec sa main gauche, puis fit deux saltos arrière pour reprendre une position défensive.
Le coup avait grièvement blessé Noémie. Elle cracha un peu de sang et sembla réellement à bout de forces.
— Maman ! Maman ! Mamaan ! s'écria Uyan avant de courir vers elle.
— Non, Uyan, reviens ! dit Vars, les yeux écarquillés, en tendant le bras comme s'il voulait rattraper son petit frère.
Noémie se retourna un instant. Ce moment d'inattention lui fut fatal. Blak se précipita vers elle à une vitesse surhumaine et lui trancha la tête avec une violence inouïe.
Le corps bascula vers l'arrière, retenu par les pieds toujours bloqués dans la boue rocheuse. Le sang jaillit abondamment. La rapière que Noémie tenait tomba au sol, perdant entièrement sa lueur dorée. Ce n'était plus qu'une simple rapière, abîmée par les coups.
La tête de Noémie tomba en direction d'Uyan. Le garçon s'écroula au sol, terrifié.
Les yeux de sa mère étaient encore ouverts. Son regard bleu ciel, dans lequel se reflétaient les nuages et les oiseaux qui volaient, contrastait fortement avec la violence et la cruauté de tout ce qui s'était déroulé en quelques secondes.
Paniqué et sous le choc, le garçon recula en s'aidant de ses pieds et de ses petites mains, tout en balbutiant d'une toute petite voix :
— M-Maman ?…