Traductrice : Moonkissed
Auteur: Baek Deok-soo
Le pavillon isolé dans la montagne n’était plus qu’un chaos : des morceaux de corps partout et des pentagrammes tracés au sang.
À l’intérieur, le fonctionnaire se tenait debout, un couteau de boucher à la main, devant une femme qui venait de s’évanouir de nouveau.
Et moi, j’observais la scène depuis la balustrade du deuxième étage.
Si je n’avais pas su que tout était faux, j’aurais sans doute tourné de l’œil — c’était un salon de fou furieux.
Mais le gardien du pavillon, entré par la porte arrière, se montra poli.
« Votre séjour s’est-il déroulé confortablement ? »
Tu parles.
Je ne gaspillai pourtant pas d’énergie : je restai simplement silencieux.
Le gardien ne s’embarrassa pas d’une réplique éculée du style : « Je me suis tenu à l’écart pour que vous profitiez d’un séjour paisible. »
Il dit seulement :
« Les trois jours sont écoulés. Le moment est venu. »
« … »
« Vous pouvez maintenant échanger l’héritage de ce pavillon contre les cassettes. »
Personne n’était mort jusque-là ? Surprenant.
À partir de maintenant, le chaos — tuer et être tué — serait inévitable.
C’est le principe.
Les cassettes ne libèrent aucun survivant tant que le traumatisme et le choc n’ont pas atteint un certain seuil.
‘C’est pour ça que j’ai tout mis en place ainsi.’
Pour instiller traumatisme et effroi.
Rien d’« acceptable » selon la sensibilité moderne : l’idée était d’effrayer à en croire que la mort était certaine.
Et visiblement, mon plan avait fonctionné.
Le gardien récita ses lignes, et le salon resta anormalement paisible : personne ne tenta de poignarder personne.
Bien sûr, cette paix ne durerait pas.
Le gardien s’approcha d’abord de la « femme », inconsciente sur le canapé.
« Visiteuse. »
« … »
« Désirez-vous échanger votre cassette ? »
« Ugh, hein… heeiiin ?! AAAAAAAH ! »
Reprenant ses esprits, elle trébucha deux ou trois fois avant de détaler hors du pavillon.
Dommage.
« Elle aurait peut-être mieux fait de rester inconsciente. »
Sans hésiter, il se tourna vers la personne suivante.
« Désirez-vous échanger votre cassette ? »
« … »
Le fonctionnaire fixa le gardien un instant, puis dit calmement :
« Je déclarerai mes intentions en dernier. »
« Entendu. Alors… »
Le gardien se tourna vers la dernière personne.
Moi.
Je croisai son regard.
Une silhouette de conte macabre : guenilles élimées, mais un coréen standard élégant.
« Désirez-vous échanger votre cassette ? »
Échanger, hein ?
« Oui. »
Évidemment.
‘J’ai trimé comme un chien pendant trois jours pour ça.’
Si l’intrus survit, il a droit à une forte récompense monétaire.
C’était pour ce moment que j’avais tenu bon — la raison pour laquelle je m’étais fait passer pour un tueur en série.
‘Priorité numéro un pour l’échange.’
Je sortis les cassettes récupérées dans le sac à dos de l’un des étudiants.
Celles du « couple ».
Celles des étudiants.
Et même celle de Baek Saheon.
« Six au total. En tant que visiteur, vous avez la priorité absolue à l’échange. »
Une lueur d’excitation passa dans ses yeux avant qu’il ne reprenne son ton cérémonieux.
« Vous pouvez devenir propriétaire de ce pavillon. Le souhaitez-vous ? »
« Non. »
« … »
Si un entrant survivant choisit le site (Pavillon de la Montagne de l’Horizon) comme récompense, les traits modifiés acquis s’y lient de façon permanente.
Même si je n’ai fait que simuler un tueur en série, aucune raison de prendre ce risque.
‘Mais ça ne veut pas dire que je peux choisir n’importe quoi ou refuser l’échange tout court.’
Que vous échangiez contre de l’or, des ordures, rien, ou que vous brûliez le pavillon, au prochain cycle, de nouveaux appâts apparaîtront et le pavillon reviendra à neuf pour recommencer la boucherie.
Et puis…
‘Je suis presque certain que si je procédais à l’échange, ceux que j’ai ‘tués’ mais laissés cachés mourraient pour de bon, à cause d’un gadget scénaristique.’
Il existait même un rapport qui en témoignait :
#6
Personnel : 8 conscrits, 1 fonctionnaire (Rang 8).
Le fonctionnaire a été désigné tueur en série mais a utilisé un objet spécial à la place du poison fourni lors du troisième meurtre, rendant le conscrit comateux plutôt que mort.
A tenté de conclure la catastrophe sans tuer le conscrit.
Résultat : 1 fonctionnaire survivant (échange refusé).
※ L’entrant comateux a ensuite été retrouvé mort, étouffé dans son vomi après la cérémonie d’échange.
Si l’endroit prenait feu, je pourrais piéger des gens à l’intérieur, les empêchant de fuir.
Je deviendrais un véritable tueur.
‘Même voués à mourir dans cette histoire de fantômes, ça me met mal à l’aise.’
Sauver ce qu’il me reste d’humanité.
Après avoir pesé, je tranchai.
« J’échange une cassette contre le droit d’employer le gardien du pavillon. »
Le gardien resta un instant coi.
« Vous voulez dire… mon contrat ? »
« Oui. »
J’acquiesçai.
Le Bureau de Gestion des Catastrophes Surnaturelles, lui, cherche à éliminer les histoires de fantômes ; la pharma cinglée préfère les préserver.
Pour Daydream Inc., ce sont des ressources ; pour l’État, des catastrophes.
Certains créateurs reflètent ça : les désastres sous tutelle peuvent être résolus.
Par exemple :
Le gardien a déclaré la fin de son contrat après l’échange.
Le site du pavillon est devenu un terrain vague.
Aucune activité surnaturelle par la suite.
Catastrophe résolue.
Le rapport final officiel pour ce phénomène.
Un point final.
‘Alors, autant y mettre fin moi-même avant deux ou trois itérations de plus.’
Comme ceci :
« Il vous reste du temps sur votre contrat avec l’ancien propriétaire. Je souhaite le transférer à mon nom. »
Sans prendre possession du pavillon.
Si j’obtiens les droits d’emploi et que je mets fin au contrat, je reproduis le scénario du rapport final.
« … »
J’attendis.
Enfin…
« En théorie… c’est possible. »
Bien.
« Cependant, je dois vous informer que mon employeur doit satisfaire certaines qualifications. »
« Lesquelles ? »
« Une noblesse innée et existentielle. »
Pour gérer un pavillon meurtrier ? Éthique moyenne, on va dire…
« — Hahaha ! Un petit gardien qui se prend pour un majordome du XVIIIe ! »
« — Pourquoi ne pas reprendre l’auberge et le virer ? »
Braun… c’est précisément ce que j’évite ainsi.
« Attends… il y a peut-être une autre piste. »
« — Vous avez une patience de cerf, Chevreuil ! »
Oui, oui.
Je me frottai le menton.
‘… De la ‘noblesse’, hein.’
J’eus une idée.
Je ne peux pas emporter d’objets… sauf un, minuscule, toujours dans ma poche.
Mon goodie.
Le dernier sorti de la boîte : le Cœur d’Argent.
Un insigne qui amplifie l’influence d’un porteur bienveillant.
‘Il fallait bien le tester.’
D’une main, j’ouvris la petite pince et fixai l’insigne à mon vêtement.
Aucune réaction.
‘Ah.’
Portée limitée.
‘Le gardien n’est sûrement pas humain.’
Le porteur gagne la révérence d’autrui selon l’accumulation d’actes altruistes.
Soit. Ce n’était qu’un test.
Je changeai de tactique.
« Vous insinuez que je manque de noblesse innée et existentielle ? »
« Il est rare de trouver un candidat qui remplisse ces critères ; ne vous en formalisez pas. »
« Ce n’est pas la question. Donc l’échange est difficile parce que je ne remplis pas les conditions ? »
« C’est exact. »
« Peu cohérent. »
Je froncis les sourcils, client mécontent.
« Vous aviez dit : ‘Apportez les cassettes, j’échangerai contre n’importe quoi que je possède.’ C’était ça, non ? Si les conditions changent, c’est confus. »
Je soupirai lourdement.
« Trois jours. Et à la dernière minute, vous parlez de qualifications ? Ce n’était pas l’accord. »
Il hésita.
« Il y a un malentendu. »
« De quel ordre ? »
« Les termes restent. Mais si vous héritez de mes droits d’emploi, il peut être difficile d’en exercer le contrôle effectif. »
Explications :
« Si vous prenez la propriété du pavillon, je continue sous le contrat existant. Hériter des ‘droits d’emploi’ ne les rend valables que là où ils le sont. »
Traduction : « Je garde mes termes, je ne vous obéis pas. »
« Donc un contrat inapplicable ? »
« Exactement. »
Parfait.
« Ça me va. »
« … »
Encore mieux : annulable.
« Donc, si j’en suis conscient, je peux quand même procéder ? Si je veux, en connaissance de cause, rien ne s’y oppose. »
« … Dans ce cas. »
Il joignit les mains.
« Vous avez raison. »
Il céda.
« Déposez les cassettes à échanger. »
Très bien.
Tap, tap, tap.
Six cassettes tombèrent dans ses paumes rugueuses.
Il les glissa dans ses loques, ajusta ses manches, et sortit un objet mince et ancien.
Une feuille.
Du hanji traditionnel, format curieusement occidental, roulée et scellée de cire rouge.
« Voici l’original de mon contrat. »
Au moment où je le saisis—
Le papier s’enflamma.
« … ! »
Orange, étincelles, volutes.
Elles s’enroulèrent à mon poignet.
Là où la mascotte du parc avait laissé un tatouage !
‘Une seconde…’
: Socius :
Le tatouage chauffa, brilla.
Les étincelles s’y cognèrent, puis reculèrent.
Elles se fixèrent plus haut, sur l’avant-bras :
: 恩主 :
« … »
J’ai maintenant deux tatouages.
Ce n’était pas prévu.
Je voulais garder le contrat papier. Là, c’est lié à moi. Niveau port, c’est pratique.
« — ‘Bienfaiteur’ (恩主), hein ? Charmant. »
Braun ne dit rien de sinistre.
Et, d’expérience, les agents ne voient pas ce tatouage — parfait.
S’il pense que le contrat a disparu, tant mieux.
‘De toute façon, je n’ai aucune intention ‘d’appeler’ le gardien.’
Je levai les yeux.
Comme prévu, il s’était évanoui dans la nature.
Ne restait qu’un décor d’horreur, maculé de sang.
Et moi, à côté d’un fonctionnaire.
« Rideau. »
Étrangement, une lumière douce filtra par la fenêtre.
Le soleil.
« Le temps s’est éclairci. »
« … »
Parfait. Tout est en ordre.
Je m’éclipse en douceur, et l’agent suivra son chemin.
Les ligotés du sous-sol ? L’État s’en chargera.
‘L’histoire de fantômes ayant disparu, peu de risques qu’on me flique.’
Gouvernements et boîtes privées s’épargnent les cas sans suite.
‘Classé ‘atypique’, ça ira. Et je n’ai tué personne.’
En restant calme et cohérent, je devrais m’en tirer…
« Vous, là. »
Le fonctionnaire monta l’escalier.
D’un pas décidé, il m’attrapa le bras et demanda, très sérieux :
« Avez-vous déjà envisagé une reconversion ? »
Pardon ?