Chapitre 311
Si la beauté sous la brume blanche était à couper le souffle, la personne qui se tenait devant lui plongea Han Fei dans le plus profond désarroi.
Cette personne n’était autre que lui-même.
Soudain, Han Fei comprit quelque chose et baissa vivement les yeux. Ce qu’il vit le fit pâlir.
Il ne s’en était pas rendu compte jusque-là. Puisque la couche de sel sous ses pieds était comme un miroir, pourquoi n’y voyait-il pas son reflet ?
À présent, Han Fei baissa les yeux et découvrit qu’il n’y avait qu’une ombre noire sous ses pieds, sans le moindre reflet.
Han Fei releva brusquement la tête, les paupières tressaillantes. « Qui diable es-tu ? Qu’est-ce que tu as fait à mon ombre ? » Mais son double ne répondit pas ; il se contenta de le fixer comme une marionnette.
Han Fei déglutit. C’était vraiment effrayant ! Son reflet, qui aurait dû apparaître dans le miroir, s’était soudain retrouvé en face de lui et était devenu une personne. Plus effrayant encore, il venait d’essayer de lui donner un coup de poing !
Han Fei plissa légèrement les yeux et tenta de se calmer.
Sa première impression fut que la salinité de cette zone posait problème. En toute logique, l’eau aurait dû se mélanger à la saumure au-dessus, mais ce n’était pas le cas.
L’eau, ici, était très pure. Pour être précis, ce n’était pas de l’eau salée, mais de l’eau douce.
Han Fei serra discrètement le Sceau de séparation des eaux et le dissimula dans sa paume. Il avait déjà compris que cet endroit était étrange.
Han Fei lança par transmission vocale : « Tu sais parler ? Tu es mon ombre ; tu ne peux être qu’une ombre pour le restant de tes jours. Comment espères-tu te battre contre moi ? »
Han Fei agita la main et les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue jaillirent aussitôt.
Pourtant, à sa stupeur, l’ombre d’en face n’avait pas la moindre Dague du Dragon errant de la Mer Bleue. Elle fit pourtant apparaître de nulle part des dizaines de couteaux qui leur ressemblaient et les lança sur lui.
« Bon sang… »
Cling ! Cling ! Cling…
Crac ! Crac ! Crac !
La seconde suivante, Han Fei sourit.
Ha ha, c’est ridicule. Mes Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue sont toutes des armes spirituelles de qualité moyenne ! C’est quoi, ces trucs que tu tiens ?!
À cet instant, les faux couteaux invoqués par l’ombre se brisèrent les uns après les autres. Han Fei en attrapa un et haussa les sourcils. *Ils sont en sel ?*
Han Fei n’en revenait pas. Dans ce monde, seule son ombre aurait l’idée de se servir de sel comme arme ! Mais cette ombre était la sienne, ce qui le faisait à la fois rire et enrager.
Les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue continuèrent d’attaquer l’ombre, mais Han Fei n’avait plus aussi peur. Elle n’arrivait même pas à copier ses armes. Elle était forcément moins forte que lui !
Mais l’ombre bougeait, et elle utilisait les cent huit Corps de guerre absorbant l’esprit.
Han Fei resta sans voix. Pas étonnant qu’il n’ait pas réussi à la trancher tout à l’heure. En réalité, il se battait contre lui-même.
Les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue étaient très puissantes et très rapides ; elles étaient en outre imprégnées du pouvoir de la glace.
Mais son adversaire n’était autre que son ombre, qui esquivait toujours ses attaques de justesse. Même quand les dizaines de Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue la visaient toutes en même temps, elle ne subissait aucune blessure.
Han Fei sourit. « Tu peux esquiver dix couteaux, mais qu’en est-il de trente ? »
Il agita de nouveau la main. Vingt autres Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue jaillirent de son corps et foncèrent sur l’ombre.
Cette fois, l’ombre eut bien du mal à résister. Il y avait trente couteaux, et Han Fei avait également activé l’Art des millions de lames et l’Art de manipulation du sabre. Il était convaincu que même lui n’aurait pas pu les arrêter, alors son ombre, encore moins !
En effet, assiégée par les trente couteaux, l’ombre fut presque incapable de faire face à ses attaques.
Pourtant, l’instant d’après, Han Fei écarquilla de nouveau les yeux. L’ombre possédait elle aussi un physique incroyablement robuste, et une couche de cristaux de sel apparut à sa surface.
« Merde… C’est quoi, ça ? »
Cling ! Cling ! Cling…
Han Fei vit de gros morceaux de cristaux de sel voler en éclats. L’ombre profita de l’occasion pour esquiver les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue, qui auraient dû lui transpercer le corps.
Han Fei plissa les yeux. C’était une astuce ingénieuse ! Il pourrait la reprendre à son compte.
Mais, même si l’ombre avait bloqué cette attaque, pourrait-elle aussi parer les suivantes ?
Bientôt, dès que la première dague s’enfonça dans le corps de l’ombre, Han Fei se rua sur elle. Profitant de son bref moment d’immobilité, il l’asséna de son petit sceau.
BAM !
Le magnifique miroir céleste vola en éclats et un grand trou apparut. Le coup pulvérisa la couche de sel de l’ombre, puis toutes les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue la transpercèrent furieusement.
En contemplant l’ombre hérissée de dagues comme un hérisson, Han Fei se sentit quelque peu mal à l’aise. Après tout, c’était son ombre !
Mais il se rappela qu’elle n’était qu’une imposture, ramassa aussitôt le Sceau de séparation des eaux et se rua sur elle pour la frapper de toutes ses forces.
Même Han Fei n’aurait pas résisté aux coups répétés du Sceau de séparation des eaux et aux entailles furieuses des dizaines de Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue, alors son ombre encore moins !
Bientôt, Han Fei réduisit l’ombre en bouillie. Il découvrit finalement que cette chose était dépourvue de sang et de chair : ce n’était qu’une flaque de sel.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Un esprit du sel ? »
Han Fei rangea les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue et le Sceau de séparation des eaux, puis fit craquer son cou. Ha ha, qu’est-ce qui te fait croire que tu peux te battre contre moi, esprit du sel ? Tu as perdu la tête ou quoi ?
Pourtant, trois secondes plus tard, il reçut une Frappe violente. Projeté dans les airs, il roula plusieurs fois sur le sol.
Quand il se releva, il vit une ombre toute neuve apparaître.
Han Fei en resta bouche bée. C’était de la triche ! Pourquoi une autre surgissait-elle dès qu’il en avait éliminé une ?
Cette fois, Han Fei attaqua avec encore plus de férocité. Une tempête de lames balaya les environs tandis que les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue et le Sceau de séparation des eaux s’en prenaient simultanément à la nouvelle ombre.
Mais en un clin d’œil, l’ombre tenait elle aussi un Sceau de séparation des eaux.
« Putain… Sale imitatrice ! Comment tes armes bidon, taillées dans des tas de sel, pourraient-elles rivaliser avec mes armes spirituelles de haute qualité ? »
Han Fei cria. Les deux grands sceaux s’entrechoquèrent et le faux vola en éclats.
Pourtant, Han Fei constata que l’ombre était devenue plus forte, cette fois. Si la précédente n’avait eu que moins de la moitié de sa force, celle-ci en avait déjà presque soixante pour cent.
Au bout d’une demi-heure, Han Fei trancha l’ombre en deux et finit par la tuer.
Han Fei n’y comprenait rien. *Suis-je donc si fort ? Il m’a fallu autant de temps pour vaincre ma propre ombre ?*
Pourtant, l’instant suivant, il sentit quelque chose l’attaquer par-derrière.
« Putain… »
Han Fei sentit son sang se glacer. *Pas encore !*
Han Fei bondit et esquiva. En se retournant, il découvrit qu’une nouvelle ombre venait d’apparaître.
Han Fei se sentit impuissant. Bon sang ! Ces ombres étaient-elles inépuisables ? Une personne ordinaire aurait épuisé son énergie spirituelle après en avoir affronté deux. Même lui en avait déjà consommé les deux tiers, sans compter les réserves de son Pot de Purification Démoniaque. Et voilà qu’une autre venait de surgir… Combien de temps pourrait-il tenir sans ses réserves ? Cette fois, Han Fei tenta prudemment de se battre sans utiliser d’armes.
Mais l’ombre ne l’imita pas. Elle contrôla les faux couteaux et les faux sceaux pour l’attaquer.
Han Fei jura et prit la fuite. Merde, ces ombres sont inépuisables. Pas question de perdre mon temps ici… Il ne se dirigea pas vers la sortie au-dessus de la brume, mais vers les plantes. Celles qui poussaient dans un endroit pareil devaient être particulières. Il allait d’abord emporter toutes les plantes spirituelles des environs.
L’ombre n’était pas aussi rapide que Han Fei. Dès qu’il prit ses distances, elle ne put plus le rattraper. *Si tu tiens vraiment à te battre, on le fera après que j’aurai récupéré tous les trésors d’ici.*
Un peu plus tard, Han Fei ramassa un petit arbre fruitier vert auquel pendait un fruit spirituel. Sans hésiter, il l’arracha et le jeta dans Forger l’Univers.
Bientôt, il découvrit un autre plant de vignes à melons bleus, chargé de fruits longs comme son bras. Il les arracha et les emporta à leur tour.
Puis il aperçut une mauvaise herbe rouge, qu’il arracha et emporta elle aussi.
Après une trentaine de minutes de course, Han Fei découvrit soudain qu’il avait atteint le bord du miroir céleste.
« Oh ! Je croyais que tu étais sans limites… En fait, tu as aussi une frontière ! »
À cet instant, Han Fei regarda derrière lui et vit que l’ombre se trouvait toujours à plusieurs kilomètres. Il ne put s’empêcher de lui faire signe du doigt. « Hé, viens par ici ! »