Chapitre 12
Et pourtant, aucun bruit ne retentit : le sort de Véa téléportait instantanément la balle vers un autre portail dès qu’elle finissait de traverser le canon. Cela se reproduisit encore cinq fois. La vitesse de la balle faisait que le son parvenait beaucoup trop tard aux oreilles des gardes.
— Bon, on y va, si tu as fini d’incanter, dit Cavras en se levant.
— Ouais, répondit Véa tout en achevant les mouvements entamés après avoir touché le fusil de Cavras. Elle préparait un nouveau sort de téléportation.
— Et c’est bon pour—
— Ouais, répondit-elle en interrompant son coéquipier.
— The Clear Path, continua-t-elle avant que tous deux ne soient entourés de plusieurs halos violets.
Les deux disparurent.
Cling.
C’était le bruit de la balle qui avait touché la couronne.
Quelques secondes plus tard, le son retentit dans toute la salle.
BANG.
La couronne tomba de la tête du roi. La balle transperça cette dernière ainsi que la tempe de Tribulio. Il ne put rien dire ; il s’écroula simplement sous le regard effaré des gardes et de son serviteur, Ponzi.
La couronne fut aspirée par un petit portail de téléportation.
— Mon roi ! crièrent simultanément les gardes et le serviteur.
— Il… Il a été assassiné ! s’écria Ponzi.
— Mais personne n’est entré ici. Comment est-ce possible ?! s’exclama le garde à la moustache.
— Putain, il se peut qu’on soit attaqué ! Barricadez la porte ! répondit Ponzi.
— Mais il faut prévenir les autres ! répliqua le garde borgne.
— S’ils ont pu assassiner le roi, c’est qu’ils sont déjà à l’intérieur du palais, abruti ! On est probablement déjà encerclés. Il faut passer par l’issue de secours pour nous sauver en premier lieu, puis voir ensuite si l’on peut prévenir les autres ! expliqua Ponzi en essayant de garder son calme.
— Mais il est où, ce putain de mage suprême qui doit protéger le pays ? s’écria le troisième garde, qui barricadait la porte en même temps.
— Tu parles de Bol Bol ? Ce n’est qu’un charlatan qui fait partie de la famille du roi, répondit Ponzi.
— Un charlatan, dis-tu ?! Et notre véritable mage suprême, alors ? s’écria le quatrième garde, barbu.
— Oui, tu as bien entendu : un charlatan. Le roi l’a recruté pour maintenir son pouvoir. Et concernant Truvadar ? Je n’en ai aucune idée. Il a sûrement vendu la mèche. Cet homme ne pense qu’à l’argent. Ces assassins l’ont peut-être même acheté et, dans ce cas-là, nous sommes tout simplement foutus, répondit Ponzi d’un air désespéré.
— Bon, ceux qui veulent survivre viennent avec moi. Le passage souterrain est par ici, continua Ponzi.
Trois gardes hochèrent la tête, puis se dirigèrent vers Ponzi. Le quatrième sembla dubitatif.
Ponzi se retourna vers lui :
— Un problème ?
— Je… Je pense qu’il faut combattre l’ennemi ! s’écria le garde.
Ponzi rit devant son regard ébahi.
— On n’est que cinq, si l’on me compte. On parle d’un assassin qui a tué le roi sous nos yeux, dans la salle du trône. Tu sais ce que ça veut dire, ça ? demanda Ponzi.
— Je…
Le garde se sentit démuni.
— Ce que ça veut dire, c’est que ce type, ou ces types, ont franchi les rangs des gardes postés devant l’entrée du château et passé la barrière protectrice pour laquelle le roi versait des fortunes aux mages chargés de l’entretenir. Et tu penses que nous, quatre gardes et un serviteur, allons pouvoir faire quoi que ce soit ? Sachant qu’à l’heure où nous parlons, il est fort possible que nous soyons encerclés ou qu’ils se soient déjà enfuis après l’assassinat du roi, s’exclama Ponzi d’un ton très froid.
— Vous… Vous avez raison, dit le garde, désemparé par la situation.
Les gardes et Ponzi continuèrent d’avancer. Le garde à la moustache posa une dernière question :
— Et… le corps du roi ? demanda-t-il.
— Assez ! On n’a plus le temps. Ne sens-tu pas l’odeur de brûlé qui commence à envahir la salle du trône ? Que ce soient les femmes dans la salle de bains ou le corps du roi, nous ne pouvons pas les sauver ! Le roi était un homme costaud : il pesait près de cent quarante-cinq kilos. Tu crois qu’on peut fuir avec un corps inanimé ? Et les femmes de joie, penses-tu qu’on puisse les prévenir et prendre le risque supplémentaire de rencontrer des ennemis là-bas ?!
Ponzi perdait son sang-froid.
En effet, Ponzi n’était pas simplement un serviteur, mais aussi le bras droit et le stratège du roi. Il savait que plus ils passeraient de temps dans le palais, plus ils auraient de chances de mourir.
Le garde ne répondit plus. Il hocha brièvement la tête, las de ces événements éprouvants, puis avança vers les autres.
— Poussez le corps du roi sur le côté. Et récupérez un morceau de sa cape pour prouver son décès, puisque la couronne semble avoir été volée par l’assassin, ordonna Ponzi. Tandis que les gardes déplaçaient le corps, il réfléchit aux circonstances du meurtre.
Qu’est-ce que c’était, d’ailleurs, que ce petit portail violet qui avait pu aspirer la couronne ? Un portail de téléportation ne pouvait pas être aussi petit…
— C’est bon, dirent deux gardes.
— Bien. Donnez un coup violent au trône, ordonna Ponzi.
— Comment ?! s’exclamèrent les gardes.
— Faites-le, merde ! s’écria Ponzi.
La fumée de l’incendie devenait insoutenable.
— B-Bien… dirent les gardes avant que l’un d’eux ne porte un coup violent au trône.
Celui-ci bascula vers l’arrière, révélant une trappe.
— C-C’est… c’est une trappe ! dit l’un des gardes, qui se précipita pour l’ouvrir.
Tousse, tousse.
— Sautez, vite ! s’écria Ponzi, à bout de nerfs de diriger ces moins-que-rien.
— O-Oui !
Puis un garde sauta.
Quelques secondes plus tard, une violente explosion éclata.
— Que… dit Ponzi avant d’être emporté par le souffle enflammé de la rune explosive.
Toutes les runes s’activèrent simultanément, comme si elles étaient interconnectées.