Chapitre 1 780
L'atmosphère était tendue et étouffante.
À mesure que la distance entre les commandants des deux camps se réduisait, la pression dans l'air devenait presque palpable.
Chaque camp était composé de puissances dotées de vastes réserves de mana et d'innombrables années d'expérience au combat. Lorsqu'ils se retrouvèrent enfin face à face, l'air lui-même en trembla.
Il semblait que l'espace lui-même peinait à contenir la présence de figures aussi redoutables.
Du côté des démons, Volgron, Tian Di et le Chef de la Secte se tenaient au premier rang, tandis que les Anciens du Cercle Intérieur et d'autres démons au rang de Cœur de Mana se tenaient derrière eux.
Du côté des Forces Alliées, Lucian Acadia était positionné au centre, le dos droit comme une lance et l'expression calme, distante et confiante.
À sa droite se trouvait le mystérieux Ermite de Yen-Lu. Et à sa gauche, monté sur le féroce Blackie, siégeait le Fantôme du Crépuscule, Berger.
Derrière eux se tenaient plusieurs Mages au rang de Cœur de Mana venus des quatre coins du monde.
Souverains, chefs de clan, experts cachés, Mages errants et figures légendaires qui, d'ordinaire, ne se mêlaient jamais des affaires du monde, s'étaient tous réunis ici aujourd'hui.
Pour la première fois de l'histoire, les figures puissantes de Tron s'étaient unies sous une seule bannière pour faire la guerre au Culte des Os et aux démons de l'Enfer.
Enfin, le groupe des Forces Alliées atteignit le centre du champ de bataille taché de sang. La distance entre les deux camps était inférieure à une douzaine de mètres. Les deux parties étaient largement à portée d'attaque, mais elles savaient qu'il valait mieux ne pas engager les hostilités.
La rencontre au centre du champ de bataille était bien plus qu'une simple formalité. C'était une tradition aussi vieille que la guerre elle-même.
Avant que des centaines de milliers d'hommes ne marchent vers le massacre, les commandants des deux camps se rencontraient face à face. Là, les conditions pouvaient être discutées, les avertissements échangés et les dernières tentatives de négociation faites avant que le bain de sang ne commence.
Parfois, cela servait à jauger l'ennemi.
Parfois, à tester sa détermination.
Et parfois… simplement à regarder dans les yeux ceux qu'ils s'apprêtaient à tuer.
Lucian afficha un léger sourire tandis que ses yeux dorés perçants scrutaient les trois Mages les plus puissants du camp adverse. Selon son jugement, le démon, la liche et l'humain étaient parmi les êtres les plus redoutables qu'il ait jamais rencontrés.
Finalement, son regard balaya le Chef de la Secte pour se poser sur un homme à l'allure modeste, aux cheveux noirs et aux yeux bruns qui brillaient de reflets de folie cramoisie.
« Voilà le petit serpent », murmura froidement l'Empereur.
Il n'avait pas oublié la Bataille de Ravenfell. Il ne le pourrait jamais.
Lorsque son regard trouva le responsable de la mort de son père, Gerald Acadia, il commença inconsciemment à irradier une intention meurtrière impitoyable.
Son aura était si oppressive que même Volgron, qui avait vu bien des figures puissantes durant la Guerre Éternelle, ne put s'empêcher d'être impressionné.
Cible de cette intention meurtrière, Marden Benton ne broncha pas. Il soutint le regard de l'Empereur et offrit une salutation polie.
« J'espère que votre voyage a été confortable, Votre Grâce. »
Le regard du Seigneur du Sang glissa ensuite au-delà de Lucian pour se fixer sur une silhouette derrière lui. Cette personne dégageait une aura de soif de sang bien plus dense et le fusillait du regard.
Marden leva une main et sourit. « Ça fait longtemps, oncle Daniel. »
Les yeux de Daniel Ranzenberg devinrent injectés de sang et son aura s'embrasa. Si les regards pouvaient tuer, il aurait tué le traître mille fois.
« Note bien mes paroles », cracha-t-il entre ses dents serrées. « Je te tuerai, quoi qu'il m'en coûte. »
Marden cligna des yeux.
Il posa alors une main sur sa poitrine et dit poliment : « Alors, je vous souhaite bonne chance. »
Observant l'interaction entre les deux, Volgron était assez amusé, et cela se voyait sur son visage. Il regarda Lucian et prit enfin la parole.
« Alors, c'est toi le chef ? » Ses lèvres se courbèrent en un sourire calculateur. « Très bien. J'ai une proposition pour toi. »
Volgron écarta légèrement les bras, son ton empreint d'un étrange charisme.
« Rends-toi, et je te garantis personnellement un passage vers le Grand Univers. Tu as du talent. Vous en avez tous. Rester dans ce petit monde est un gâchis de votre potentiel. »
Sa voix devint forte et envoûtante, résonnant aux oreilles des commandants des Forces Alliées.
« Combattez sous notre bannière dans la Guerre Éternelle. Vous recevrez des ressources au-delà de votre imagination. Richesse, savoir, puissants héritages, opportunités de faire progresser vos rangs arcaniques bien au-delà de ce que ce monde pourrait jamais vous offrir. »
Puis ses yeux se plissèrent et sa voix devint froide.
« En échange, toi et chaque Mage vous retirerez de cette guerre. »
Soudain, il se souvint de quelque chose et ajouta avec un léger rire : « Ah, et quand je dis "Mage", je veux dire ceux qui ont formé un Cœur de Mana. Ces mondes de l'Univers Extérieur possèdent des systèmes de pouvoir assez… dilués. Dire qu'ils considèrent même les Apprentis comme des Mages. »
Berger, qui avait le regard fixé sur le Chef de la Secte depuis le début, reporta soudain son attention sur le démon.
« Tu proposes donc de n'emmener que les Mages au rang de Cœur de Mana ? » demanda-t-il d'une voix basse.
Volgron se tourna vers le gnome. Mais avant qu'il ne puisse répondre, son attention fut involontairement attirée par Blackie. Le démon fronça légèrement les sourcils et ne put s'empêcher de commenter :
« C'est un étrange petit animal que tu as là. »
Blackie découvrit ses crocs acérés, et ses yeux sombres brillaient d'une faim qui menaçait de tout dévorer.
À cet instant, le chef azirai, Volgron, sentit quelque chose de primal émerger au plus profond de son cœur. C'était un avertissement.
L'avertissement de ne pas prendre ce loup noir à la légère.
Volgron prit mentalement note de se méfier de cet étrange loup noir et du maître qu'il servait. Il se tourna vers le gnome, le prenant bien plus au sérieux qu'auparavant, et répondit.
« Nous n'avons aucune utilité pour les Apprentis », dit-il. « Alors, oui. Seuls les Mages au rang de Cœur de Mana se verront accorder le passage vers le Grand Univers. »
« Et qu'en est-il du reste des gens sur ce champ de bataille ? » intervint l'Ermite. « Les soi-disant Apprentis. »
Volgron se tourna vers la silhouette encapuchonnée. Il pensait que la capuche était enchantée, car même lui ne pouvait percer les ombres pour étudier le visage de l'Ermite.
Les lèvres du démon se courbèrent en un sourire narquois, et il dit : « N'est-ce pas évident ? »
Un silence bien plus tendu et lourd s'abattit sur les deux parties.
La proposition de Volgron était claire : abandonner les autres, abandonner ce monde et partir pour le Grand Univers avec lui.
Mais après être allés si loin, après avoir tant sacrifié, les commandants des Forces Alliées pouvaient-ils vraiment tout abandonner ?
Un léger rire résonna soudain.
Tout le monde se tourna vers la source et vit Lucian Acadia secouer légèrement la tête, amusé.
« C'est drôle, n'est-ce pas ? » Volgron afficha un large sourire.
Les yeux dorés de Lucian rencontrèrent ceux du démon. Ses lèvres s'entrouvrirent et il dit : « J'ai une proposition pour toi également. »
« Je t'écoute », fit Volgron, amusé.
Le Fier Soleil leva le menton, ses yeux dorés emplis de mépris. Il dit alors d'une voix froide :
« Rends-toi, et je t'accorderai une mort rapide et sans douleur. »