Chapitre 829
[Après le match contre le Japon]
La scène montrait des lumières d’un blanc éclatant, un sol impeccable, des cloisons vitrées soigneusement alignées, des chemises d’un blanc immaculé et des cravates aux couleurs choisies avec soin. Chaque employé portait autour du cou un badge au design sophistiqué, ce qui donnait à l’endroit une atmosphère de bureau particulièrement conservatrice.
« Euh… on a vraiment le droit de filmer ici ? »
Même l’équipe de Fausse équipe nationale, d’ordinaire imperturbable pendant les tournages, éprouva le besoin de vérifier.
« Euh… oui, apparemment. C’est quand même un peu surprenant. »
L’homme à l’écran hocha la tête. Une bande blanche apparut à côté de lui, indiquant son identité.
[SeoulHomeKimManager (SeoulKim)]
C’était le même employé de bureau et participant de Fausse équipe nationale qui avait déjà fait une apparition en tant que membre de l’équipe d’inspection.
— Attendez, c’est l’entreprise de SeoulKim ?
— SeoulKim, salut !
— C’est un sacré bureau !
La caméra le suivit à travers les locaux. Les employés qui le connaissaient le saluaient en souriant ou s’écartaient discrètement de son chemin. Une gêne flottait dans l’air. Peut-être sensible à la tension, SeoulKim s’efforça de mettre en valeur certains aspects de l’entreprise.
« Ici, on a un excellent équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. C’est pour ça que je peux autant jouer, vous voyez ? Une entreprise qui prend soin de ses employés ! Les gens d’abord ! Hahaha ! »
La caméra s’attarda dans un coin, comme si elle venait de repérer quelque chose. Sous l’un des bureaux se trouvaient un matelas de camping autogonflant et une couverture.
« Euh… il y a une couverture sous ce bureau », chuchota quelqu’un de l’équipe de tournage.
« Chut. Peut-être qu’ils laissent aussi les employés dormir ici. »
La plupart des employés filmés avaient de gros cernes.
— Mdr
— Hahaha, c’est quoi, cet endroit ?
— C’est une boîte All Black ?
— Mais comment SeoulKim fait pour jouer ?
— Ah, donc ici, c’est la règle de mettre de l’eye-liner, mdr
— SeoulKim a un talent caché, c’est sûr
« Oh… nous y voilà. C’est le bureau de M. Heo, le cadre qui a gentiment autorisé le tournage d’aujourd’hui. »
À peine la porte ouverte, un grand homme au visage jovial apparut, les bras grands ouverts pour les accueillir. Il avait l’air plutôt jeune pour un cadre. Contrairement aux autres employés, il portait un sweat à capuche.
[Cadre de WePlug, Heo Won-Mu]
Après tout, c’était une entreprise de jeux vidéo. SeoulKim, lui, faisait simplement partie de l’équipe marketing.
« Ah ! Bienvenue ! Notre fière équipe nationale ! »
— On tourne un drama historique, c’est ça ? Mdr
— Oh ? Heo Won-Mu ?
— Mdr, c’est WePlug ?
— Regardez-le en sweat à capuche alors que tout le monde est en tenue de bureau, mdr
— C’est quoi, cette voix ? Mdr
« … »
SeoulKim semblait ne plus savoir quoi dire.
« Notre adjoint Kim Jin-Sung est l’une de nos plus brillantes étoiles. »
M. Heo leva le pouce ; un sous-titre apparut à l’écran.
[Le cadre Heo raconte qu’il a découvert Kim Jin-Sung grâce à Fausse équipe nationale.]
— Mdr
— Ahahaha
— Le patch de baseball JetPumped arrive
— C’est bien lui qui était responsable du fameux patch de baseball JetPumped, non ?
— Waouh, c’est mesquin, mdr
Pas satisfait de son ton théâtral, M. Heo passa un bras autour des épaules de SeoulKim et se pencha vers la caméra.
« On est très proches de nos employés ! Hier encore, on a mangé une soupe au porc ensemble et on est allés au sauna ! Pas vrai ?! »
Un autre sous-titre apparut.
[Ils ne sont pas vraiment allés au sauna ensemble. Ils ont seulement partagé un repas à la cantine pendant la réunion préparatoire au tournage.]
— Mdr
— WePlug, hein ?
— Alors c’est ça, une entreprise dirigée par la génération MZ, mdr
— Le pouvoir de la génération MZ
— C’est vraiment ça, leur idée de la promotion d’entreprise ? Mdr
M. Heo afficha un large sourire, dents bien visibles, sans se douter de ce que racontaient les sous-titres.
« Hé hé ! »
Dans un grésillement, l’image changea : M. Heo signait un document d’un geste décidé. D’un mouvement sec, il en détacha une feuille et la tendit à SeoulKim. C’était une autorisation de congé payé d’une semaine.
« Merci… Je ne pensais pas que ce serait payé. »
Heo leva de nouveau le pouce et s’écria avec enthousiasme : « Vous avez intérêt à gagner !!! »
« ! »
Surpris, SeoulKim fit un pas en arrière.
— Mdr
— Elle est hilarante, cette entreprise, ou quoi ?
— C’est un drama historique ? Mdr
— Ahaha
— Mdr
— Il nous fait faire des heures sup, mais trouve quand même le temps de plaisanter… Il a un air de commercial mal à l’aise et se rebelle en même temps. Heo. Won. Mu.
« Donnez tout ce que vous avez ! Compris ?! »
« Euh… oui, monsieur ! »
— Mdr
— On dirait qu’on part en guerre pour sauver l’humanité
— Mdr
— Oui, c’est le niveau de motivation qu’il nous faut pour le match contre la Chine.
Heo continua de vanter son entreprise pendant un moment, mais un grand sous-titre apparut bientôt et le son s’estompa.
[SeoulKim — Une semaine de congé accordée !]
Obtenir cette semaine de congé était vraiment le plus important. La caméra passa à la sortie : SeoulKim venait de terminer ses dernières heures sup, avait passé son sac à dos sur l’épaule et s’éloignait, soulagé.
[Vous espériez obtenir une semaine de congé ?]
« Ah, je ne pensais pas que ce serait possible. Je n’aurais jamais imaginé une chose pareille. Avant, je devais toujours m’inquiéter de demander des jours de congé… Ce n’est pas que l’entreprise nous mette la pression, mais, euh… »
Une mélodie triste accompagna SeoulKim tandis qu’il continuait à bafouiller. La musique couvrit rapidement sa voix.
— Mdr
— « Je préférerais me faire mordre par des zombies plutôt que d’aller au travail. »
— Une boîte All Black ?
— Oh là là, mdr
— Conseil de pro : saviez-vous qu’une apocalypse zombie pourrait être préférable au métro-boulot-dodo ?
Une autre question apparut quand la musique et ses explications embarrassées prirent fin.
[L’opinion publique a-t-elle beaucoup changé depuis le match contre le Japon ?]
SeoulKim hocha vivement la tête.
« Oui, complètement. »
L’écran grésilla et passa à des images d’autres joueurs, qui répondirent tous plus ou moins la même chose.
« Oui, les choses ont changé. Maintenant, tout le monde nous reconnaît. »
Porter, qui travaillait dans une entreprise de logistique, Malatang, qui était à son compte, et d’innombrables autres travailleurs ordinaires avaient tous ressenti un net changement dans la façon dont on les traitait depuis le match contre le Japon. Leur notoriété nationale avait considérablement augmenté.
« Mon patron m’a dit qu’il me soutenait et qu’il était fier de moi… En l’entendant, j’en ai eu la gorge serrée sans m’en rendre compte. »
« J’avais l’impression que les gens me voyaient pour la première fois… »
« Je suis rentré chez moi et j’ai pleuré. Haha… Ma mère m’a dit qu’elle était fière de moi. »
Plusieurs voix se chevauchaient, tandis que cinq visages apparaissaient à l’écran : Malatang, propriétaire d’un restaurant de fondue épicée, son assistant Moggie, Porter, de l’entreprise de logistique, SeoulKim, du service marketing d’une société de jeux vidéo, et Protein, qui travaillait dans une salle de sport.
L’écran se divisa en cinq parties, chacune montrant en gros plan l’un d’eux pendant sa réponse.
[Le soutien du public vous a-t-il aidés pour le match contre la Chine ?]
À l’évocation du match contre la Chine, leurs yeux s’illuminèrent et l’émotion les gagna. Ils allaient répondre quand un nuage de poussière envahit soudain l’écran.
Malatang, au centre, cria : « À l’attaaaaaaque ! »
Son visage était maintenant couvert de terre et de sang, sur le champ de bataille.
[Joseon contre la Chine]
[Match 2]
Clop, clop !
Cinq chevaux s’élancèrent, laissant derrière eux une ligne d’alliés tandis qu’ils fonçaient en avant. La Formation des Huit Portes s’était effondrée, les Chinois défendaient désespérément les portes du palais et les forces de Joseon avaient atteint celui-ci.
Pour les arrêter, la cavalerie d’élite de Guan Yu les poursuivit, montée sur des chevaux plus rapides et armée de lames plus acérées. Joseon en était à sa troisième ère, tandis que la Chine était sous la dynastie Ming. En réaction, tous les cavaliers de Joseon sauf cinq firent demi-tour pour intercepter ceux de Guan Yu.
« On va les retenir ! Continuez ! »
Les deux commandants en second, Bread et Coffee, menèrent la cavalerie à la rencontre des troupes de Guan Yu.
La poussière tourbillonnait tandis que les chevaux s’entremêlaient et s’affrontaient. Dans le chaos, cinq montures filèrent vers le palais. Malatang arriva le premier.
« Hiii ! »
Son cheval s’arrêta brusquement et se cabra. Malatang sauta aussitôt à terre, car les chevaux ne pouvaient pas entrer dans le palais. Les quatre autres le suivirent rapidement. Il se retourna et vit Coffee et Bread aux prises avec Guan Yu.
« … ! »
Incroyablement, Guan Yu parvenait à les repousser tous les deux à lui seul. À pied, ils auraient été de force égale, mais en combat monté, Guan Yu était imbattable. Leur niveau était clairement différent. S’ils ne réglaient pas ça rapidement, le cours de la bataille risquait vraiment de s’inverser.
Boum !
Les pieds de Malatang, couverts de terre, frappèrent le sol silencieux du palais. Il laissa derrière lui de profondes empreintes en s’élançant. Comme tous les bâtiments du jeu, l’intérieur était simple. Même le grand palais de la dynastie Ming avait été conçu ainsi pour éviter d’allonger inutilement les parties. Ils n’avaient qu’à suivre le chemin. C’était leur seul objectif.
Frouch.
Soudain, des portes s’ouvrirent de chaque côté du couloir et des ennemis apparurent.
« ! »
« A-Arrêtez-les ! »
Tranch !
Moggie, à la droite de Malatang, reçut un coup violent et s’effondra. Les autres s’arrêtèrent net pour limiter les dégâts, mais cette embuscade inattendue les avait sidérés.
[Huang]
Huang, le troisième en commandement après Guan Yu et Zhang Fei, leur barra la route. Tout comme Honda avait intercepté Almond, il représentait la dernière carte de la Chine à l’intérieur du palais. Vu la situation des Chinois, avoir déployé autant de soldats ici frisait la folie.
« Autant de soldats ici ? »
Pas moins de huit soldats avaient été postés dans le palais. Et Huang, celui qui barrait la route à Malatang, n’était pas un soldat ordinaire.
« Un commandant en second ! »
L’insigne qu’il portait le désignait comme tel. Avec le successeur de Zhang Fei posté dans le palais, ils considéraient clairement cette bataille comme leur dernier recours.
« Q-Qu’est-ce qu’on fait, Boss ?! » lança SeoulKim derrière lui.
« Sérieusement ? Ils sont huit ?! »
Protein, un épéiste de Joseon à la carrure imposante, avait l’air accablé. Les épéistes de Joseon se regroupèrent en cercle, le visage tendu. En temps normal, ils auraient attendu les renforts. Mais Malatang n’arrivait pas à chasser Guan Yu de son esprit. Les renforts mettraient probablement plus de temps que prévu.
« Mais ils sont huit… »
Sept soldats de la dynastie Ming portaient une armure de quatrième ère, auxquels s’ajoutait un commandant en second. De leur côté, ils n’avaient que cinq épéistes de Joseon équipés d’une armure de troisième ère.
Crac.
Malatang serra les dents et observa les alentours. L’ennemi ne se pressait pas d’attaquer. C’était logique, puisqu’il lui suffisait de défendre sa position.
Un extrait d’interview fut alors diffusé.
[Le soutien du public vous a-t-il aidés pour le match contre la Chine ?]
Tous les cinq peinaient à contenir leur émotion et baissèrent la tête pour retrouver leur calme.
— Ils ont dû en baver avant
— Ne pleurez pas…
— Oh non…
Une fois calmés, ils donnèrent tous la même réponse.
« Oui… On voulait vraiment… sincèrement, désespérément… gagner. »
Malatang empoigna son épée, tremblant d’émotion. Sa voix, calme mais vibrante, résonna dans le jeu.
« Tout le monde… on fonce. »
« Sans attendre les renforts ?! »
« Si on traîne, qui sait comment cette partie va tourner. »
Ils n’avaient pas le temps d’en discuter. Les défenses chinoises étaient bien plus puissantes qu’ils ne l’avaient imaginé, et chaque soldat était un combattant d’élite. Ils devaient en finir tout de suite.
Boum !
Malatang chargea les dix ennemis devant eux. Les quatre autres dégainèrent leurs épées et le suivirent.
« Très bien, merde ! On y vaaaaa ! »
« Enfoncez leurs lignes ! »
— Épique
— Waouh
— C’est intense
— Purée…
— Un vrai combat de costauds !