Chapitre 14
Les enfants, dans le jardin, entendirent brièvement quelqu'un crier à l'intérieur de la maison. Ils tournèrent la tête vers la baie vitrée.
— Hein ? Il y a bien quelqu'un qui a crié, non ? demanda Itoî.
— Je… crois, répondit Uyan.
— Ça doit être Kaelle qui pète un câble, rétorqua Vars en ricanant.
— Pourquoi elle ferait ça ? demandèrent Uyan et Itoî, intrigués.
— J'ai mis de la mayonnaise dans son fond de teint.
— T'as fait quoi ? ! s'écria Uyan.
— Mais elle va te tuer ! continua-t-il.
Vars continua de rire et Itoî l'imita.
— Mais nooon, t'inquiète pas. Je dirai que c'est Itoî qui l'a fait, dit Vars en donnant un petit coup de coude à Itoî pour le narguer.
— Quel enfoiré ! dit Itoî, un peu énervé.
La baie vitrée s'ouvrit violemment. Les enfants se retournèrent brusquement vers le bruit.
— Les gars, faut qu'on parte d'ici ! cria Kaelle à ses frères.
— Tu racontes quoi ? demanda Itoî d'un ton agacé.
— Je peux pas vous expliquer, mais c'est très, très grave ! s'exclama-t-elle, complètement angoissée.
— Maman est où ? demanda Uyan.
— Elle arrive. Elle est à l'intérieur, sous le choc.
Vars réfléchit :
Maman qui pleure à la maison ? D'après ma sœur, c'est arrivé une seule fois : c'était quand notre grand frère Sakron avait disparu. Est-ce que… Non. Ce n'est pas possible.
Uyan courut vers la baie vitrée, puis entra dans la maison. Il vit sa mère pleurer à chaudes larmes. Elle semblait dévastée. Ses cheveux étaient détachés et son ruban rouge gisait sur le sol.
Elle était assise par terre, les jambes repliées sous elle. Ses mains crispées agrippaient sa robe. Elle semblait à la fois triste et en colère.
— Maman ? demanda-t-il d'une petite voix.
Noémie tourna doucement la tête vers la voix. C'était Uyan. Il semblait bouleversé de voir sa mère dans cet état.
— Est-ce que ça va, maman ? continua timidement Uyan.
— O-Oui, ça va, mon fils.
Uyan sourit.
Au même moment, un violent séisme éclata. La maison commença à s'effondrer.
— Maman ! crièrent les enfants dans le jardin.
Une silhouette apparut rapidement en direction du jardin. Elle portait Uyan dans ses bras.
C'était Noémie.
— Partons d'ici ! cria-t-elle en bondissant vers le jardin.
Elle s'extra agilement des débris et atterrit élégamment devant ses enfants. Elle déposa Uyan au sol. Une voix retentit alors :
— Oh non ! Pas question ! s'exclama une voix.
— Navrée, madame, mais ça ne sera pas possible, poursuivit une autre.
— …
Le dernier semblait plus silencieux.
Trois silhouettes apparurent sur les débris de la maison.
Parmi elles, la silhouette du milieu, qui était restée silencieuse, venait probablement du Désert Rouge. Il avait la peau très mate, ce qui était logique dans un climat aussi chaud : les habitants de cette région avaient généralement la peau foncée. Il était également très musclé et mesurait près de deux mètres trente. Il portait une sorte de brigandine faite de fragments d'os, du sang suintant de son armure, ainsi qu'un pantalon vert kaki.
À sa droite se tenait un garçon cyborg. Il semblait assez jeune : quatorze ans ? Non, peut-être seize. Il avait une jambe en forme de lame, à la fois robuste et tranchante. Ses cheveux étaient gris et des câbles étaient visibles sous la peau de son visage. Ses yeux étaient étranges : ils étaient bleu ciel, mais dépourvus de pupilles, et son regard semblait totalement dénué d'émotion. Ce n'était pas qu'il en était incapable, mais les nombreuses guerres et les crimes qu'il avait vécus l'avaient probablement transformé. Comme son collègue, il portait un pantalon gris, déchiré au niveau de la jambe droite pour laisser apparaître sa prothèse en forme de lame. Il portait également un débardeur blanc couvert de poussière, de sang et d'essence.
À la gauche de l'homme robuste se tenait une femme…
Une femme ? Vraiment ?
Non. Une étrange aura émanait de cette chose. Elle n'était clairement pas humaine. Des ténèbres se dégageaient d'elle. Elle portait des vêtements simples : un haut violet et un jogging blanc très sale, couvert de larges taches de sang. Elle tenait également un corps dans chaque bras : l'un était celui d'un homme à la peau claire, l'autre celui d'un homme à la peau mate.
Ce fut d'ailleurs elle qui prit la parole en premier :
— Euh… J'arrive pas à choisir… Monsieur A ou monsieur B ? Hein, Orazhe ? demanda la femme en souriant et en regardant le garçon cyborg.
— Monsieur A, répondit-il.
Il semblait s'appeler Orazhe.
— On n'a pas le temps pour ça, Blak, rétorqua l'homme robuste d'un air froid et impatient.
— Oui ! Oui ! Je sais ! Mais je voulais juste faire une petite démo—
— Qui êtes-vous ? ! Que voulez-vous ? ! s'écria Noémie en direction des trois personnes.
— Êtes-vous responsables de la destruction de la capitale ? ! continua-t-elle, furieuse.
La femme se retourna pour faire face à Noémie et à ses enfants.
— Un peu. C'est surtout Orazhe et…
L'homme robuste la fusilla du regard.
— Euh… le monsieur à l'armure d'os, dit-elle d'un air anxieux.
— Moi, j'ai peut-être tué… cinq, six… Bon, soixante-dix…
Orazhe haussa les épaules en regardant l'homme robuste.
— Bon, d'accord, d'accord, j'en ai tué à peu près neuf cents ! C'est tout ! La capitale est grande, d'après ce qu'on a vu, dit-elle d'un ton décontracté.
Noémie traça rapidement des runes dans les airs avec ses mains avant de crier :
— Attention, dit le garçon d'un air antipathique.
L'homme à l'armure d'os se mit en position, prêt à attaquer.
— Les gars, non, c'est rien, dit Blak. La jeune femme leva le bras pour faire signe à l'homme en armure de s'arrêter.
— The Eye !
Pendant un instant, une vision de la ville traversa l'esprit de Noémie.
Elle vit les hommes masqués. L'un portait un masque rouge orné de marquages bleus aux motifs tribaux agressifs, ainsi qu'un sourire aux dents de fer dessiné dessus. L'autre portait un masque bleu marqué de motifs rouges plus arrondis et moins bruts, sur lequel était simplement dessinée une bouche neutre.
Ils ne portaient aucun vêtement, à l'exception d'une sorte de tissu destiné à cacher leurs parties intimes. Leur peau était rouge, couverte de rides et de dizaines de cicatrices, certaines grandes, d'autres petites. Quelques-unes, toutefois, ressemblaient davantage à des scarifications.
— Arrêtez, messieurs ! Que pourrait bien faire une vieille femme ? ! cria, effrayée, une grand-mère tenant un nourrisson dans ses bras.
— Yvran ? dit l'homme aux marques bleues en regardant son partenaire.
— Oui, Xavan. Oui. La vieille femme est à toi, le nourrisson est à moi. Le dieu Palo Palo sera content ! Et nous aussi ! dit-il en ricanant d'une manière horrible.
De la bave coulait abondamment de son masque.
— Non, messieurs, non ! À l'aide ! Il y a quelqu'un ? ! À l'aide ! cria la femme.
Xavan arracha violemment le bébé des bras de la vieille femme avant de le jeter vers Yvran.
— Rendez-moi Thomas ! Je vous en prie, c'est la seule famille qu'il me reste ! cria la vieille femme.
Xavan plaqua la vieille femme contre le mur, la déshabilla et commit l'irréparable.
— Hé, Yvran, occupe-toi aussi de ton petit jouet. Je préfère les vieux et les vieilles, honnêtement, dit-il tout en poursuivant son acte répugnant.
— Oui, oui. Allez, mon petit, à ton tour. Et après, le sacrifice pour notre dieu !
Yvran commença à retirer le tissu qui couvrait l'enfant.
— Je vous en supplie, non, non ! Nooon ! cria la vieille femme.
— Oh ! Oooh… J'ai fini, Yvran !
D'un violent coup de griffe, il décapita la vieille femme.
En effet, les deux hommes avaient des ongles noirs qui pouvaient leur servir d'armes.
— Attends, il faut que je commence, moi aussi, répondit Yvran.
L'homme au masque bleu retira le tissu qui lui servait de sous-vêtement.
— Allez. C'est parti…
Puis il s'approcha du nourrisson.