Chapitre 2 094
Tour de Saphite, quartier des Seigneurs.
Parmi les nombreuses résidences étudiantes disséminées sur le vaste campus, certains élèves d’honneur avaient droit à un studio privé. C’était la façon dont la Tour encourageait la compétition et motivait ses étudiants.
Naturellement, Genevieve, excellente élève, vivait dans l’un de ces appartements sur le campus. Elle traversa le couloir du dernier étage, tenant Adam par la main tandis qu’il la suivait.
Elle le regarda d’un air étrange. « Alors, tu ne fais jamais les courses ? »
Adam, qui portait un sac de provisions pour Genevieve, haussa les épaules. « Pas vraiment, non. Je mange dehors. »
« Mais ce n’est vraiment pas bon pour la santé », marmonna Genevieve.
« J’imagine », reconnut franchement Adam.
Mais il ne s’en souciait pas tellement. Le corps d’un Paladin était assez solide et sain. Le sien, en particulier.
« Je te préparerai à dîner demain soir. » Genevieve sourit. « Qu’en dis-tu ? »
« Tu sais cuisiner ? » demanda Adam avec scepticisme.
« Bien sûr que je sais cuisiner ! » Genevieve lui pinça la joue. « Et cette tête, c’est quoi ? Tu doutes de mes talents culinaires ? »
« Rien. Rien du tout. » Adam soupira, résigné.
Soudain, il plissa les yeux et arrêta Genevieve. Il lui serra doucement la main et murmura : « Tu attendais quelqu’un ? »
Genevieve fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
La Sphère de résonance d’Adam se déploya jusque dans le studio de Genevieve. À l’intérieur, il sentit une présence qui attendait.
« Il y a quelqu’un dans ton appartement », dit-il.
« Impossible ! » s’exclama Genevieve. « Personne d’autre n’a la clé. »
Adam la tira derrière lui. Il lui tendit le sac de provisions et lui prit la clé. Il ne percevait aucune hostilité chez l’inconnu qui se trouvait dans son appartement. Il décida donc d’aller voir. Après tout, ils étaient au cœur du campus de la Tour de Saphir. Il doutait que quelqu’un puisse simplement s’introduire chez elle et y semer le trouble.
Il inséra la clé et ouvrit la porte. Celle-ci grinça, laissant la lumière du couloir pénétrer dans l’appartement.
Alors, les yeux d’Adam s’écarquillèrent peu à peu.
À l’intérieur, il aperçut une femme d’âge mûr assise sur une chaise près de la fenêtre. Une bouteille de vin ouverte se trouvait sur la table devant elle. Elle faisait tourner le vin dans son verre tout en scrutant Adam de ses yeux bleu azur perçants.
Pendant un instant, Adam crut contempler une Genevieve plus âgée. L’inconnue lui ressemblait tant ! À ceci près qu’elle avait vieilli et que son visage était marqué de cicatrices.
Adam se retrouva soudain dans une situation gênante. Il comprit aussitôt que cette femme appartenait à la famille de Genevieve. Or, il tenait la main de celle-ci et venait d’ouvrir la porte de son studio privé. Dire qu’il était embarrassé aurait été un euphémisme.
« Adam ? » La voix de Genevieve résonna derrière lui. « Qu’est-ce qu’il y a ? Qui est à l’intérieur ? »
« Tu ferais mieux de le voir par toi-même », répondit-il en se décalant maladroitement pour lui laisser le passage.
Genevieve fut encore plus bouleversée qu’Adam en découvrant l’inconnue. Elle la dévisagea, les yeux écarquillés et la bouche légèrement entrouverte.
Quand le regard de Valentina se posa sur Genevieve, ses lèvres s’incurvèrent en un sourire narquois.
« Tu as merveilleusement grandi, ma chérie », dit-elle.
Genevieve se figea, incapable de prononcer un mot. Qui était cette femme ? Pourquoi se montrait-elle si familière avec elle ? Et pourquoi se ressemblaient-elles autant ?
Valentina ignora le regard de sa nièce et se tourna vers Adam, son sourire s’effaçant.
« Laisse-nous, mon garçon. »
Elle dégageait une telle autorité que ses paroles frappèrent Adam en plein cœur et le firent légèrement trembler. Un autre homme se serait effondré à genoux, à bout de souffle.
Mais Adam n’était pas comme les autres.
Il prit une inspiration mesurée, puis se plaça devant Genevieve. Il avait très peur, mais il devait faire preuve de bravoure pour elle. Et pour lui-même.
« Pas avant que vous ne vous présentiez, madame », répondit-il avec fermeté et politesse. Il avait bien remarqué que Genevieve elle-même ne reconnaissait pas cette femme.
Valentina entendit le léger tremblement dans sa voix. Mais ce n’était pas ce qui retenait son attention. Une lueur d’intérêt passa dans ses yeux bleu azur.
« Tu as du cran, à ce que je vois. »
Ses paroles et l’aura écrasante qu’elle faisait peser sur Adam n’avaient pour but que de lui rendre la tâche difficile. Pour elle, il était évident que ce jeune homme et sa nièce étaient ensemble. Mais elle ne pouvait supporter de voir Genevieve avec le premier inconnu venu.
Finalement… il n’était peut-être pas si quelconque.
Malgré tout, elle ne daigna pas répondre à Adam sous prétexte qu’il le lui avait demandé. Elle se tourna plutôt vers Genevieve, qui se tenait toujours figée, et déclara :
« Je suis la belle-sœur de Madeline. »
Adam sentit la main de Genevieve trembler. Il tourna les yeux vers elle et la vit rester immobile, de plus en plus sous le choc.
L’instant d’après, elle reprit rapidement le contrôle de ses émotions et prit une profonde inspiration. Puis elle se tourna vers Adam et lui sourit. « Ça va, Adam. Je m’en sortirai. »
Adam entrouvrit les lèvres, puis les referma plusieurs fois. Finalement, il hocha la tête. « D’accord, je vais attendre dehors. »
Genevieve forma silencieusement les mots « merci » avec ses lèvres.
Adam se tourna de nouveau vers l’inconnue, mais elle ne le regardait même pas. Il soupira doucement et referma la porte derrière lui.
Bien après son départ, Genevieve se tenait toujours près de la porte. Elle dévisagea Valentina, frappée par leur ressemblance. Cela rendait les paroles de la femme d’autant plus crédibles.
Madeline Saint Laurent était la mère de Genevieve.
Alors cela signifiait…
« Vous êtes la sœur de mon père ? »
« Sa sœur aînée », répondit Valentina avec un sourire narquois. « Assieds-toi, ma chère. Nous avons beaucoup de choses à nous dire. »
Genevieve hésita quelques instants, puis s’assit en face de Valentina. « Pourquoi êtes-vous ici ? » demanda-t-elle.
« J’ai appris que ma chère nièce était piégée dans un plan secret. Alors, je suis arrivée dans ce monde aussi vite que j’ai pu », répondit Valentina en prenant une gorgée de vin.
Elle plissa les yeux et poursuivit : « J’ai aussi entendu dire que de sacrées garces essayaient de te recruter dans leur culte barbare. Je suis donc venue empêcher ça. »
« De quel droit décidez-vous à ma place ? » Les paroles de Genevieve étaient cinglantes, ses yeux brillants de larmes. « Où étiez-vous quand j’avais besoin de vous ? Où était mon père ? Est-ce qu’il… Est-il seulement encore en vie ? »
Valentina sentit la tristesse dans la voix de sa nièce. Elle soupira et reposa son verre sur la table.
« Je vais être franche avec toi », commença-t-elle.
« Mon petit frère est un lâche. Et oui, il est vivant. Il a perdu la tête quand Madeline est morte. Tu ne t’en souviens peut-être pas, car tu n’étais qu’un bébé, mais ton père et moi avons passé tes premières années avec toi.
« Puis il est parti parce que tu lui rappelais ta mère. J’imagine que son cœur fragile n’a pas supporté de te voir. Il s’est alors jeté à corps perdu dans les guerres de l’Imperium, sans doute pour donner un sens à sa vie. »
Valentina soupira.
« Les hommes… Ils sont vraiment trop cons. »