Chapitre 2 127
À cinquante kilomètres à l’est de Davos, une planque se cachait au cœur de la jungle.
Entourée d’arbres gigantesques et dissimulée sous une puissante formation de camouflage, elle était pratiquement invisible pour qui ne savait pas où chercher. À moins d’être un Runomancien.
Le lieu servait de base aux agents du Pacte de Fer.
Leur stratagème était simple. D’abord, ils se faisaient passer pour des bandits, attaquaient les caravanes, massacraient les marchands et laissaient leurs victimes pourrir sur les routes. Puis ils se présentaient comme de simples mercenaires et proposaient leurs services aux compagnies marchandes qu’ils avaient terrorisées.
La Guilde de la Nuit avait découvert la supercherie. Débarrasser la planque de ses occupants faisait partie des missions qu’Adam avait récemment acceptées.
Bien sûr, il ne faisait pas entièrement confiance aux détails de la mission. Il avait donc vérifié de ses propres yeux les agissements des agents du Pacte. La semaine précédente, il les avait observés attaquer une caravane, tuer son mage protecteur et plusieurs autres personnes, voler toute la marchandise, puis en laisser quelques-uns en vie afin qu’ils puissent regagner Davos en toute hâte et donner l’alerte.
Dans une chasse, le plus important n’était pas la chasse elle-même, mais toute la préparation qui la précédait.
Adam avait passé des jours à étudier patiemment la planque. Il avait repéré chaque approche, mémorisé leurs rondes, compté leurs effectifs et observé leurs habitudes. Il avait cartographié chaque entrée et chaque sortie. Chaque angle mort. Chaque endroit où cacher un corps.
Il s’était assuré qu’une fois le carnage commencé, personne ne viendrait chercher les disparus. Il n’y aurait aucun témoin. Aucune interruption. Aucune échappatoire. Aucune preuve qui remonterait jusqu’à lui.
Et maintenant, tout était prêt. L’heure était venue.
Il se glissa d’abord à travers la barrière de camouflage. Il la modifia pour en faire une barrière défensive qui piégerait tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur. Il désactiva les artefacts d’enregistrement disposés dans tout le complexe. Puis il se mit à éliminer en silence les gardes du périmètre. C’étaient des Apprentis. Des proies faciles.
Passons au plat de résistance.
Un garde montait la garde à l’entrée de la planque, avachi dans une posture nonchalante. Il entrouvrit la mâchoire et bâilla paresseusement.
Un coup de poignard.
Une petite dague s’engouffra dans sa bouche, ressortit par son crâne et se ficha dans le mur. Les yeux du garde roulèrent dans leurs orbites, puis il s’effondra.
L’autre garde, à côté de lui, remarqua enfin quelque chose. Il se tourna vers son camarade. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il vit le sang s’étaler sur le sol. Il ouvrit la bouche pour crier.
Un coup de poignard.
Une autre dague le frappa à la tempe. Elle transperça son crâne et pénétra dans le mur.
Adam apparut sur l’étroit chemin menant à la planque. Pour cette mission, il n’utiliserait pas de sorts. Arrivé à l’entrée, il récupéra ses dagues sans même leur accorder un regard.
D’après les renseignements qu’il avait lui-même recueillis, la planque abritait quinze Apprentis, six Cavaliers et trois Templiers.
Les Apprentis étaient déjà morts.
Adam pénétra dans la planque. Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer les six Cavaliers. Ils jouaient aux cartes dans une pièce, buvaient de l’alcool et fumaient.
Il ouvrit la porte. Lorsque les Cavaliers se retournèrent pour voir qui venait d’entrer, ils n’aperçurent qu’une dague filant droit vers leur tête. Puis, ce fut le noir.
Adam referma la porte.
Les Cavaliers étaient morts.
Il ne restait plus que les chefs de cette bande de mercenaires.
Adam gagna la vaste salle ouverte où ils entreposaient toute la marchandise volée. Il y en avait une quantité considérable. De quoi faire une belle somme à la revente. Adam allait bien sûr tout prendre.
Le Pacte de Fer se montrait si généreux. Refuser aurait été impoli, non ?
CLAP ! CLAP !
Le bruit résonna dans chaque recoin de la planque. Cela devrait attirer les trois Cavaliers qui se reposaient à l’intérieur. Adam les attendit tout en récupérant les marchandises volées pour les fourrer dans sa manche.
Il fronça bientôt les sourcils. Il y en avait trop à emporter. Ses manches n’offraient pas assez de place.
Des pas se firent entendre à l’étage. Les trois paladins templiers arrivèrent et découvrirent Adam en train de piller leurs biens. En voyant le sang près de l’entrée, ils se mirent aussitôt sur leurs gardes.
« Halte ! »
« Espèce de salaud, arrête ! »
« Tu sais seulement à qui tu as affaire ?! »
Les trois Templiers dévalèrent l’escalier. Ils ne portaient pas d’armure. Après tout, ils se reposaient. Et puis, ils pensaient qu’à eux trois, ils viendraient facilement à bout d’un seul adversaire.
« Le Pacte de Fer, murmura Adam sans même les regarder. Si vous me dites où se trouve votre supérieur — le Paladin transcendant, vous savez —, je vous tuerai vite. »
Il se tourna enfin vers eux et leur demanda d’un ton sincère : « Alors, qu’en dites-vous, mes chers semblables ? Dites la vérité et partez en paix dans l’au-delà. Ou résistez, et subissez toute la mesure de mon courroux. »
« Fils de pute ! » Un Templier se rua sur lui, l’épée à la main, animé d’une intention meurtrière palpable.
FF-TSSHHHH !
Sa tête explosa lorsqu’une chose longue, noire et terrifiante fendit les airs en ondulant.
« Dernier avertissement », dit Adam, la Vipère à la main.
Les Templiers restants se firent graves. Ils échangèrent un regard et se préparèrent à attaquer de concert. Cette fois, ils ne foncèrent pas tête baissée, aveuglés par la rage. Froids et calculateurs, ils comptaient submerger leur adversaire grâce à leur formation de combat.
Adam soupira.
Il ordonna à la Vipère de se transformer : le fouet devint une fine lame à double tranchant.
Son jeu de jambes se mua alors en une danse gracieuse tandis qu’il tourbillonnait vers l’adversaire de droite. Tel un fleuve tranquille, fluide, paisible et calme, il para la première attaque à l’épée.
Puis le fleuve se transforma en une force de la nature déchaînée et furieuse. Une lame noire jaillit, et le Templier fut tranché en quatre morceaux. Il mourut avant même que ceux-ci touchent le sol.
Adam fit claquer son poignet, et la lame redevint un fouet. Il esquiva l’attaque du dernier Templier tandis que sa main se brouillait. La Vipère s’enroula autour du bras armé de son adversaire. D’un nouveau mouvement du poignet, le fouet se transforma en une lame acérée.
Boum !
La main tomba au sol, toujours fermement agrippée à l’épée.
Le Templier jeta un regard à sa main tranchée, puis au moignon sanglant, saisi d’une pure terreur. Un cri guttural de douleur et d’effroi jaillit de sa gorge, puis s’éteignit rapidement.
La Vipère s’était enroulée autour de son cou.
Les paroles calmes d’Adam résonnèrent derrière lui.
« Je te le redemande. Dis la vérité et pars en paix. Ou bien… »
« Je vais parler ! Je vais parler ! » lâcha le dernier ennemi, les larmes et la morve coulant sur son visage blême.
La Vipère se resserra lentement, promesse d’une mort rapide.
Adam siffla : « Je t’écoute. »