Chapitre 15
Noémie ouvrit violemment les yeux afin de mettre fin à la vision qu’elle venait de voir.
— Que…
Elle resta sous le choc pendant un instant avant de reprendre ses esprits.
— Meurtriers ! Assassins ! Qu’ont-ils fait à ces gens pour que vous agissiez ainsi ?! cria Noémie, indignée par les actes décrits par la femme.
— Bah… C’est comme ça, j’ai envie de dire. C’est pas moi qui ai lancé le plan ! répondit Blak.
— Dis, dis, t’as vu quoi dans la vision ? Je connais cette technique. Elle permet d’observer très brièvement des personnes qui sont concernées, de près ou de loin, par nous, pas vrai ? C’est une technique très puissante !
— Qui sont ces hommes masqués ?! Je vais les tuer ! cria-t-elle, folle de rage.
— Aaaah, eux…
Orazhe et l’homme du désert tournèrent la tête vers Blak.
— C’est bon, c’est bon, je ne vais rien dire. De toute façon, ça ne te servirait à rien.
— Que dis-tu ?! s’écria Noémie.
— Écoute. C’est ton dernier jour, c’est pas ma faute. Moi, à la base, je ne te veux rien. Je ne te connais même pas ! C’est papa qui m’a dit de le faire. T’es une Evekius, non ?
Les yeux de Noémie s’ouvrirent en grand et ses pupilles se dilatèrent.
— Comment connais-tu mon nom de famille ?! s’exclama-t-elle.
— C’est pas Strauss, le nom de papa ? demanda Itoî d’une petite voix.
— I-Imbécile, on parle du nom de famille de papy, rétorqua Uyan.
Uyan semblait d’ailleurs être le seul à avoir réellement conscience du danger.
Vars était sur ses gardes. Il semblait prêt à attaquer, mais sa posture restait hésitante.
Kaelle se tenait devant Uyan, qui se cachait derrière les jambes de sa sœur.
Itoî semblait également vouloir en découdre, mais sa posture était maladroite.
— Bon, ça fait un moment qu’on est là, mais je ne vais pas te donner d’explications détaillées. Papa me l’a demandé, c’est tout. D’ailleurs, ce sera pareil pour tes gamins : ils subiront le même sort que toi, dit Blak d’un ton bien plus sérieux qu’auparavant.
— Dans tes rêves ! s’exclama-t-elle avant de lancer directement un sort :
— Light Shield !
Un grand bouclier de lumière apparut autour de Noémie et de ses enfants.
Kaelle s’écria :
— Restez derrière moi, les garçons ! C’est beaucoup trop dangereux !
Les enfants se placèrent derrière leur sœur.
— Bon, on commence ? demanda Orazhe.
— Non, répondit Blak.
— Je commence. Vous, vous restez en arrière, continua-t-elle.
Noémie lança un sort sans incanter :
— Mesel, dieu de la vitesse ! Confère-moi la capacité d’incanter plus rapidement !
De petites ailes apparurent sur les poignets de Noémie.
Elle écrivit très rapidement et, pendant ce temps, Blak se lança à l’attaque.
— Et c’est parti, dit-elle en bondissant depuis le tas de débris sur lequel ils se trouvaient.
Elle fonça violemment contre la barrière.
Vars et Itoî s’impatientaient : ils voulaient eux aussi rejoindre le combat. Mais, voyant les deux garçons taper du pied, Kaelle rétorqua :
— N’essayez même pas. Vous allez juste gêner maman, dit-elle froidement en les repoussant derrière elle.
Noémie finit d’incanter et recracha des pierres gravées de runes bleues. Elle les lança directement au sol. Ses pierres se placèrent toutes seules afin de former un cercle.
Je n’ai clairement pas assez de mana pour vaincre les trois. Je ne me suis toujours pas remise du dernier incident avec Itoî, alors je n’ai pas le choix : les enfants devront fuir.
Pendant ce temps, Blak continuait de frapper la barrière.
— Eh bah ! C’est pas rien, ta barrière à la con, dit-elle d’un air agacé.
— Fais gaffe, ils vont s’échapper, dit Orazhe.
— Pouah, j’ai trop la flemme, répondit Blak.
— Tu veux pas activer vite fait ton pouvoir, Orazhe ? Steuplé, steuplé, steuplé ! demanda Blak comme une enfant qui réclame quelque chose à ses parents.
Le garçon cyborg soupira :
— Tu tiens tant que ça à garder tes pouvoirs cachés ? Bon. Mais seulement quelques secondes.
— Mechanism #7: Mana Cancels, dit Orazhe.
Les yeux d’Orazhe scintillèrent et la barrière dressée par Noémie s’effrita peu à peu.
Les yeux de Noémie s’écarquillèrent.
Ils possèdent une magie capable d’annuler le mana environnant ? Par extension, je ne pourrai pas lancer de sorts très longtemps. Néanmoins, ce n’est pas grave. Des objets chargés de mana, capables de libérer leur énergie tout seuls, devraient faire l’affaire si, en parallèle, je continue à leur transmettre du mana. Le portail de téléportation devrait donc fonctionner.
Noémie cria de toutes ses forces :
— Je vais activer le portail ! Les enfants, sautez dedans !
Les enfants hochèrent rapidement la tête et Kaelle prit Uyan dans ses bras. Ce dernier pleurait de peur.
— Activation !
Le portail s’activa et, simultanément, le garçon cyborg déclara d’un ton monotone :
— Mechanism #7: The Laser Finger.
Un fin laser rouge jaillit de l’index d’Orazhe en direction du portail.
Noémie sortit agilement une lame chargée de lumière et la lança vers le laser afin de le dévier.
Le garçon cyborg réagit aussitôt. Pendant ce temps, le portail était devenu actif.
— Pas de souci, dit-il en levant son autre index.
Il lança de nouveau le laser, mais cette fois en direction des pierres qui alimentaient le portail.
— Allez, vite ! dit Kaelle en courant vers le portail.
Elle n’était plus qu’à deux pas de celui-ci lorsque Uyan sauta de ses bras, roula par terre et rampa jusqu’à ses deux frères.
— Non, Uya—
Kaelle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Elle tituba vers le portail, qui l’aspira et la téléporta.
Noémie s’apprêtait à se jeter directement sur le laser, quitte à se blesser, afin de permettre aux enfants de s’échapper. Mais soudain, l’homme du désert lança une attaque en criant :
— Living Mud !
Le sol devint boueux, surtout autour des pieds de Noémie, qui s’y enfoncèrent. Elle ne put empêcher le laser de toucher l’une des pierres. Celle-ci éclata sur le coup.
— Non ! cria Noémie.
Le portail s’éteignit un instant, puis se ralluma. Il fallait apparemment détruire davantage de pierres pour le neutraliser.
— Pourquoi t'as fui des bras de Kaelle, abruti ? demanda Itoî, en colère.
— Si maman est en danger, il faut que je reste ! s’exclama Uyan, tout aussi furieux.
Vars posa une main sur l’épaule d’Itoî pour lui faire signe d’arrêter. Itoî le regarda, puis comprit que cela ne servait à rien et que ce n’était pas le moment de se chamailler.
— Ça a assez duré, dit Blak en se lançant à l’attaque.
Les deux hommes derrière elle souriaient.
— Oui, ça a assez duré ! dit Noémie en invoquant une rapière d’argent.
Plus d’une minute s’était écoulée depuis l’utilisation de la technique d’annulation du mana d’Orazhe. De plus, grâce à la bénédiction de Mesel, elle put l'exécuter très rapidement.
Ne pouvant pas bouger à cause de la boue, elle lança sa rapière vers Blak avec une telle violence que celle-ci transperça la femme après seulement deux secondes de trajet. Oui, Blak reçut la rapière en plein cœur.
Elle s’écrasa au sol, encore en plein vol.
Noémie se tourna vers les garçons et demanda en souriant :
— Vous allez bien, les garçons ? Vous arrivez à marcher ?
— Oui, maman ! Le sol est encore solide ici et jusqu’au portail, répondit Uyan à sa mère.
— Mais toi, ça va aller, maman ? continua Uyan, très inquiet.
Noémie fixa Vars un instant, puis lui dit :
— Je t’en prie, Vars, vas-y. Saute dans le portail.
Uyan, très en colère, cria à sa mère de toutes ses forces :
— On n’ira nulle part sans toi, maman !
— Oui, le petit a raison ! ajouta Itoî en hochant la tête.
Vars, lui, demeurait plus dubitatif, mais il avait compris une chose.
Noémie regarda avec effroi le corps de Blak. Le cadavre baignait dans une mare de sang. Puis ses doigts bougèrent. Les yeux de la femme virevoltèrent de gauche à droite avant de sortir de leurs orbites.
Le corps se releva péniblement et fixa Noémie, qui semblait sous le choc.
— Mais qu’est-ce que—
— Oh, salut, dit le corps de Blak.
Comment est-ce possible ?! Elle n’est pas morte ?!
— On continue ? demanda Blak.