Chapitre 826
Joseon avait pénétré dans presque tout le territoire chinois. Au lieu de percer les lignes d’un seul coup, les troupes s’étaient emparées du terrain petit à petit. Cette stratégie avait d’abord été une erreur, mais elle était désormais devenue un avantage décisif.
« Ils n’en sont peut-être qu’à la troisième ère, mais Joseon a plus de troupes ! On dirait qu’ils ont déjà conquis 80 % de la partie, puisqu’ils dépensent sans arrêt des ressources pour réanimer leurs soldats ! Il leur suffit de continuer à mettre la pression ! »
« Exactement ! Ils reçoivent des renforts de leur base et ont même installé des baraquements avancés ! Il ne leur reste plus qu’à enfoncer le dernier clou, mais la résistance est plus rude que prévu ! »
« Mais si un joueur expérimenté décide de tenir bon dans un jeu comme Civil Empire, il peut durer vraiment longtemps ! »
« C’est vrai ! Les bâtiments sont très résistants ! »
La situation rappelait les guerres réelles. Il était bien plus facile de forcer l’ennemi à se rendre que d’anéantir une armée qui défendait farouchement son territoire. Seule l’armée mongole, à son apogée, pouvait parvenir à une destruction totale.
« Dans les jeux de raid, on peut être à deux doigts de gagner et se faire balayer par une attaque désespérée ! Cookie n’est pas loin du but. S’il continue à avancer prudemment, la victoire est à lui ! »
« La Chine ne se rendra pas, surtout pas ici ! Elle ne capitule jamais, et cette deuxième manche est trop importante. Elle tiendra jusqu’au bout ! »
« Oui ! Il faut leur couper complètement le souffle ! Pas question de relâcher la pression ! »
L’écran passa alors aux unités montées qui s’affrontaient, laissant l’infanterie de côté.
« Et pendant qu’on en parle, l’infanterie n’est plus seule ! Les archers montés sont là, maintenant ! Ah, quelle intensité ! »
« On dirait presque un combat d’honneur entre les deux camps ! »
« Ils ne sont pas aussi redoutables que les Mongols, mais la dynastie Yuan est réputée pour ses archers à cheval ! Elle ne peut pas se permettre de perdre ici ! »
« Ils chargent et tirent dans tous les sens ! »
Boum !
Joseon essuya de lourdes pertes lors du premier affrontement. De nombreuses flèches explosives de la dynastie Yuan firent mouche.
« Aaah… ! »
« Est-ce qu’ils vont tenir ? »
« Il y a un écart de puissance ! C’est une bataille entre la troisième et la cinquième ère, après tout ! »
— C’est quoi, ces flèches ?
— Des mines sur les flèches, c’est vraiment abusé lol
— Ouah…
— Ils peuvent même pas leur échapper
— Sérieux ?
— Pourquoi leurs archers vautours utilisent des mines ?
« Les archers montés de Joseon sont maintenant à égalité avec ceux de la Chine ! Ils reçoivent des renforts de leur base, mais pour l’instant, les deux camps sont à égalité ! »
« Oui ! Avec les renforts, ils peuvent reprendre le combat… Attendez, quoi ? »
« Mais ils chargent à nouveau ! Joseon prend les devants ! »
L’écart de puissance de feu était flagrant : Joseon, à la troisième ère, affrontait la dynastie Ming. Pourtant, ses soldats ne reculèrent pas. Ils chargèrent de plus belle, comme s’ils n’avaient pas besoin de renforts.
« Ça peut vraiment marcher ? »
Une masse d’archers montés fit demi-tour et repartit à la charge.
Patatras, patatras !
Leurs yeux brûlaient de détermination. On aurait dit une meute de loups qui s’élançait encore et encore contre un prédateur bien plus imposant.
« Almond mène la charge ! On dirait qu’il est possédé ! »
Grincement…
Les archers de Joseon bandèrent leurs arcs.
« Almond leur dit : “Venez donc nous affronter à l’arc” ? »
Les commentateurs s’exclamèrent, emballés.
Frouch !
« Vous avez oublié comment je suis ?! »
Les flèches fusèrent, mais Joseon ne fut pas le seul à tirer.
« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »
« Ils sont en train de gagner ? »
« C’est possible, ça ? »
La Chine tira elle aussi. Aux yeux des spectateurs, les tirs semblaient presque simultanés, mais la ligne de front chinoise s’effondra.
Patatras !
Les chevaux s’écroulèrent par dizaines, faisant trembler le sol.
« Ouahhhh ! »
Le public se leva d’un bond et acclama les combattants.
« Ils ont gagné ! Joseon remporte cette manche grâce à une frappe préventive parfaite ! Mais la bataille n’est pas terminée ! »
Joseon ne prit l’avantage que lors de ce premier échange. Ensuite, l’affrontement tourna à la mêlée générale. Un camp tirait, les soldats de l’autre s’écroulaient, et vice versa.
Boum ! Pan ! Paf !
Parfois, les flèches explosives abattaient deux archers montés de Joseon ou plus. Des chevaux ensanglantés gisaient au sol, tandis que certains s’enfuyaient au galop sans cavalier.
— C’est dingue…
— C’est vraiment la guerre ?
— C’est intense
« Ils sont complètement dispersés ! C’est la pagaille ! »
« On ne sait même plus qui est qui ! »
« C’est le chaos total ! Une vraie mêlée générale ! »
« Les renforts sont arrivés ! Maintenant, les forces de Joseon sont presque… »
À ce stade, les soldats étaient tellement entremêlés qu’il était difficile de savoir qui tirait sur qui. Mais une chose était claire :
« Seuls les marqueurs rouges continuent de rétrécir ! »
À un moment donné, ce fut évident : les forces de Joseon dépassaient de loin celles de la Chine. Non pas parce qu’elles étaient plus nombreuses au départ, mais parce qu’elles avaient perdu moins d’hommes et que les soldats chinois tombaient plus vite.
Fiiit ! Frouch !
Dans cette tempête de flèches, les soldats encore debout portaient du bleu.
« Joseon ! Joseon a l’avantage du nombre ! Ils dominent largement ! »
« Joseon a parfaitement anticipé les flèches explosives et a dispersé sa formation à la perfection ! C’est là qu’on voit leur talent en combat singulier ! »
« Le talent des soldats de Joseon ! Je n’aurais jamais cru dire ça, mais ils écrasent la Chine !!! »
De leur visée à cheval à leur concentration intense et leur souffle régulier, les soldats de Joseon étaient supérieurs en tout point. Le public avait du mal à croire ce qu’il voyait.
« Ils sont aussi forts que ça ? »
« Qu’est-ce… qu’est-ce qui se passe ? »
La Chine comptait parmi les meilleures équipes du monde. Rivaliser avec elle était déjà impressionnant, mais les joueurs de Joseon affichaient individuellement un niveau supérieur au sien.
« En un contre un, tout dépend du talent individuel, comme au basket en un contre un ! L’équipe qui a les meilleurs joueurs part avec l’avantage ! Joseon et la Chine ont misé sur leurs aptitudes au combat individuel ! »
« Enfin ! Enfin ! »
Les derniers archers montés chinois se battirent avec acharnement, décochant volée après volée. À la fin, le champ de bataille n’était plus qu’un océan bleu.
« La Chine… a été anéantie ! »
« Joseon !! Joseon remporte haut la main l’escarmouche entre archers montés ! Ils les ont tous éliminés ! Cette partie est presque dans la poche ! »
— Incroyable
— C’est pas croyable
— Ils jouent dans une autre ligue
« Ouahhhh ! »
Le public explosa de joie et agita les bras dans tous les sens. Certains avaient même les larmes aux yeux. Ces supporters soutenaient sans doute l’équipe depuis le tout début. D’autres enfouirent leur visage dans leurs mains et ne parvenaient même plus à se tenir debout.
— C’est vraiment le même Joseon qu’on plaignait autrefois… ? J’en ai le cœur rempli.
— Je n’arrive pas à croire qu’ils soient devenus aussi forts. C’est tellement émouvant !
— Ils sont devenus incroyables
***
Des acclamations innombrables retentirent sur le champ de bataille. Les archers montés victorieux de Joseon brûlaient d’envie de lever les bras au ciel et de pousser un rugissement de triomphe, mais la guerre était loin d’être terminée. Seul le combat entre archers montés avait pris fin.
La Formation des Huit Portes tenait toujours, et la cavalerie cuirassée de Guan Yu continuait de faucher l’infanterie de Joseon dès qu’elle en trouvait l’occasion.
« Belle prise ! » s’écria Pang, le remonte-moral de l’équipe, comme tout le monde aurait voulu le faire.
Mais une ombre menaçante se dessina au-dessus de lui.
« Hein ? »
Pang leva les yeux, intrigué.
« Oh. »
Il comprit ce que c’était dès qu’il le vit, mais il était trop tard.
Boum !
Pang disparut dans un nuage de fumée. À sa place, il ne resta qu’un énorme boulet cabossé.
« ! »
Tous les archers montés tournèrent les yeux vers l’endroit.
« Quoi ? Le trébuchet nous a pris pour cible ? »
Ils crurent que les trébuchets dissimulés leur avaient tiré dessus, mais ce n’était pas le cas.
« Ça vient du château ! C’est un tir de canon du château ! »
Carrot pointa les yeux vers le ciel. L’amélioration de l’artillerie défensive de la forteresse chinoise venait d’être terminée.
« … »
Almond resta sans voix. Ce n’était pas à cause de l’amélioration.
« Depuis quand sommes-nous si près ? »
Il était stupéfait qu’ils aient réussi à s’approcher autant de la forteresse ennemie.
« Ils vont tirer encore, pas vrai ? »
La formation dispersée leur avait permis de limiter les dégâts à Pang. Mais si l’ennemi tirait à répétition, la situation serait tout autre.
« Nous devrions rejoindre le gros des troupes… »
« Non. »
Almond secoua la tête. Les archers montés avaient encore un rôle à jouer dans cette bataille. Il se rappela l’époque où il était sous les ordres de Meilleur Yi Sun-Shin. Elle n’abandonnait jamais une unité prise pour cible par une tour ennemie et la faisait constamment bouger.
Ainsi, une seule unité pouvait accaparer la tour et laisser le reste des troupes se battre librement. Si cette tour de la forteresse tirait sur des groupes d’infanterie serrés, elle ferait des dizaines de victimes.
« Continuons à la pousser à tirer sur nous. Les tours tirent automatiquement, sauf si le commandant intervient directement. »
« ! »
Tous blêmirent.
« Il faut que les boulets continuent de tomber sur nous. »
Son souhait fut exaucé presque aussitôt. Comme les archers montés étaient les plus proches, la tour tourna de nouveau son canon noir dans leur direction.
Boum !
Le canon tira et Almond cria : « Fuyez !! »
Il fila en avant, ordonnant aux autres de se disperser. Ils partirent dans toutes les directions pour s’éloigner autant que possible. Impossible de savoir qui le boulet visait.
« ! »
Lorsque tout le monde comprit qui était visé…
« Ouf. »
Ils soupirèrent de soulagement.
Au milieu du tumulte, Carrot marmonna : « Il a dit que le perdant de pierre-feuille-ciseaux se le prendrait. »
Les boulets poursuivirent Almond avec une régularité implacable.
Boum !
Pan !
« Gardez vos distances ! »
« D’accord ! »
Les archers montés se regroupèrent à distance, tandis que les boulets prenaient Almond en chasse et qu’il esquivait dans un sens puis dans l’autre.
***
La retransmission revint au combat de l’infanterie, la bataille principale où se concentraient le plus de troupes. Dans la Formation des Huit Portes, les soldats chinois vêtus d’armures de la dynastie Ming affrontaient l’armée de Joseon, plus nombreuse et forte de son élan victorieux, qui en était à la troisième ère.
« Ah oui, la Formation des Huit Portes ! Elle ne cède pas facilement ! »
« Et l’amélioration de l’artillerie défensive des bâtiments est un atout énorme ! Même si Joseon continue d’envoyer des troupes, ils ne peuvent pas tout lui jeter dessus ! »
« Peu importe l’appui fourni par l’artillerie chinoise, c’est impressionnant d’avoir formé une telle ligne avec si peu de soldats ! Et ce qui l’est encore plus, c’est que ça marche ! »
À l’origine, la Formation des Huit Portes était une tactique de guerre à grande échelle conçue pour des milliers de soldats. Pourtant, la Chine l’avait déployée avec une centaine d’hommes à peine. Bien sûr, il ne s’agissait pas exactement de la même formation : on pouvait la considérer comme une nouvelle tactique propre à la Commandante Liu Bei. Ils avaient gardé cette stratégie pour le tout dernier moment.
« Ça bloque encore ! Et les effectifs de Joseon sont… »
« La Formation des Huit Portes est efficace, quel que soit l’endroit où on l’attaque ! C’était gérable quand Cookie la provoquait avec sa cavalerie ! Mais maintenant, c’est un vrai mur ! »
« Et les lanciers d’élite chinois ! Combien d’ennemis ont-ils éliminés à eux seuls ?! »
La Chine dominait le combat d’infanterie. La formation forçait l’ennemi à engager ses soldats en nombre limité, si bien que l’avantage numérique de Joseon ne faisait qu’épuiser ses troupes.
— Ouah, ces lanciers sont fous
— On dirait qu’ils sont tous possédés par Zhang Fei
— On y est presque, quand même !
« Joseon ferait mieux de prendre son temps ! Se précipiter serait risqué ! Des renforts et des armes de siège arrivent par l’arrière ! »
« Mais la cavalerie aussi ! »
« Oh ! Guan Yu est de retour au front. Il pourrait s’en prendre à l’arrière-garde ! »
« Attendez !? Si la cavalerie de Guan Yu coupe les renforts… ! »
La cavalerie de Guan Yu tenta de couper les renforts de Joseon à l’arrière. À cet instant, OrangeKing ouvrit de grands yeux.
« Quoi !? Mais cet archer monté ! Qu’est-ce qui se passe ?! »
Soudain, un archer monté surgit seul par l’entrée de la Formation des Huit Portes et traversa tranquillement le milieu du champ de bataille, là où s’affrontaient les troupes de Joseon et de Chine.
[Retraite]
En réponse, les soldats de Joseon se replièrent rapidement. À leur retraite, les soldats chinois se lancèrent à leur poursuite.
« ! »
Boum !
Un boulet tomba juste à cet endroit.
— PTDR
— Champ de mines stratégique !
— C’est comme ça que les archers vautours de Joseon s’y prennent~
— Almond est complètement fou lol
— Ouah, lol
« Vos boulets sont incroyables !! » s’écria OrangeKing, tout excité.
« Merde. »
À l’écran, le visage de Liu Bei se décomposa plus que jamais.
« Ils ont percé nos lignes… ! »
Pendant ce temps, un rare sourire illumina le visage de Cookie. Pour la première fois depuis le début de la partie, il sourit et prit la dernière pierre blanche.
[Avance]
Il transmit l’ordre à Coffee et Bread, puis désigna la forteresse chinoise comme cible à atteindre.
Chling !
Bread prit la tête de la charge et dégaina son épée. Derrière lui, une douzaine de soldats d’assaut montés se rassemblèrent. Leurs chevaux pivotèrent à l’unisson et formèrent une seule pointe de flèche.
Patatras, patatras !
La cavalerie de Joseon fonça de toutes ses forces vers sa cible pour porter le coup de grâce.