Chapitre 13
『 Nishtar — 26 Everi, 12 h 02 』
La ville entière était en flammes. Les cris, les pleurs et les cadavres se mêlaient dans cette scène de chaos. La capitale, qui mêlait modernité et tradition, n'était plus. Les colonnes de marbre, érigées là il y a des dizaines de siècles, n'étaient plus qu'un souvenir. Il ne restait rien non plus du train qui faisait la fierté du pays. Plus rien. Tout ce qu'on pouvait apercevoir n'était plus que du feu et des débris.
Des dizaines de mercenaires exécutaient des personnes sans le moindre remords ni la moindre émotion. Ils étaient, bien entendu, à l'origine de tous ces dégâts dans la ville. C'était une vision qui semblait tout droit sortie de l'enfer : ces mercenaires pillaient, tuaient et violaient tout sur leur passage. Le vieil homme de la taverne avait-il raison ?
Une chose était sûre : le pays n'allait probablement pas se relever de sitôt. Dans cette guerre à sens unique, le peuple ne pouvait que crier et demander de l'aide… En vain.
— À l'aide ! cria une femme.
— Mon bébé est mort ! cria une autre en pleurant.
— Maman ! Ma sœur est en train de mourir ! s'exclama un jeune garçon qui portait le corps de sa sœur.
— Mon fiiils ! Mon fiiils ! Je suis tellement désolé ! hurla un homme en se frappant la tête contre le sol, devant le corps de son fils.
— Viens là, toi ! lança un mercenaire en tirant une jeune femme vers lui. Il s'apprêtait à commettre l'irréparable.
Un garçon qui essayait tant bien que mal de se cacher échoua. Il allait être tué comme tous les autres.
Les guerres n'étaient pas rares dans ce monde, mais une guerre d'une telle violence, survenue de manière aussi inattendue, l'était.
— Hé, l'ami ! L'ami ! C'est pas beau, tout ça ?! Le Chef avait raison, comme d'habitude : la fête est tellement amusante ! s'écria un homme masqué.
— Oui ! Oui ! Oui ! Héhéhé ! répondit l'autre homme masqué.
Les deux hommes semblaient se connaître et appartenir au même cercle.
Ils se distinguaient toutefois des autres mercenaires. Ils s'étaient marqué la peau en y dessinant un croissant de lune.
Quant aux autres mercenaires, ils portaient simplement une armure légère ornée du même symbole.
Sur le dos de chacun d'eux figurait un message clair :
La main qui nourrit ne doit jamais être détournée.
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『 Irvar, Nothran — 26 Everi, 13 h 53 』
— Viens, maman, repose-toi un peu. Les garçons sont sortis dans le jardin, de toute façon, dit Kaelle avec un sourire.
Noémie se retourna tout en finissant de nettoyer la vaisselle restante.
— Oui, Kaelle, j'arrive. Je finis juste, répondit-elle avant de laisser tomber une assiette par terre. Celle-ci se brisa.
— Mince ! s'écria-t-elle.
Kaelle se leva et s'exclama :
— Tu vas bien, maman ?!
— Oui, oui, je vais bien… dit-elle, un peu gênée d'avoir cassé l'assiette.
— Laisse-moi t'aider, maman. Va t'asseoir sur le canapé, proposa Kaelle en allant chercher le nécessaire pour tout nettoyer.
— Merci, mon cœur, répondit Noémie en se dirigeant vers le salon.
— Tu pourrais m'apporter une serviette, Kaelle ? Je suis épuisée, dit Noémie d'un air fatigué.
Elle était toujours épuisée par l'effort qu'elle avait dû fournir précédemment pour sauver son fils Itoî, ce qui semblait logique. Avec autant de sortilèges complexes, même un mage suprême pouvait se retrouver exténué.
— Oui, maman, j'arrive, répondit Kaelle avec empressement après avoir jeté les débris de l'assiette qui traînaient sur le sol.
Elle se dirigea ensuite vers le salon avec une serviette, qu'elle tendit à sa mère.
— Merci. Assieds-toi. Tu as été tout aussi malmenée que moi dans cette histoire, dit Noémie à sa fille.
— Non, maman, tu as fait la très grande majorité du travail, si l'on parle bien d'Itoî ! s'exclama Kaelle.
Noémie sourit, puis demanda :
— Tu peux me donner la télécommande, s'il te plaît ? Regardons un peu la télévision pendant que les petits lutins s'amusent dans le jardin.
Kaelle ramassa la télécommande posée sur une petite table d'appoint avant de la tendre à sa mère.
— Merci, dit Noémie en souriant à Kaelle.
— Je t'en prie, maman, répondit Kaelle, tout aussi souriante.
Noémie alluma la télévision, puis soupira en voyant qu'elle l'avait laissée sur la chaîne KingTV.
— Roh, j'avais oublié de changer de chaîne avant de l'éteindre, dit-elle en passant directement à une autre.
— Attends, maman, il y a quelque chose de bizarre. Remets la chaîne, s'il te plaît, dit sa fille d'un air anxieux.
— B-Bon, si tu veux, répondit sa mère en remettant la chaîne.
— Une terrible nouvelle, mesdames et messieurs ! Toute la ville de Nishtar est en feu ! Je vous transmets ce message en urgence, en tant que journaliste de qualité ! Moi, Ferifete, votre journaliste préféré, je vous informe d'un grand danger qui a déjà frappé Nishtar ! Nous sommes envahis par un ennemi non identifié ! Je prie toutes les villes proches de la capitale d'évacuer ! s'écria le journaliste de toutes ses forces.
— C-Comment ? Noémie trembla de peur.
— Maman ! s'écria Kaelle en la prenant dans ses bras.
— Silvester ! Ton père, ma fille ! Il était parti dans la capitale ! cria Noémie d'une voix brisée par la tristesse.
Kaelle pleura tout en rétorquant :
— Non, maman ! Ne t'inquiète pas ! Papa va bien ! J'en suis sûre !
Kaelle prit la télécommande des mains tremblantes de sa mère et augmenta le son.
— Je répète ! Toute ville ou tout village situé dans un rayon de deux cent cinquante kilomètres autour de la capitale doit être évacué immédiatement ! Nous ne connaissons pas la nature de cette attaque ! Les gardes semblent dépassés par la situation et l'armée ne semble pas avoir été alertée par le palais !
— Hé, toi ! T'es en train de filmer, ici ? Attends un peu, tu vas voir si tu peux continuer avec une dague dans le cœur ! s'écria un homme portant le symbole du croissant de lune.
— A-Attendez, je vous en prie, cela ne—
Puis l'homme poignarda le journaliste, Ferifete, à plusieurs reprises.
— Argh… agonisa ce dernier en s'écroulant et en faisant tomber la caméra, sous les yeux ébahis de Noémie et de Kaelle, qui observaient la scène à travers l'écran.
La caméra filma le sol et la route craquelée. Pendant quelques secondes qui semblèrent interminables, on entendit des cris et des pleurs.
— C'est ça ? Sa cam' de merde ? demanda une voix plus éloignée.
— Ouais, ouais, répondit le meurtrier du journaliste.
— Tu veux jouer avec ? continua-t-il.
— Nan, on n'a pas le temps. Ha !
Un violent grésillement retentit. Les deux femmes perdirent ensuite l'image de la caméra, qui semblait avoir été détruite par l'autre mercenaire.
L'écran n'affichait plus aucune image.
…
Noémie et Kaelle se levèrent et se regardèrent sous le choc pendant quelques instants, sans rien dire.
Puis, tout à coup, l'image revint à l'écran.
— Une terrible nouvelle, mesdames et messieurs ! Toute la ville de Nishtar est en feu ! Je vous transmets ce message en urgence, en tant que journaliste de qualité !
— Attends, p-pourquoi avons-nous de nouveau l'image ? Et… pourquoi avons-nous de nouve—
— Maman ! R-Regarde… dit Kaelle en interrompant sa mère tout en pointant un endroit précis de l'écran.
— 12 h 15… dit-elle, tétanisée et à bout de souffle.
Elle regarda lentement sa montre.
— 14 h 17… dit Noémie d'une voix tremblante.
— Maman… C'est une rediffusion qui date de plus de deux heures.