Chapitre 819
OrangeKing n’en revenait pas.
« Une telle vitesse, c’est possible ? »
La ruse de Cookie avait clairement fait mouche auprès des Chinois, et Liu Bei en avait sans aucun doute été ébranlé.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette formation ?! »
« C’est vraiment le pays de L’Art de la guerre ? »
— Waouh, c’est dingue !
— C’est vraiment Liu Bei ?
— La Chine est incroyable !
— J’arrive pas à croire que Liu Bei ait réussi ça !
Pris au dépourvu, Liu Bei réorganisa rapidement ses troupes et adapta même leur formation au terrain et à la situation. Il était difficile d’imaginer une meilleure disposition pour ce scénario, même avec une préparation minutieuse. Et Liu Bei avait fait ça sur le vif.
Des groupes de huit à dix lanciers formèrent chacun leur propre dispositif défensif, pointant leurs lances vers la cavalerie qui approchait.
Estoc !
Estoc !
« Les archers montés de Joseon qui ont tenté de briser leur formation se font décimer ! Ils sont piégés dans un labyrinthe mouvant et ne peuvent pas s’échapper ! »
Les lanciers chinois avançaient d’un seul mouvement. Leur formation ressemblait à un mur vivant.
« Même le labyrinthe lui-même change sans arrêt ! Que peuvent-ils faire ?! »
Les archers montés n’avaient d’autre choix que de continuer à avancer. Leurs flèches ne servaient à rien contre les boucliers des lanciers, et les unités d’archers chinois qu’ils voulaient viser étaient introuvables. Pris sous une pluie de flèches incessante, ils se heurtaient sans cesse à des impasses et se faisaient tuer.
« Hiiiiii ! »
Un autre archer monté tomba. Les commentateurs criaient presque.
« Il doit bien y avoir une sortie ! Il n’existe vraiment aucun moyen de survivre ?! »
« Ah… ! »
« Ce labyrinthe est formé d’un nombre fixe de soldats, pas vrai ? Si un côté est bloqué, un autre doit forcément s’ouvrir, comme dans un taquin ! »
OrangeKing fut surpris. Le commentateur avait vu plus juste qu’il ne l’aurait cru.
« V-Vous avez raison ! C’est exactement ça ! »
— Le commentateur vient vraiment de donner une leçon à l’analyste ?
— C’est qui, le vrai expert, au juste ? MDR
— Faut saluer son sens de l’observation !
— Waouh, quel éclair de génie.
Même OrangeKing, qui n’avait jamais vu une formation pareille, était resté sidéré et avait cru que les archers de Joseon n’avaient aucune issue. À présent, il comprenait que le labyrinthe avait ses limites. Si la Chine en bloquait une partie un peu trop longtemps, une autre finirait forcément par s’ouvrir. Mais personne ne pouvait deviner où se trouvait le passage en se contentant de regarder. Tout changeait constamment.
« Oui, mais ça reste difficile à comprendre ! Les passages changent sans arrêt ! »
Et si c’était difficile à voir d’en haut, comment les archers montés pouvaient-ils s’y retrouver, eux ?
« Ah… ! »
Les commentateurs et les spectateurs furent gagnés par le désespoir. Si tous les archers montés mouraient, les chances de Joseon de remporter la bataille de la troisième ère s’effondreraient. Joseon avait tout misé sur cette ère, contrairement à la Chine.
La Chine reprendrait l’avantage en atteignant la dynastie Ming. Même si Joseon accédait à la quatrième ère, elle n’aurait pas assez de puissance pour réussir un grand retournement de situation. Joseon devait gagner ici et maintenant.
« Le mieux serait que les archers montés trouvent un moyen de sortir, d’une façon ou d’une autre ! Ils doivent s’en tirer ! »
La cavalerie piégée devait trouver comment survivre.
« Sinon, Cookie n’aura peut-être pas d’autre choix que d’envoyer des renforts pour les dégager de force, quitte à compromettre son plan ! »
La deuxième option consistait à envoyer des renforts pour briser complètement la formation.
« Alors, que va décider Cookie ? »
La caméra se tourna naturellement vers le gros des troupes de Joseon. Elles avaient gardé leur formation et ne montraient aucun signe de mouvement. Cookie restait calme, sans la moindre trace d’urgence sur le visage.
***
Cookie avait donné des ordres clairs à tous ses soldats.
[Tenez vos positions]
Il aurait été facile de se ruer en avant sous le coup de l’émotion. Tout le monde savait que si les archers montés mouraient, les chances de Joseon dans la bataille s’amenuiseraient sérieusement. Cookie le savait aussi.
« Ne bouge pas. »
Il se répéta cet ordre. Le regard perçant mais calme, il observait les archers montés paniquer et tomber un à un à la suite du changement soudain de formation. Même l’un des joueurs en tête était tombé, mais Cookie ne bougea pas. C’était le moment de la Chine.
S’ils fonçaient maintenant et réagissaient à chaud après seulement quelques pertes, ils tomberaient droit dans la contre-attaque chinoise et se feraient achever. Le même principe s’appliquait ici. Si les archers montés ne revenaient pas, le plan de bataille entier changerait de toute façon. Et même s’il envoyait des renforts et qu’ils parvenaient à percer, ils devraient encore affronter une autre épreuve que la Chine maîtriserait. Ils perdraient alors forcément la bataille.
Cookie devait reconnaître que Joseon n’avait pas les moyens de percer quand la Chine maîtrisait le combat. Mais les choses étaient différentes lorsque Joseon prenait l’initiative. Elle pouvait gagner en menant la charge et en forçant la Chine à réagir. C’était le seul moyen pour Joseon de remporter un affrontement direct contre la Chine.
Cookie ne se précipita pas à leur poursuite. Il attendit et se concentra intensément, analysant le déroulement de la bataille, les réactions de la Chine et celles de Liu Bei. Il aiguisait ses sens et observait chaque détail.
« Ils vont s’en sortir. »
Surtout, il leur faisait confiance. Les archers montés qu’il avait envoyés en avant étaient les meilleurs des meilleurs, soigneusement sélectionnés pour cette Mission. Ils vacillaient, mais ne tomberaient pas. Puis, soudain, leurs mouvements changèrent.
Clop !
Les sabots des chevaux se mirent à battre à l’unisson tandis que les soldats avançaient en parfaite harmonie.
Clop ! Clop !
« ! »
Le regard de Cookie s’illumina. Le joueur qui les menait leva la main et changea le cours de la bataille. C’était Almond.
« Ils peuvent le faire ! »
***
« Par iciiiiii ! »
Dès qu’il cria, tous les soldats reçurent l’ordre.
[Regroupez-vous]
Mais les archers montés étaient dispersés dans tous les sens. Parviendraient-ils à se rassembler ?
Clop !
En un instant, les soldats qui s’étaient éparpillés tournèrent leurs chevaux vers le même point. Leurs mouvements étaient aussi précis qu’une chorégraphie parfaitement répétée. Les dents serrées, ils foncèrent vers le point de ralliement avec une détermination farouche. Leur concentration et leur détermination étaient le fruit d’un entraînement intensif.
« Ici, pas là. Par là. Oh ? Raté. »
Almond avait fait répéter l’exercice à ses troupes encore et encore, jusqu’à ce qu’elles réagissent sur-le-champ et tirent des flèches tout en changeant de cible.
« … »
Toucher une seule personne à l’arc était déjà difficile. Alors essayer d’atteindre une petite cible qui bougeait comme un drapeau dans un jeu de 1, 2, 3, soleil ! ? Forcément, les flèches rataient leur cible.
« C’est toi qui la bouges ! Tu l’as fait exprès ! »
Almond déplaçait même les cibles exprès, raison pour laquelle aucune des flèches de Pang ne touchait jamais sa cible.
« Va courir des tours de piste. »
Malheureusement, la sentence était toujours la même. Pang devait courir jusqu’à l’épuisement.
« C’est pas possible… »
« Allez. Cours. »
« … D’accord. »
« Pff… »
Galopant derrière Almond, Pang secoua la tête en repensant à ces souvenirs.
« Allez, mon chevaaaal ! » cria Pang en talonnant sa monture de toutes ses forces pour rejoindre le point de ralliement d’Almond.
« Si tu n’arrives pas à courir, je vais devoir le faire à ta place. »
Des lances continuaient à s’abattre sur lui de toutes parts.
« Aaaaaah ! »
Il parvint tant bien que mal à les esquiver, à grands cris de guerre.
« Hiiiiii ! »
« Hein ? »
Même les lanciers qui l’attaquaient en furent déconcertés.
« Il n’a même pas été touché… Pourquoi il hurle ? »
Les yeux fous, hurlant comme un possédé, Pang se fraya un chemin parmi les lances comme si elles n’étaient rien, uniquement grâce à ses cris de guerre.
Clop ! Clop !
C’était aussi le résultat d’un entraînement intensif.
« Je comprends, maintenant ! »
Il finit par comprendre ce qui se passait. Grâce au signal d’Almond, son esprit basculait dans un état conditionné par l’entraînement, comme un chien qui aboyait furieusement contre un inconnu, mais se faisait tout petit à la vue de son maître.
« C’est un peu vexant… »
Ça ne lui plaisait pas, mais il ne pouvait pas nier que l’entraînement avait porté ses fruits.
« Haaa ! Pang est arrivé ! »
Clop ! Clop !
Au terme d’une chevauchée effrénée, Pang parvint à rejoindre la formation d’Almond. Et il n’était pas le seul.
« J’y suis ! Fini, les tours de piste pour moi ! »
« Moi aussi ! Hé, je suis là ! »
D’autres cavaliers dispersés, comme Latte et Spam, réussirent eux aussi à rejoindre le groupe et se collèrent aux autres. Ils criaient leur nom pour éviter de se retrouver par erreur sur la liste des coureurs. Ça leur était déjà arrivé plusieurs fois.
« Pecorino au rapport ! »
Un à un, les archers montés se regroupèrent. Ils parvinrent à se rassembler malgré la perte d’environ trente à quarante pour cent de leurs effectifs.
« ! »
Almond se tourna vers eux, les yeux écarquillés d’étonnement.
« Ma stratégie… a vraiment marché ? »
Il avait estimé que le point de ralliement choisi offrait aux archers montés une excellente voie de sortie, ce qui expliquait qu’ils aient été si nombreux à survivre.
« Bien. »
Sa confiance grandit. Il se retourna vers l’avant et relança son cheval d’un coup de talon.
« Suivez-moi ! »
À présent, il suivait simplement son instinct, déterminé à sortir de cet enfer de labyrinthe ou à le détruire complètement.
« Hia ! »
« En avant ! »
Malgré les coups qu’ils avaient encaissés, le moral des troupes atteignit des sommets.
« Notre objectif, c’est de sortir, pas vrai ?! » demanda Carrot depuis l’arrière.
Almond jeta un coup d’œil derrière lui et lui fit signe du doigt.
« Non. »
« ! »
Carrot prit un air grave. Almond ne faisait ce geste que lorsqu’il avait une confiance absolue en son plan. Carrot ne comprenait pas comment sa confiance pouvait toujours renaître, peu importe à quel point il était malmené.
« Encore ? »
Une fois de plus, Almond reprenait vie.
« Notre objectif, c’est leur unité d’archers, tu te souviens ? Depuis le début ! »
« … »
Carrot resta sans voix devant la détermination audacieuse d’Almond. À ce stade, plus rien ne pouvait déstabiliser ce monstre d’assurance qu’était Almond. Si Carrot se taisait, c’est qu’elle était impressionnée par la stratégie. Si elle se mettait à parler sans arrêt, c’est qu’elle était emballée par la stratégie. Tout semblait confirmer qu’Almond avait raison.
Au lieu d’un conseil de sages, c’était une bande d’opportunistes prêts à tout pour échapper aux tours de piste qui le suivait.
« En avant, Boss ! »
« Ouais ! On y va ! »
Même Pang, l’ancien chef, soutenait le plan. L’enthousiasme du groupe monta en flèche, comme celui d’une unité d’élite des forces spéciales.
« Je suppose que… ça pourrait marcher. »
Carrot devait admettre que l’idée avait du mérite.
« Restez groupés ! »
Clac !
Almond talonna son cheval et zigzagua dans le labyrinthe.
Frouch !
Estoc !
Les lances s’abattaient sur lui. De nouveaux passages s’ouvraient et se refermaient au gré des changements de formation. Almond et les archers montés qui le suivaient esquivaient les attaques avec une précision fantomatique et galopaient à travers le labyrinthe.
« !? »
Les lanciers chinois restèrent bouche bée devant les manœuvres impossibles de la cavalerie. Ils contemplaient l’unité d’Almond comme s’ils assistaient à une charge des Mongols.
Frouch !
Les archers montés de Joseon se faufilaient dans le labyrinthe comme un seul être, pareils à un serpent glissant dans les hautes herbes. Et, à la tête du serpent, Almond finit par le trouver.
« Le voilà. »
Il repéra l’unité d’archers ennemie qui les harcelait depuis le début.
« En joue ! »
Almond banda son arc sans même avoir besoin de vérifier sa cible.
***
« Quoi… Qu’est-ce que c’est que ça ?! Almond ! Qu’est-ce qu’il fait ?! »
« Il navigue dans le labyrinthe comme si Cookie le guidait. Il trouve les passages libres parfaits ! »
« Mais il ne se dirige pas vers une sortie, si ?! »
Les commentateurs furent électrisés par ce brusque changement de mouvement de la cavalerie. Même l’enthousiasme de la foule commença à monter.
« Almoooond !!! »
« Vive la Corée !!! »
Le roulement des tambours s’amplifia et s’intensifia.
Boum, boum ! Boum, boum !
Puis—
« On dirait qu’ils visent l’unité d’archers chinois ! »
« Ils l’ont trouvée ! Ils l’ont vraiment trouvée ! »
L’arc d’Almond se banda, et les autres archers montés l’imitèrent derrière lui.
« Ils vont tirer ! »
Fouuuush !
Les archers montés décochèrent une volée sur le cœur de la défense ennemie : l’unité d’archers. Une pluie de flèches blanches fondit sur eux.