Traductrice : Moonkissed
Auteur: Baek Deok-soo
Baek Saheon ouvrit les yeux.
Pour être exact, il serait plus juste de dire qu’il n’avait pas dormi du tout.
‘Merde.’
Depuis qu’il était entré dans le « Pavillon de la Montagne de l’Horizon », il était sur le qui-vive, cherchant désespérément un moyen de s’en sortir vivant et entier.
La moitié de ses efforts avait été consacrée à marcher sur des œufs autour de Kim Sol-eum, tentant de rester dans ses bonnes grâces.
‘Ce salaud.’
Il n’en avait pas honte. Il faisait ce qu’il fallait pour survivre.
…Et maintenant, le simple fait d’hésiter à aller frapper à la porte de Kim Sol-eum relevait du même instinct de survie.
‘J’ai besoin d’informations, du moindre détail possible.’
Ce fou savait forcément quelque chose.
Baek Saheon devait lui soutirer ces informations et s’en servir comme d’un atout pour rester en vie.
Mais…
« … »
Kim Sol-eum était-il vraiment fou ?
Plus précisément, pourquoi l’avait-il… sauvé ?
Et Baek Saheon connaissait déjà la vérité. Pendant l’exposition, Kim Sol-eum avait eu d’innombrables occasions de le tuer ou de s’en servir comme appât, pourtant il ne l’avait pas fait.
Certes, il lui avait joué quelques tours, mais au final…
‘Non !’
C’était sûrement pour s’amuser. Me garder en vie, c’était plus de variables à manipuler, plus de divertissement !
Baek Saheon en tira vite sa conclusion. Il n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi dérangé.
‘…Mais il ne mentirait probablement pas sur des informations importantes.’
Avec ce curieux sentiment de confiance, il ouvrit la porte de sa chambre—
Quelque chose se tenait juste devant.
« …!! »
Le pavillon, déjà plongé dans l’obscurité après le coucher du soleil, rendait la silhouette devant lui difficile à distinguer.
Un homme de taille semblable à la sienne.
…Kim Sol-eum.
‘Merde !’
Il sursauta, mais, honnêtement, ressentit aussi un certain soulagement.
Mieux valait lui qu’un inconnu, non ?
Au moins, Kim Sol-eum n’allait pas le tuer.
« Hé… »
Puis, alors que ses yeux s’habituaient à la pénombre, il le vit.
Kim Sol-eum se tenait là, silencieux, une hache à la main.
« … »
Une hache ?
Un instant, Baek Saheon faillit se frotter son œil valide, mais une explication plausible lui vint à l’esprit.
« Par hasard… c’est pour te défendre ? »
Soudain, une autre pensée traversa son esprit.
Les messages que Kim Sol-eum n’avait cessé d’envoyer :
[Fais attention au tueur en série.]
Et si c’était…
Une prédiction ?
« Adieu. »
La hache s’abattit sur sa tête.
Le lendemain matin.
Le couple sortit de sa chambre, écoutant le bruit de la pluie battante. En marchant, ils remarquèrent une mélodie familière se mêlant au son de l’eau.
Hmm, hmm-hmm~ hmmm, hmm-hmm-hmm~
Un fredonnement.
« Ce n’est pas la chanson qui passait quand notre GPS est tombé en panne ? »
« Oh mon dieu, oui ! Peut-être qu’ils la diffusent sur la radio locale ? »
Profitant de l’air frais du matin, ils tinrent précieusement la cassette qu’ils avaient apportée et se dirigèrent vers la cuisine.
Et là—
« AAAAAH !! »
Ils virent quelque chose dans la cheminée.
La cheminée, noircie comme si on y avait bourré des feux d’artifice et des jouets avant d’y mettre le feu, était anormalement remplie.
Des restes calcinés de charbon.
Et, dépassant de ce tas noirci, deux objets tordus en forme de bâtons, qui ressortaient de chaque côté.
Au bout de ces bâtons—
Des baskets.
Toujours attachées aux pieds d’un corps à moitié brûlé.
« AAAAAAHHHHH !! »
« Seigneur ! C’est… un corps !? »
« Mon dieu, mon dieu ! Qu’est-ce que… qu’est-ce qui s’est passé ici !? »
Leurs cris d’horreur résonnèrent dans tout le pavillon, attirant les autres en bas un par un.
Bientôt, un chœur de hurlements s’éleva.
« Qu’est-ce que— AAAAAHH !! »
« Oh mon dieu… !! »
Les étudiants, le chauffeur d’âge mûr, tout le monde céda à la panique.
L’un d’eux s’effondra, livide.
C’était le jeune homme qui s’était présenté comme employé de bureau, celui qui communiquait par écrit à cause d’une angine.
Mais… il n’y avait pas deux employés de bureau ?
« Impossible !! »
Le couple montra d’un doigt tremblant les pieds dans la cheminée.
« L’homme avec toi… C’est lui ? Celui avec le bandeau sur l’œil… ? »
Le jeune homme regarda les baskets brûlées, puis couvrit sa bouche avant d’acquiescer lentement.
« AAAAAAHHHH !! »
Quelqu’un était mort.
Quelqu’un à qui ils avaient parlé la veille !
La panique gagna tout le groupe.
« Appelez les secours ! Vite ! »
« C’est quoi ce bordel !? PUTAIN !! »
« Voilà pourquoi il faut faire attention avec les vieilles cheminées ! Une erreur et… voilà ! »
Mais une petite voix en chacun d’eux murmurait :
Était-ce vraiment un accident ?
Un feu pouvait-il brûler une seule personne sans se propager ?
Et laisser un cadavre aussi atrocement carbonisé ?
Et si… ?
Pris de panique, le groupe se rua sur leurs téléphones.
Mais, quelques secondes plus tard—
Un frisson parcourut leur colonne vertébrale.
« Les téléphones… ne fonctionnent plus. Pas de tonalité ! »
« Où est le gardien ? Quelqu’un est mort, bon sang ! »
Mais le gardien, qui leur avait promis de bien s’occuper d’eux, restait introuvable.
Sous la pluie battante et les montagnes noyées d’eau, le pavillon paraissait isolé du monde, habité seulement par ses occupants… et ce fredonnement sinistre.
« … »
« … »
Hmm, hmm-hmm~ hmmm, hmm-hmm-hmm~
Dehors, la pluie tombait sans relâche. Un glissement de terrain semblait avoir enseveli l’arrêt de bus sous la boue et les débris.
« La route… elle est complètement bloquée. »
« Ma voiture !! »
Et alors, ils commencèrent à comprendre.
Hmm, hmm-hmm~ hmmm, hmm-hmm-hmm~
Quelque chose tournait très, très mal.
« Ce… ce son vient de là-bas. »
« … »
Près du cadavre calciné dans la cheminée, un vieux lecteur de cassettes diffusait le fredonnement.
Hmm, hmm-hmm~ hmmm…
Clic.
L’un des étudiants l’éteignit et sortit la cassette à l’intérieur.
Une cassette ivoire, ancienne.
« … ! »
L’employé de bureau au visage livide sortit son carnet et écrivit d’une main tremblante :
[On dirait la cassette de Baek Saheon…]
« Oh mon dieu. »
Et c’est là que le cauchemar commença.
À midi, bien que le pavillon offrit un repas chaud, personne n’y toucha.
Ils grignotèrent à peine des barres énergétiques et des snacks, cherchant en vain un signal pour leurs téléphones morts.
La pluie tombait sans discontinuer, isolant totalement la bâtisse du reste du monde.
L’atmosphère devenait étouffante, oppressante.
« Je vais devenir fou ! »
Un étudiant triturait nerveusement son téléphone inutilisable dans le salon.
« Putain ! »
« T’es un trouillard, mec, c’est presque drôle. »
Ses amis du club de randonnée ricanaient, lançant des plaisanteries nerveuses au sujet du cadavre dans la cheminée.
Ils prirent quelques photos, se moquèrent, mais aucun n’avait vraiment faim.
Leur assurance venait de leur nombre.
Ils étaient trois.
Personne n’oserait s’en prendre à un groupe, non ?
Mieux vaut s’en prendre aux isolés.
Cette idée les rassurait un peu.
« Hé… »
Alors qu’un étudiant allait parler à son ami—
Une barre chocolatée aux cacahuètes apparut sous son nez.
L’employé de bureau, au visage blême, lui tendait le snack d’une main et son carnet de l’autre :
[Tu en veux ? Je n’ai pas faim.]
« Hein ? Non, merci. »
Un de ses amis éclata de rire :
« Il peut pas manger de cacahuètes, mec. »
[Ah… je suis désolé.]
L’employé se retira silencieusement sur le canapé, l’air abattu.
Il faisait peine à voir, cet homme qui paraissait si froid la veille.
Un lâche. pensa l’étudiant.
Pendant ce temps, ses deux amis sortirent fumer.
L’employé de bureau, fixant la cheminée d’un air sombre, monta ensuite à l’étage.
Silence.
« … »
L’étudiant se retrouva seul.
Un malaise l’envahit.
Dans les films, c’est toujours à ce moment-là que quelqu’un se fait tuer.
Il serra nerveusement le petit couteau pliant dans sa poche. Cela le rassura un peu.
Mais pas longtemps.
« Merde, pourquoi ils traînent autant ? »
N’y tenant plus, il décida de les rejoindre.
Lorsqu’il ouvrit la porte donnant sur la cour arrière, une odeur âcre lui frappa le nez.
Métallique.
De la rouille ? pensa-t-il.
Il avança vers le hangar, suivant l’odeur.
Mais plus il approchait, plus cette odeur de fer et de sang s’intensifiait.
Et là—
« Hé, Park Kyungsoo— »
Une odeur écœurante, poisseuse, l’envahit.
Dans le vieux hangar trônait une broyeuse industrielle.
Et elle fonctionnait encore.
Crrrunch.
Au lieu de cracher de la sciure, la machine vomissait… de la chair.
Des lambeaux de vêtements, du sang, des morceaux d’os.
Un carnage.
« … »
Ses yeux s’écarquillèrent. Son cerveau refusa d’abord de comprendre.
Puis, lentement—
Il comprit.
Il avait retrouvé ses amis.
Réduits en bouillie.
« Uuugh—UWAAAAAHH !! »
Son hurlement se mêla à un autre son.
Hmm, hmm-hmm~ hmmm, hmm-hmm-hmm~
Un lecteur à cassette.
« AAAAAH !! »
Pris de panique, il s’enfuit en courant vers le pavillon.
« Hé, qu’est-ce que— »
« AAAAAHH !! »
Il repoussa violemment la main qui l’avait touché.
« Ne m’approche pas !! »
« Mais qu’est-ce que tu fais, mec ?! »
Les autres le regardèrent, interdits.
Et alors il les vit.
Les cassettes.
Tous en tenaient une.
Voilà !
Le meurtrier voulait les cassettes !
Il fouilla frénétiquement ses poches et en sortit une.
« Tenez ! La voilà ! Prenez-la ! Je m’en fous, d’accord ?! Je m’en fous !! »
Il la jeta au sol et monta en trombe, claquant la porte de sa chambre.
Il la verrouilla et s’effondra, haletant.
« Haaah… haaah… »
Son esprit chavirait.
Je vais pas mourir. Pas moi.
Toc…
Un bruit.
Toc.
Quelqu’un frappait ?
Toc.
Non… trop régulier.
Un battement.
Son cœur ?
Toc…
Le bruit venait de la penderie.
Il se figea.
Lentement, la porte de l’armoire s’ouvrit.
Le lendemain, on le retrouva « saluant » les autres.
Son corps entier gonflé comme une outre.
Mort par choc anaphylactique.
Et ainsi, le club de randonnée disparut.
« AAAAAAH !! »
En une seule journée, deux employés et trois étudiants avaient péri.
La terreur gagna tout le pavillon.
« C’est pour l’héritage ! Quelqu’un veut tous nous éliminer pour s’en emparer ! »
« Mon dieu, c’est le gardien ! Ce type était bizarre dès le début ! »
« Non ! C’est un fantôme ! Nous sommes maudits ! Hahaha !! »
L’homme d’âge mûr, hurlant à propos de fantômes, poussa les autres et s’enfuit dehors.
« AAAAAH !! »
Un grondement retentit.
Ou peut-être était-ce un autre son.
BOOOM !
« … ! »
« Qu’est-ce que c’était ?! »
Ils se ruèrent à la fenêtre.
L’un d’eux, un fonctionnaire, murmura d’une voix éteinte :
« …Un glissement de terrain. »
Juste à temps.
L’homme qui s’était enfui fut emporté par la boue, avalé par la montagne.
Mort par asphyxie certaine.
Rumble… BOOM !
Le tonnerre remplaça le fredonnement extérieur.
Les éclairs illuminèrent la scène lugubre.
« … »
« … »
Il ne restait plus que quatre personnes.
La deuxième nuit.
Après avoir cherché en vain un moyen de contacter le monde extérieur, le couple revint dans sa chambre, haletant.
Ils n’avaient trouvé aucune aide… mais ils avaient trouvé autre chose.
« Haa… haa… haa… »
« Tais-toi, idiote ! Fais pas de bruit ! »
« Ahh ! »
L’homme, qui s’était présenté comme son mari, la repoussa brutalement et monta l’escalier en courant, les yeux fous.
Il croisa alors quelqu’un sortant prudemment de sa chambre : l’employé muet.
Effrayé, celui-ci chercha son carnet, mais l’homme parla le premier, brandissant un cadre doré arraché du salon.
« Regarde ça ! » cria-t-il en pointant le texte à l’intérieur :
Le lapin rôtit dans la cuisine
Le cerf est chassé dans la cour
La colombe s’engraisse dans la chambre
L’agneau est découpé dans le salon
« C’est la manière dont les gens meurent ! »
« … ! »
Rôti dans la cuisine, broyé dans la cour, gonflé dans la chambre…
« C’est le gardien ! Ou le taré derrière tout ça ! Il se moque de nous ! Peut-être qu’il nous filme, même ! Oui, il se joue de nous ! »
Les yeux du jeune homme s’écarquillèrent.
En voyant sa réaction, l’homme hurla encore plus fort :
« Le prochain, c’est le salon ! Quelqu’un va être découpé ici ! Je te le dis, on doit sortir avant que— »
« Hmm. »
Hein ?
Quelqu’un… venait de parler ?
« Tu es plus perspicace que je ne le pensais, Braun. »
« Braun ? »
Ce furent ses dernières paroles.
« Réveillé ? »
Quand l’homme reprit conscience, sa tête le lançait atrocement.
« Mmmph ! Mmmph ! »
Sa bouche était bâillonnée.
Il hurla de toutes ses forces.
« MMMMPHHH !! »
L’odeur moite et moisie de la cave n’était rien comparée à l’horreur posée juste à côté de lui.
Une tête coupée.
« MMMMPH !! »
Le visage livide d’un mort le fixait, posé sur un plateau.
Il se mit à pleurer, à se débattre, à se tordre de panique.
« Hhhhnngh ! Hnnngh ! »
« Peur ? Tiens bon. Moi aussi, je tiens bon. »
Une voix calme répondit.
L’homme leva les yeux.
C’était l’employé de bureau.
Le jeune homme en survêtement noir fronça les sourcils, observa ses gants tachés de sang, puis soupira avant d’enfiler de nouveau la paire.
Et il prit une hache.
« MMMMPHHH !! »
« Pourquoi les gens crient-ils toujours, alors qu’ils savent que ça ne sert à rien ? C’est fatigant, tu sais. »
« MMPH ! MMM ! »
« Ne gaspille pas ton énergie. »
Ce type… était un monstre.
Il essaya de se débattre, de supplier, mais ses liens le retenaient fermement.
Des larmes ruisselèrent sur ses joues.
« Ah, crier aide peut-être à diminuer la douleur émotionnelle ou physique ? Hmm, peut-être… mais ça m’est égal. »
La voix de l’employé demeurait sèche et indifférente tandis qu’il vérifiait le fil de la hache.
La lame brilla en glissant sur ses gants.
« C’est efficace. Mais je n’aime pas ça. »
La hache fendit l’air.
Thud.
Clang…
« … »
« … »
Dans le silence de la cave, Kim Sol-eum abaissa la hache.
Puis, d’un ton un peu plus léger, il dit :
« Presque fini. »
Il restait trois personnes.