Chapitre 11
『 La colline Ama — 26 Everi, 12 h 33 』
Deux hommes se tenaient sur une colline. Au loin, ils observaient la ville de Nishtar entièrement ravagée par les flammes.
— N’est-ce pas sublime ? Tous ces gens ne l’ont-ils pas mérité ? Leur trahison leur a coûté cher, mon frère. Très cher, dit une voix masculine plutôt grave.
— Il n’y a plus de retour en arrière. Ce peuple doit comprendre ce que cela coûte de trahir la main qui l’a nourri, poursuivit la voix.
— Allons-nous-en maintenant, Kôsui. Le spectacle a assez duré, conclut-il.
— Oui, mon frère, répondit une seconde voix masculine, plus douce.
Hunkrayn, notre frère, a connu la vengeance. Mais sommes-nous pour autant en paix ? Pouvons-nous croire que c’était réellement ce qu’il voulait ?
『 Palais Royal, salle de bains — 26 Everi, 11 h 45 』
Tribulio se trouvait dans son grand jacuzzi et prenait tranquillement son bain. Des femmes lui frottaient le dos.
— Aaah… C’est quand même bon d’être roi ! N’est-ce pas, les filles ? Hé hé hé ! dit-il en ricanant d’un ton agaçant.
— Oui, mon roi, répondirent-elles en riant bêtement.
Toc, toc, toc.
— Ouais ? dit Tribulio, agacé.
— Mon roi, il semblerait que vous ayez rendez-vous avec d’importantes personnes à midi.
Le roi se leva en soupirant, enfila un peignoir et remit sa couronne.
Pfff… J’avais oublié ce rendez-vous de mes deux.
— J’arrive, j’arrive.
— Nous sommes en place, dit une voix féminine.
Elle semblait parler à travers une oreillette, une technologie particulièrement rare et sophistiquée.
— Bien. Vous l’observez depuis un bon moment, j’imagine ? répondit une voix masculine assez jeune dans l’oreillette.
— Oui, cela fait trente minutes. Nous avons également cartographié le palais et disposé plusieurs runes explosives dans ses différentes parties, comme convenu, répondit la voix féminine.
— Bien. Que fait actuellement le roi ?
— Il prend un bain avec des femmes.
— D’accord. Depuis le toit, vous avez une bonne vue sur le trône ? demanda l’homme à l’autre bout de l’oreillette.
— Oui. Cela devrait convenir à mon sort de téléportation, répondit la femme.
— Et toi, Cavras ?
— Tout est en ordre pour moi, répondit une voix légèrement étouffée.
— Je ne t’ai jamais vue rater un tir, de toute façon. Hunkrayn veut que le roi meure sur son trône, transpercé par une ou plusieurs balles qui traverseront sa couronne et son crâne.
— Compris, répondirent simultanément les deux personnes sur le terrain.
— Bien. L’opération « Couronne brisée » est désormais entre vos mains. Je vous laisse ; je dois m’occuper des autres équipes chargées de détruire la ville.
— Ça marche, La Flamme, dit la femme avant de retirer son oreillette.
— Orazhe a dû activer son pouvoir. Nous n’avons donc rien à craindre : aucun renfort ne viendra. Sans parler du gaz léger que nous avons répandu pour neutraliser les Kolupeo. Aucun message — qu’il soit transmis par télépathie, par voie électronique ou même par Kolupeo — ne pourra appeler de l’aide, expliqua-t-elle à son coéquipier.
— Véa, tu t’occupes trop de ce qui ne relève pas de notre mission. Nous parlons de La Flamme et de Hunkrayn, qui ont échafaudé ce plan pendant plusieurs années. Rien, absolument rien, ne pourra nous arriver, répondit Cavras d’un ton glacial.
— C’est vrai. Tu as raison, dit Véa.
Ils se trouvaient sur le toit et attendaient impatiemment que le roi sorte de la salle de bains pour aller s’asseoir sur son trône.
Il s’agissait de deux personnes : une femme, Véa, et un homme, Cavras. Tous deux étaient habillés de manière à se fondre parfaitement dans leur environnement. Véa avait les yeux bleu océan et de courts cheveux mauves. Cavras portait un masque, mais on pouvait apercevoir ses deux yeux, eux aussi bleus, quoique beaucoup plus clairs. Des cheveux blonds et courts dépassaient de son masque.
L’homme tenait un énorme fusil de précision, qui semblait être magique. Il était encore très rare de voir des armes à feu industrielles fabriquées en grande quantité. Cavras devait probablement matérialiser son arme.
La porte de la salle de bains s’ouvrit. Le serviteur de Tribulio s’inclina respectueusement devant son roi, puis ce dernier se dirigea vers son trône.
— Allez, allez, allez… s’impatienta Cavras, les yeux écarquillés, tout en ricanant sans cesse.
— Tu baves un peu, Cavras, remarqua Véa avec dégoût.
— Oui, ça m’arrive quand je suis excité.
— Je ne comprends vraiment pas les goûts de Hunkrayn en matière de recrutement… dit-elle d’un air ennuyé.
— Il a bon goût, rétorqua Cavras.
— C’est bon, il est assis, dit Véa.
— C’est quand tu veux, ajouta-t-elle.
— Ouais, ouais… répondit Cavras en sortant une énorme balle de sa poche.
Il la montra à Véa, qui la toucha. Une légère étincelle violette apparut autour de la munition, puis Cavras la glissa dans la chambre de son fusil avant de la fermer.
Il fit ensuite glisser le canon de son arme dans un petit trou qu’il avait aménagé dans une tuile.
— Tu as touché la munition, hein ? demanda Cavras en regardant Véa.
— Oui, oui, répondit-elle, agacée.
— Bon.
— Bordel, je n’ai même pas le droit de prendre un bain tranquillement ! Ce rendez-vous de mes deux ! cria Tribulio.
— Vous m’en voyez navré, mon roi, répondit son serviteur.
— Vous allez l’accueillir comme ça ? continua le serviteur.
— Oui ! Et alors ? S’il n’est pas content, il rentrera chez lui, ce bourgeois de con ! répondit Tribulio, rouge de colère.
Il s’assit sur son trône, posa son coude sur l’accoudoir et appuya sa joue contre sa main, l’air ennuyé. Il regarda sa montre : elle indiquait midi pile.
— The Seven Paths, chuchota Véa.
L’arme s’entoura d’une très légère lueur violette.
— Eeeet… bang, murmura Cavras avec un sourire effrayant.
Puis il pressa la détente.
Clic.