Chapitre 2 116
Une semaine s’était écoulée depuis le retour d’Adam de la Citadelle.
Fidèle à sa parole, Hannibal avait organisé une fête en son honneur et en celui de Luca. Leur groupe comptait cinq aventuriers et était dirigé par un paladin transcendant.
Cinq personnes étaient assises autour d’une table ronde, au deuxième étage. Adam posa le bras sur la rambarde et regarda la taverne se remplir en contrebas, la foule se massant autour du Trou.
Bientôt, les aventuriers commenceraient à y affluer. Et lui serait le premier à y entrer.
« Alors, Hannibal me dit que vous êtes du genre sérieux, tous les deux, hein ? »
Un homme immense, vêtu d’une armure de cuir noir, jeta un coup d’œil à Adam et Luca. La moitié de son visage, cuir chevelu compris, avait été brûlée. L’autre moitié n’était pas plus agréable à regarder : elle était couverte de cicatrices.
On l’appelait Stroud le Laid. Mais Hannibal avait dit à Adam que ses talents de combattant étaient d’une beauté rare.
Adam se tourna vers lui et répondit avec respect : « C’est ça, chef. »
Il n’avait encore jamais rencontré le paladin transcendant. Mais si un homme comme Hannibal était impressionné par lui, qui était Adam pour se plaindre ?
« Je suis mage de la Graine de mana et paladin templier, ajouta Adam. Puis il désigna Luca. Lui aussi est paladin templier. »
« Quelle école ? demanda Stroud.
— Invocation. »
« Ouf ! » Une femme assise à la table, la seule autre mage à part Adam, grimaça. « Ça risque de poser problème. »
Bien que les donjons ne fussent pas des plans secrets, ils fonctionnaient de la même façon. Ils empêchaient notamment la téléportation et l’invocation de créatures et d’objets depuis le Monde des esprits.
Adam le savait. Il répondit donc : « Aucun problème. Je maîtrise aussi l’Invocation. »
« Ah oui ? » reprit la femme aux yeux violets. Adam remarqua le léger mépris dans son regard. « On a affaire à un généraliste ? »
Adam la regarda et se contenta de sourire. Il savait pertinemment le mépris qu’inspiraient les généralistes dans ce monde. Mais cela ne le dérangeait pas. Il n’avait rien à prouver aux autres.
« Aurora, ici présente, est gardienne, dit Stroud en regardant la femme aux yeux violets. Elle sera responsable de la défense du groupe. »
Il se tourna vers Adam. « Tu seras chargé du soutien et des attaques à longue portée. »
Il conclut enfin : « Luca, Barrett et moi nous occuperons du combat rapproché. Des questions ? »
Barrett était l’autre paladin du groupe. C’était un homme taciturne, et prompt à juger. La façon dont il jetait des coups d’œil à Aurora indiquait à Adam qu’elle ne le laissait peut-être pas indifférent.
Luca posa plusieurs questions sur les membres du groupe, les tactiques collectives ainsi que les forces et les faiblesses de chacun. Les autres répondirent patiemment. Il était important de mettre tout cela au clair avant de descendre dans les donjons.
Près de dix minutes plus tard, Stroud déplia une carte sur la table.
« Le troisième niveau, dit-il en désignant une partie de la carte. Voilà notre objectif. Je vais maintenant répondre aux questions concernant la mission. »
Les membres du groupe se mirent aussitôt à poser des questions sur le donjon.
Stroud répondit sans hésiter à chacune d’elles. Il expliqua la configuration du donjon, les déplacements probables des monstres, l’emplacement des zones dangereuses et les pièges qu’ils risquaient le plus de rencontrer.
Quand quelqu’un l’interrogeait sur un endroit précis, il le désignait sur la carte et expliquait à quoi s’attendre. Ses réponses reposaient non seulement sur des années de recherches et d’enquêtes, mais aussi sur sa propre expérience du donjon.
Soudain, la salle commune, en bas, retentit d’acclamations quand Hannibal s’avança vers le Trou.
Le moment était venu.
« Très bien. » Stroud se leva. Il dépassait Luca d’une tête. « On y va. »
***
« Mesdames et messieurs… »
La voix d’Hannibal résonna dans toute la taverne.
« Dites-moi : alors, quoi de neuf ? »
Les centaines de clients du Trou du Lapin, répartis sur les quatre étages, levèrent leurs verres et leurs poings en rugissant :
« UN À LA FOIS !!! »
Ding ! Ding ! Ding ! Ding !
Comme d’habitude, Jolly le gnome — un serveur de la taverne débordant d’entrain — bondit sur une table et se mit à faire sonner à toute volée l’énorme cloche fixée au mur.
Le signal du départ vers le Trou venait d’être donné.
La taverne éclata en acclamations enthousiastes. Les clients assistaient à la scène tous les jours. Pourtant, chaque fois, l’émotion restait merveilleuse et irréelle.
Voilà la magie du Trou du Lapin : la promesse de richesses de la Montagne d’en bas, et l’esprit d’aventure.
Stroud et sa bande d’aventuriers se frayèrent un chemin dans la foule. Tous portaient des cottes de mailles, des armures ou des robes d’arcaniste. Ils avaient des sacs remplis de provisions et d’autre matériel.
Enfin, ils arrivèrent devant le Trou.
Hannibal applaudit, et sa voix résonna de nouveau dans la taverne.
« Aujourd’hui, Stroud et sa bande de fauteurs de troubles ont l’honneur d’affronter le danger les premiers », annonça-t-il.
Stroud leva le poing et poussa un rugissement.
La taverne éclata de nouveau en acclamations. L’atmosphère était électrique ; tous scandèrent d’une seule voix :
« Le Laid ! Le Laid ! »
« Le Laid ! Le Laid ! »
Adam regarda leur chef, qui semblait porter son étrange surnom avec fierté, et ne put s’empêcher d’éclater de rire.
Soudain, il vit une silhouette familière s’approcher de lui.
C’était Ira.
Elle s’approcha et rajusta le col d’Adam ainsi que son sac à dos, avec une tendresse maternelle.
« Ne meurs pas, mon grand. » Elle lui caressa la joue en souriant.
Puis elle sortit un objet de son Artefact de stockage et le posa délicatement sur la tête d’Adam.
« C’est un cadeau », dit-elle.
C’était un chapeau pointu.
Adam la serra dans ses bras pour la remercier.
Enfin, le moment était venu pour leur groupe de partir.
Stroud et les autres arrivèrent devant le Trou. Ils vérifièrent leur équipement une dernière fois. Un à un, ils s’attachèrent à la grosse corde suspendue au système de poulies, là-haut.
Hannibal s’avança et saisit la corde. Il serra fermement la main de Stroud et lui tapa sur l’épaule. « Prends soin des gars. »
Stroud hocha la tête. « Laisse-moi faire. »
Il sortit ensuite une bourse de pièces pour payer le tavernier, mais Hannibal se contenta de sourire. « C’est pour la maison. »
Stroud esquissa un petit sourire laid et rangea la bourse.
« Bonne chance là-dessous. » Hannibal hocha la tête.
Stroud passa les jambes par-dessus le bord du Trou et disparut tandis qu’Hannibal faisait lentement défiler la corde dans la poulie. Il descendit les aventuriers un à un, avec régularité et précaution, pendant que les clients pariaient et les encourageaient de toutes parts.
Enfin, ce fut au tour d’Adam.
Ira le regardait avec une pointe d’inquiétude dans les yeux, mais Hannibal ne doutait pas que le jeune homme aux cheveux noirs survivrait dans les donjons.
Il s’avança et posa les mains sur les épaules d’Adam. « Bonne chance là-dessous, mon garçon. »
Adam rit et serra son maître dans ses bras. Puis il regarda Ira et hocha la tête.
Le moment était enfin venu. Il passa par-dessus le bord du Trou et s’enfonça dans les ténèbres. Bientôt, les acclamations et les cris des clients s’éteignirent. Le vent fouettait son corps en chute libre.
Les ténèbres engloutirent Adam pendant de longues secondes et lui rappelèrent la dernière épreuve de la Bobine. Son cœur battait à tout rompre. Il prit des inspirations régulières et fit de son mieux pour étouffer la peur qui le rongeait de l’intérieur.
Enfin, il aperçut une lueur au fond du puits obscur.
Il était arrivé.
Les légendaires donjons de la Montagne d’en bas !