Traductrice : Moonkissed
Auteur: Baek Deok-soo
À l’origine, on dit que les salariés portent toujours une lettre de démission sur eux — physiquement ou dans un coin du cœur.
Mais en général, ils la gardent cachée…
‘Et tu dis ça à un bleu ?’
En plus, c’est la supérieure directe qui le dit.
« J’ai presque réuni tous mes points. N’en parle pas partout. »
« … »
Avec le caractère d’Eun Hajae, cheffe adjointe, je la voyais plutôt faire son boulot sans sourciller jusqu’au jour J et ne l’annoncer qu’à ce moment-là.
« Vous êtes sûre que vous pouvez me dire ça ? »
« Ce n’est pas vraiment une mauvaise nouvelle, si ? Et puis, dans cette boîte, il y en a plein qui se vantent de combien de points ils ont… »
Elle me tapota l’épaule, ferme.
« Je voulais juste que mon équipe soit au courant à l’avance. »
« Snif, je suis ému, cheffe ! »
« Arrête. »
Je jetai un œil à Park Minseong, le superviseur, qui s’agitait déjà. Il devait être au courant.
‘À cause de la nature de l’entreprise ?’
Vu que ce boulot revient à jouer à la roulette russe mentale pour réaliser un vœu autrement impossible, ça se comprend.
Tout le monde finit par vouloir s’échapper, donc pas besoin de le cacher désespérément.
Même si c’est un peu triste de voir partir une supérieure aussi prévenante… au final, c’est une bonne chose pour elle, donc ça se fête.
J’avais quand même une question.
« Cheffe adjointe. »
« Oui ? »
« Ça veut dire que vous avez réuni les 500 000 points ? »
« Quoi ?! 500 000 ?! »
Eun Hajae sursauta, puis rit d’un air entendu.
« Oh. Tu pensais que je visais un jeton de vœu ? »
« … ? »
Ben… c’est pas ce que tout le monde vise ?
« Au début, c’était mon objectif aussi, mais en creusant, il y a d’autres façons de s’en sortir. »
« … ! »
Ah.
« Je vois. »
Il y a des cas où le jeton de vœu n’est pas indispensable.
« Si on peut exaucer son vœu avec un article du mall des points employés, ça suffit. »
« Il me faut juste une potion magique haut de gamme de la boîte. »
Comme prévu.
« … Je peux demander combien de points ça coûte ? »
« 170 000. Il m’en manque moins de 5 000. Et… grâce aux points gagnés à cause de toi, je n’aurai à travailler que quelques mois de plus. »
Elle me fit un clin d’œil — pas son style, d’ordinaire.
« Je parlerai au chef d’équipe pour essayer de te garder jusqu’à la prochaine mouvance de personnel. »
Ça voulait dire que je resterais naturellement en équipe D ensuite. Puisqu’elle partirait, l’effectif s’équilibrerait.
Belle attention. Et le fait qu’elle soit convaincue que je veux rester ici me toucha encore plus.
« Cheffe, avant de partir, il nous faut un vrai pot de départ… et on garde le contact après. On va voir un match de base-ball, ou autre ! »
« Bien sûr. Et toi, tiens quelques années, aussi. »
« Moi ? Impossible. Je dois économiser les 500 000 points entiers. »
Le superviseur se gratta la tête, mais resta tout sourire.
« Bref… ça veut dire que Chevreuil reste avec nous ! »
« Ça dépend du chef d’équipe. »
Quand le chef d’équipe, de retour d’une réunion, revint, il confirma froidement :
« Oui. Les probabilités te sont favorables. »
« Whoa ! »
« Ce n’est qu’une question de probabilité. Ne planifie pas ton travail en supposant que tu resteras. »
« … T’as entendu, Chevreuil. »
« Oui… »
Froid. Un vrai lézard.
« Quoi qu’il en soit, félicitations, cheffe adjointe Eun. »
« Merci. »
Eun Haja sourit et sortit fumer. Sa silhouette semblait déjà soulagée.
« … Que deviennent les employés après leur démission ? »
Aucune rumeur de droits retirés ou de séquestration en labo pour confidentialité — rien de louche.
« Il y a des cas de départs propres. »
Comme ces salariés unanimement appréciés sur le wiki de la boîte, à qui l’on offre une bonne fin quoi qu’il arrive.
‘… J’espère qu’elle y aura droit.’
Après une petite prière, je retournai à mes tâches.
Autrement dit, recevoir de nouvelles missions du chef d’équipe.
« La prochaine exploration : une Ténèbre de rang C, classée ‘Araignée’. Son manuel est entièrement rédigé. »
« Oh… On gagnera 600–700 points chacun ? »
« Oui. »
« Chevreuil, on a bien fait de charbonner et d’épargner pendant la grosse charge de travail. »
Le flux des « complétions de manuels de nouvelles ténèbres », presque monopole de l’équipe D, se calmait enfin.
« Les nouvelles ténèbres arrivent par vagues. L’équipe de recherche accélère les dépôts à l’approche des deadlines. »
« Ah. »
Une vraie entreprise, décidément.
Évidemment, ce n’est pas à un bleu de le faire remarquer.
Je souris :
« Donc on va bosser relativement en sécurité un moment. »
« Exactement ! Ton optimisme, Chevreuil, j’adore ! »
Le superviseur rit et me passa une tablette avec le PDF du manuel ouvert.
« Même avec un manuel, ça reste du rang C. Pas d’imprudence. Préviens quand tu as tout relu. »
« Oui. »
« Au fait, c’est une mission où il suffit de tenir une journée au même endroit. »
Hmm.
Je pris la tablette et me mis à lire.
Le manuel officiel, ton posé, reprenait le format habituel.
Ça rappelait le wiki des Dossiers d’Exploration des Ténèbres : données collectées, infos détaillées et quantifiées.
Voyons.
Une histoire de lieu où l’on peut se perdre en prenant la mauvaise bifurcation dans un immeuble plein de locaux vides. Sur internet, on classe ça en backrooms…
« … »
Au paragraphe suivant, un pressentiment me traversa.
Ça…
Depuis des mois, je déduis l’identité des histoires via les manuels à partir du wiki. Ça ne me surprend plus.
Mais là, c’était différent.
D’ordinaire, ce genre d’entrée présageait un massacre ou un game over assuré pour moi, type Quiz du mardi.
Cette fois, au contraire.
D’une façon nouvelle, déroutante.
C’est une bonne nouvelle !
Bon sang, c’est une histoire bienveillante !
Côté trouille, on frôle le zéro. Même un froussard s’en tire s’il a tous les spoilers.
Alors pourquoi du rang C ?
Parce que Daydream Inc. s’est plantée en la classant !
C’est une histoire faite pour rire.
Une histoire de malentendu !
Ça a l’air dangereux, mais c’est un phénomène très doux et gentil. Les gens projettent leurs a priori, se trompent et… c’est involontairement drôle.
Franchement, c’est plus une expérience magique qu’une histoire de fantômes…
Évidemment, il n’y en a pas beaucoup dans les Dossiers.
Mon cœur accéléra.
J’y vais ? Là-dedans ?
Attends.
Si je joue bien mes cartes…
Ce n’est pas que mon humeur : c’est ma vie qui peut devenir plus douce et chaleureuse !
Mon cerveau s’emballa.
Pour y arriver, j’avais besoin d’une chose.
C’était…
« On a le temps, on entre demain après-midi. Prends ton temps pour lire. Même si, toi, Chevreuil, tu n’en as pas vraiment besoin ! »
« Dans ce cas… je peux sortir un instant demain midi ? »
« Hein ? Le chef d’équipe et la cheffe adjointe ne sont pas du genre à chipoter, mais pourquoi ? Si c’est un rendez-vous médical, je te laisse large. »
« Non, ce n’est pas ça. C’est juste que… »
Je vérifiai mentalement mon compte et pris une note.
« Je dois acheter quelque chose vite fait. »
« … ? »
Pour tirer le meilleur de cette histoire bienveillante, il me fallait une préparation.
Un truc très cher !
Le lendemain, après le déjeuner.
Nous roulions vers le site, dans la voiture de la cheffe adjointe.
Là où la Ténèbre était confinée.
« Tu as pu acheter ce que tu voulais ? »
« Oui. »
Le « truc cher » acheté sur ma pause midi était bien au chaud dans ma mallette.
Au volant, la cheffe adjointe jeta un coup d’œil derrière.
« Chevreuil, c’est la première fois que tu entres dans un lieu où une légende urbaine prend forme physiquement, au lieu de toucher à des objets bizarres, non ? »
Pas vraiment. Tout récemment, je suis entré dans un pavillon de montagne, j’ai trimballé des corps découpés et joué au tueur en série. J’ai failli vomir, aussi.
… Mais inutile d’en parler.
« Oui, on dirait que c’est ma première mission de terrain. »
« Haha, tu es dans la vingtaine, hein ? Premier boulot, donc. »
Ambiance plutôt chaleureuse, trajet sans encombre.
On échangea même des banalités.
« Tu sais ? Notre chef d’équipe a cassé le volant trois fois en mission. Sauf apocalypse zombie, il ne conduira plus jamais… d’après la rumeur. »
« … »
Mieux vaut éviter le sujet.
Au bout d’environ quarante minutes, nous arrivâmes.
« On y est. »
Un quartier commercial en périphérie de Séoul.
Un vieux « nouveau quartier » vidé après la bulle immobilière, supplanté par d’autres pôles, devenu désert.
Les vitrines vides affichaient des annonces de vente/location.
« Apparemment, l’un de ces immeubles est la légende. En plein jour, à la bonne heure du couchant, des choses étranges se passent. »
« Oui. »
En approchant d’un bâtiment précis, les supérieurs rappelèrent gentiment le manuel.
« On dirait que la sécurité bloque l’accès civil avec du matériel. Ils reconnaîtront nos masques et nous laisseront entrer. »
Hmm.
« Fais gaffe à l’intérieur. » dit le superviseur, sérieux. « Il y a pas mal de rapports funestes. Reste sur tes gardes. »
« … »
Vous parlez de ça ?
Rapport d’exploration n°12
Un employé (Jung Sejong) a trouvé une boutique en 404, près de l’escalier de secours au 4e. L’enseigne indiquait Café ■■■.
En s’approchant, des bruits anormaux pour un café — aboiements, cris, hurlements — se sont fait entendre, de plus en plus forts.
Arrêté devant la porte, l’employé a eu l’impression que les sons fonçaient sur lui.
Pris de panique, il a fui par l’escalier de secours au moment où la porte s’ouvrait, a chuté lourdement et a perdu connaissance, retrouvé hors du centre commercial, souffrant de fractures ouvertes bilatérales des jambes et d’un grave traumatisme dorsal, menant à une mise en congé définitive. Un ESPT persistant a été signalé.
À première vue : sinistre.
Mais tu as vu ?
C’est juste… un café pet-friendly.
Effrayé par des aboiements, l’employé a paniqué, a dévalé les marches et s’est blessé. La Ténèbre l’a éjecté gentiment à la fermeture…
Ici, ce ne sont que d’anciennes boutiques qui tournent comme à leur âge d’or. C’est ça, l’étrangeté.
Observer les explorateurs sur-interpréter et cafouiller, c’est ce qui rend l’histoire amusante.
Et ces explorateurs sont précisément en train de me briefer…
« Reste prudent. Cet endroit peut faire du mal. »
Non.
« Surtout, ne perds pas connaissance. On finit souvent gravement blessé. »
Même si tu t’évanouis, l’endroit te met dehors poliment à la fermeture…
C’est littéralement un centre commercial qui ferme à l’heure.
Je me retins d’objecter, sinon ils allaient inventer que « la Ténèbre manipule l’esprit » et partir en vrille.
À la place, j’acquiesçai quand ils proposèrent de répartir les talkies et de se séparer pour aller plus vite.
« Tu gères seul, Chevreuil ? »
« Oui. »
D’habitude, je m’accrocherais à quelqu’un, mais aujourd’hui c’est mon moment de bravoure.
« Contacte-nous au moindre souci. »
« Entendu. »
Je pris la radio fournie par la sécurité (qui rappelle un jouet de boutique d’aliens) et me mis en marche.
« — Vous avez une boutique en tête ? Il semble que certaines soient encore ouvertes. »
Justement.
Même si l’approche devra être un peu spéciale…
À cause de la distorsion, étages et directions sont bancals. Mais il y a un motif.
Par exemple :
Quand on prend l’ascenseur depuis le 7e, un bouton Sous-sol apparaît parfois.
Après quelques essais, je trouvai enfin B1.
« — Oh, un endroit caché ? Ça rappelle cette exposition si ‘élégante’ ! »
Fallait vraiment en parler ?
Je fais encore des cauchemars de ce sous-sol, à tourner en rond, à croiser la machine-araignée, à me faire éviscérer… !
‘C’est un endroit amical… amical…’
Je chassai le souvenir et appuyai.
Ding.
Les portes s’ouvrirent sur un parking souterrain.
Quelqu’un s’est déjà évanoui ici à cause d’un coup de klaxon, non ?
Mais ce n’est pas le sujet.
Je suivis les instructions mémorisées :
‘Tourner trois fois à gauche.’
En bouclant le parking, un nouveau numéro de zone apparut.
A19.
J’y étais presque.
Le cœur battant, j’avançai.
À côté de cette zone se trouvait une porte menant au mall. Plutôt que vers les ascenseurs, je regardai sur le côté et repérai une petite échoppe.
Et la voilà.
Moonlight Tattoo Shop
L’endroit magique.