Chapitre 2 168
Le ciel était limpide et magnifique.
Le crépuscule s’étendait sur l’horizon, où un ruban orange marquait la frontière entre le ciel et la terre.
Davos était en effervescence.
Au cours de la semaine écoulée, des personnalités influentes venues de toute l’Alliance des Cités libres avaient afflué dans la ville pour assister au gala du centenaire organisé par la Tour de Saphir.
Nobles, Mages renommés, Paladins de distinction et anciens élèves éminents avaient tous fait le déplacement jusqu’à Davos pour l’occasion.
Les rues étaient bondées. Des carrosses circulaient sur les grandes artères, leurs passagers vêtus de soie fine et de tenues luxueuses.
Les marchands et les vendeurs ambulants faisaient de bonnes affaires, tandis que les tavernes et les restaurants débordaient de visiteurs venus profiter des festivités.
Les rires et les conversations animées emplissaient l’air ; partout où l’on posait les yeux, les gens semblaient pris dans l’effervescence générale.
L’atmosphère était festive, presque grisante.
Après tout, il ne s’agissait pas d’un rassemblement ordinaire.
La Tour de Saphir était le principal établissement d’enseignement des arts occultes de l’Alliance des Cités libres. Son influence dépassait largement les frontières de Davos, et ses anciens élèves occupaient des postes importants dans tous les États membres.
Beaucoup étaient devenus des Mages influents, de puissants Paladins, des érudits de renom et des personnalités respectées dans leurs domaines respectifs.
Le gala du centenaire leur donnait l’occasion de retrouver leur alma mater, de renouer avec de vieilles connaissances et de tisser de nouveaux liens.
Pour la jeune génération, c’était l’occasion de rencontrer ceux qu’elle pourrait un jour aspirer à devenir.
Quant aux personnalités influentes de l’Alliance des Cités libres, elles pouvaient profiter de l’événement pour resserrer leurs liens et discuter de sujets susceptibles de façonner l’avenir de leurs cités.
Bien sûr, l’afflux soudain d’invités de marque apportait son lot de préoccupations.
La Garde de la Cité avait renforcé la sécurité dans tout Davos à un niveau sans précédent. Les gardes patrouillaient en plus grand nombre dans les rues, et des postes de contrôle supplémentaires avaient été installés aux abords des lieux importants.
Les officiers surveillaient de près les visages inconnus et les comportements suspects, faisant de leur mieux pour maintenir l’ordre au milieu de cette foule immense.
Des délégations venues des États membres de l’Alliance des Cités libres étaient également arrivées, chacune accompagnée de ses propres serviteurs et gardes.
Avec tant de puissants personnages réunis au même endroit, le moindre incident pouvait avoir de graves conséquences.
Ainsi, tandis que les citoyens faisaient la fête, la Garde de la Cité travaillait sans relâche en coulisses pour que tout se déroule sans accroc.
Le gala du centenaire devait durer trois jours.
Les festivités commençaient ce soir.
Tous les invités étaient conviés à la Tour de Saphir, où la cérémonie d’ouverture allait officiellement commencer. Au cours des jours suivants, d’autres réceptions et occasions de rencontrer les convives de marque étaient prévues.
Pour l’heure, cependant, toute l’attention se portait sur la Tour.
Son imposante structure dominait les bâtiments alentour. Les carrosses se succédaient et déposaient à l’entrée du campus des invités vêtus avec élégance. Des serviteurs s’empressaient d’accueillir les visiteurs et de les guider à l’intérieur, tandis que le personnel de sécurité inspectait soigneusement chaque nouvel arrivant.
Aux nombreuses entrées du campus, l’activité ne faiblissait pas. Il y avait foule, mais tout le monde se comportait avec courtoisie.
Pour Davos, le gala du centenaire était bien plus qu’une célébration. Il rappelait la place centrale qu’occupait la Tour de Saphir dans l’enseignement des arts occultes au sein de l’Alliance des Cités libres, ainsi que l’influence qu’exerçaient ses membres dans toute la région.
Ce soir, les regards de l’Alliance étaient tournés vers Davos.
***
Sachant que les rues seraient encombrées et que toutes les entrées du campus seraient bondées, Adam et Genevieve s’étaient installés quelques jours plus tôt dans le studio de Genevieve, sur le campus.
Assise devant sa coiffeuse, Genevieve observait dans le miroir son reflet et la silhouette qui se tenait derrière elle. Le jeune homme aux cheveux noirs attachait autour de son cou le collier orné d’un pendentif en forme de grue.
Elle portait une robe noire à col en V, dont l’ourlet lui arrivait aux chevilles. Une fente sur le côté dévoilait l’une de ses jambes lorsqu’elle était assise, donnant à cette robe par ailleurs élégante une touche de séduction.
Ses courts cheveux auburn, qui lui arrivaient au cou, avaient été soigneusement coiffés et encadraient joliment son visage. Elle était éblouissante ce soir.
Genevieve inclina légèrement la tête, examinant son reflet sous différents angles, puis jeta un coup d’œil à l’homme dans le miroir.
« Je sais que tu n’aimes pas particulièrement ce genre d’événements, Adam, dit-elle doucement. Mais les êtres humains sont des créatures sociales. Nous avons besoin de liens, de relations et de personnes sur qui compter. Personne ne peut vivre entièrement seul, aussi capable soit-il. »
Elle pivota sur sa chaise et prit ses mains. Elle embrassa ses doigts.
« Je sais que tu préfères agir à ta manière, et je ne te demande pas de changer qui tu es. Mais j’aimerais vraiment que tu participes plus souvent à ce genre de réceptions et que tu prennes le temps de nouer des liens avec les gens. On ne sait jamais : une simple connaissance peut devenir un bon ami, ou une conversation anodine ouvrir une porte dont on ignorait l’existence. »
Elle sourit et lui serra doucement les mains. « Et puis, j’aimerais te voir te faire quelques amis de plus, mon amour. »
Adam résista à l’envie de lever les yeux au ciel. À la place, il hocha la tête en souriant. « Je vais essayer. »
Genevieve se leva, passa les bras autour de son cou et l’embrassa longuement. « Merci d’être venu avec moi. »
Adam se contenta de sourire et l’embrassa à son tour.
Leurs visions du monde différaient énormément, façonnées par leurs enfances si différentes.
Pourtant, il comprenait ce qu’elle voulait dire. Du moins, en partie. Il savait que les relations comptaient et que se rapprocher de personnes influentes pouvait ouvrir des portes qui seraient autrement restées fermées.
Mais Adam avait toujours eu une autre conviction : il suffisait d’être assez fort pour que les gens qui partageaient vos idées viennent naturellement à vous.
C’était ainsi qu’il avait toujours vu les choses.
Pour autant, il n’allait pas rejeter les conseils de Genevieve simplement parce qu’il était en désaccord avec elle. Il savait qu’elle ne voulait que son bien.
Il l’aida à enfiler ses talons hauts. Une fois chaussée, elle faisait désormais la même taille que lui.
Peu après, ils quittèrent son studio et se mêlèrent aux flots de personnes qui se dirigeaient vers le cœur du campus.
« Qu’est-ce qu’Hannibal a dit ? » demanda Genevieve en lui prenant la main et en s’appuyant contre lui tandis qu’ils marchaient.
Ils attirèrent pas mal de regards en chemin. Tout de noir vêtus, ils formaient un couple particulièrement séduisant.
Adam secoua la tête en ricanant. « Il s’avère qu’il déteste ces événements, lui aussi. »
Genevieve lui pinça la joue. « Je me rattraperai, promis. »
« Et tes amis ? demanda Adam. Et le professeur Oakley ? Où sont-ils ? »
« Ils doivent déjà être arrivés », répondit Genevieve, qui avait du mal à contenir son enthousiasme.
Ils arrivèrent au pied de la Tour de Mage et levèrent les yeux, émerveillés, vers le lieu où se tenait le gala.
Très haut au-dessus de la Tour flottait une plateforme aussi vaste qu’un quartier entier. Des lumières éclatantes en illuminaient la surface, tandis que la musique et le bruit des danseurs leur parvenaient d’en haut.
On aurait dit une petite île suspendue dans le ciel, bien au-dessus de Davos, soutenue par une puissante magie.