Chapitre 310
Un jour plus tard.
Guidés par Han Fei, ils arrivèrent au Marais salé de la Brume blanche.
Sous l’eau.
À environ cinq cents mètres de profondeur, Han Fei aperçut le marais salé.
Il comprit alors pourquoi on appelait cet endroit le Marais salé de la Brume blanche. Dans cette vaste étendue, le sel s’était condensé et formait une sorte de brouillard.
Les créatures étaient rares ici. À l’extérieur du marais, s’étendaient de nombreux récifs de corail blanc, qui semblaient morts depuis longtemps. Parmi eux, on voyait partout les restes de créatures : Lames anti-Ciel, pieuvres mortes, crabes morts, crevettes mortes, escargots morts… Leurs dépouilles jonchaient le sol.
Au bord du récif de corail, quelques serpents de mer bleus plongeaient de temps à autre dans le Marais salé de la Brume blanche.
Ce qui étonna Han Fei, c’était qu’une fois dans le marais, les serpents de mer bleus devenaient fous et se tortillaient comme s’ils étaient en plein délire après avoir pris une drogue.
Au bout d’un long moment, ils ressortaient du marais en crachant de temps à autre des bouffées de brume blanche.
Yang Ruoyun expliqua : « Cette brume blanche semble avoir un effet hallucinogène qui rend les serpents de mer surexcités. Mais s’ils y restent trop longtemps, ils mourront. La salinité y est extrêmement élevée, après tout. »
Han Fei se tourna vers les autres. « Vous descendez ? »
Yang Ruoyun secoua la tête. « Non, pas moi. »
Wang Ye et les autres secouèrent également la tête. Même avec Han Fei à leurs côtés, ils ne descendraient pas. Ce n’était pas qu’ils manquaient d’énergie spirituelle : ils craignaient les effets hallucinogènes de la brume.
Han Fei renifla. « Très bien, j’irai seul. Si vous pensez que je ne pourrai pas ressortir, vous pouvez partir. Mais priez pour que je ne vous rattrape pas… »
« … une nouvelle fois. »
Han Fei brûlait d’envie d’essayer. À ses yeux, ce n’était pas un royaume secret, mais il devait forcément s’y trouver un trésor.
Voilà pourquoi, à ses yeux, Wang Ye et les autres valaient bien moins que le Marais salé de la Brume blanche. Il voulait cependant profiter de l’occasion pour les mettre à l’épreuve. De toute façon, ils seraient ses hommes de main pendant quelque temps.
L’eau autour de Han Fei se mit à tourbillonner, et une sphère d’eau invisible l’enveloppa aussitôt.
Yang Ruoyun et les autres reculèrent en hâte : ils sentaient la sphère comprimer violemment l’espace autour d’eux. Si elle explosait, ils seraient grièvement blessés.
Han Fei utilisa la Technique de contrôle de l’eau pour empêcher l’eau salée à forte concentration alentour de l’atteindre.
Han Fei plongea dans le Marais salé de la Brume blanche et sortit en même temps un long sabre. En cas de danger, cette arme pourrait lui sauver la vie.
Dès qu’il fut entré, ceux qui restaient à l’extérieur se mirent à discuter.
Chen Yuan marmonna : « Wang Ye, je ne crois pas que ce type soit digne de confiance. Il est si jeune et si rusé. Il doit être un Talent céleste d’une ville quelconque. Nous, on ne fait que piloter un bateau fantôme. Tu crois vraiment qu’on peut le suivre ? »
Wang Ye fronça les sourcils. « Qu’on puisse le suivre ou non, au moins une chose est vraie : il vient d’arriver ici et ne connaît pas grand-chose à la pêcherie de troisième niveau. Mieux vaut l’observer encore quelques jours. S’il n’est pas digne de confiance, on pourra le semer une fois à bord d’un bateau-dragon. » Zhao Haitao fronça les sourcils à son tour. « Il lui serait facile de nous tuer. N’oublie pas : nous étions quatre à l’avoir piégé, et pourtant il nous a vaincus sans difficulté. Pour l’instant, il n’a aucune raison de nous tuer… »
Pendant sa descente, Han Fei tenta de sonder les environs. Hélas, il ne perçut rien d’autre qu’une brume blanche sans fin.
De fins filaments blancs flottaient dans la brume. Ils semblaient vouloir se glisser dans la sphère d’eau qui l’entourait, pareils à de petits vers blancs.
S’il s’était agi de véritables vers, Han Fei en aurait eu la nausée. Heureusement, ce n’était que de la fumée ayant une forme semblable à des vers.
Han Fei contrôla l’eau de mer dans la sphère pour repousser les filaments. Mais à peine les avait-il chassés un peu qu’ils s’infiltrèrent de nouveau, lentement.
Han Fei resta sans voix. Pas étonnant qu’on lui ait dit qu’il manquerait d’énergie spirituelle ici : cet endroit en consommait énormément. Il devait maintenir la sphère d’eau avec son énergie spirituelle afin d’empêcher la brume blanche de s’y infiltrer.
Après avoir plongé sur environ cinq cents mètres, Han Fei sentit la pression alentour augmenter. La sphère, jusque-là ronde, s’était comprimée en un ovale.
Soudain…
Han Fei crut apercevoir une forme blanche inconnue passer dans la brume. Mais au moment où il voulut la poursuivre, elle avait déjà disparu.
« Humpf ! Tu essaies de me faire peur ? »
Han Fei resta calme. Si elle réapparaissait, il l’attraperait.
Il continua de descendre, mais, trois cents mètres plus bas, il atteignit le fond. Sous ses pieds s’étendait un sol blanc et dur.
Han Fei lança une Dague du Dragon errant de la Mer Bleue et frappa le sol à plusieurs reprises. Il découvrit qu’il n’y avait sous ses pieds que du sel solidifié. Malheureusement, l’eau était si trouble qu’il ne distinguait vaguement que le fond tout proche ; impossible de savoir si des monstres se cachaient sous cette couche de sel.
Il remonta aussitôt d’une trentaine de mètres, histoire de ne pas se faire entraîner dans un trou par un monstre, comme à son arrivée dans la pêcherie de troisième niveau.
Puisqu’il ne pouvait pas descendre davantage, il ne lui restait qu’à explorer les environs.
Han Fei fit sortir Petit Noir et Petite Blanche et les laissa dans la sphère d’eau plutôt que dans le Marais salé de la Brume blanche. Après tout, survivre ici ne dépendait pas de leur force, mais de la salinité de leur corps.
« Petite Blanche, peux-tu sentir où l’énergie spirituelle est la plus abondante ? »
Petite Blanche ondula et nagea d’abord vers la gauche, puis vers la droite. Après une longue hésitation, elle regarda à droite de Han Fei, l’air incertain.
Han Fei sourit aussitôt. « Brave fille, je vais te trouver des trésors… »
Il rappela Petit Noir et Petite Blanche, puis fila droit vers la droite. Si Petite Blanche hésitait sur la direction, c’est que l’endroit devait au moins avoir quelque chose de particulier. Han Fei faisait entièrement confiance à l’instinct de sa petite chérie.
Han Fei nagea rapidement. Soudain, à une centaine de mètres, la forme blanche réapparut. Il lui lança aussitôt une dague. La Dague du Dragon errant de la Mer Bleue, à laquelle une âme était attachée, filait si vite qu’elle fendit la brume alentour.
Pourtant, avant même que la dague ne l’atteigne, la forme blanche disparut de nouveau, comme si elle n’avait
jamais existé.
Han Fei plissa légèrement les yeux. Il avait senti une menace.
Mais une idée lui vint alors. Comment Yang Ruoyun était-elle arrivée ici ? Puisqu’elle ne pouvait pas vaincre Wang Ye et les autres, elle ne devait pas être beaucoup plus forte qu’eux. Pourtant, aucun des quatre n’avait senti de menace dans la brume blanche. Pourquoi, elle, l’avait-elle ressentie ?
Même Han Fei n’avait perçu quelque chose dans la brume blanche qu’en approchant du fond du marais. Sans sa perception spirituelle, qui portait jusqu’à deux cent cinquante mètres, il n’aurait rien remarqué.
« Bon sang, il y a forcément quelque chose qui cloche chez Yang Ruoyun. »
Han Fei fronça les sourcils. Cette femme cachait certainement quelque chose, et elle avait failli le duper. Si elle n’était pas partie pendant qu’il était sorti, il lui aurait fait payer ça.
À cet instant, Han Fei sentit le danger. Il avait l’impression d’être pris pour cible.
Hiu…
Han Fei se déporta brusquement, et la Dague du Dragon errant de la Mer Bleue qu’il tenait fendit la brume blanche comme l’éclair. Malheureusement, il avait encore un temps de retard. Il vit la brume trembler ; quelque chose venait de passer devant lui.
D’après sa perception spirituelle, il s’agissait d’une créature humanoïde qui semblait experte dans le maniement des lames.
Han Fei jeta un coup d’œil à la sphère d’eau déchirée. Lorsqu’une lame l’avait entaillée, une grande quantité de brume blanche s’y était engouffrée.
Han Fei libéra de l’énergie spirituelle pour expulser la brume de la sphère. Mais à peine eut-il commencé que la silhouette revint à l’attaque.
« Humpf ! Je t’attendais ! Montre ton vrai visage ! »
Fssh… Fssh… Fssh…
Des dizaines de Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue jaillirent d’un coup. Han Fei était convaincu que, dans cet endroit noyé de brume, aussi rapide fût cette silhouette, elle ne pourrait éviter autant de dagues…
Mais une scène inattendue se produisit. Dans sa perception spirituelle, la silhouette se déplaça de gauche à droite dans la brume blanche. Aussitôt, une gigantesque vague d’énergie spirituelle la traversa. BAM !
Han Fei eut l’impression de percuter une Tortue porte-rocher. Le bouclier de la sphère d’eau vola en éclats, et le choc l’envoya valser à plusieurs centaines de mètres.
BOUM…
Dans un fracas assourdissant, Han Fei eut l’impression de traverser quelque chose, et le paysage devant lui changea brusquement. Le marais salé embrumé devint soudain d’une limpidité extraordinaire.
Oui, d’une pureté absolue. Rien ne faisait obstacle au regard. Sous ses pieds s’étendait une couche de sel dure et lisse comme un miroir.
« Waouh… »
Était-ce vraiment un marais salé ?
Han Fei en resta un peu ébahi. C’était magnifique ! Un lieu d’une beauté à couper le souffle.
Oui, la déflagration l’avait éjecté de la brume et projeté dans ce lieu merveilleux.
Les environs rappelaient à Han Fei le miroir du ciel du salar d’Uyuni. Le marais salé, semblable à un miroir, s’étendait à perte de vue. La brume blanche au-dessus de sa tête prenait une teinte bleu-vert, reflétant les plantes qui poussaient sur le marais un peu plus loin ; on aurait dit un ciel azur.
La beauté du lieu défiait toute description. L’eau et le ciel se confondaient, offrant un spectacle éthéré, onirique et apaisant…
La première idée qui vint à Han Fei fut de se demander s’il existait un moyen de prendre une photo de cet endroit, pour pouvoir ensuite frimer devant Xia Xiaochan et les autres.
Tandis que Han Fei s’émerveillait encore devant cette beauté, une silhouette émergea de la brume blanche.
En voyant cette personne, Han Fei resta stupéfait, les yeux presque exorbités. « Mais qu’est-ce que… »
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