Chapitre 807
Hui-Chul suivait le match de la Chine depuis sa chambre d’hôpital. Dans tout affrontement contre la Chine, un facteur clé devait toujours être pris en compte : il fallait absolument perturber son début de partie, qui était son point faible.
« À partir de là, la Chine déroule. »
Dans une situation où l’agression précoce était impérative, ils n’avaient aucune chance de l’emporter si la partie s’éternisait, vu la puissance écrasante de la Chine en fin de jeu. Même la Mongolie, numéro un du classement actuel des puissances, rencontrerait le même problème.
Il fallait déstabiliser la Chine en début de partie. Elle savait pertinemment que ses adversaires tenteraient de jouer de cette manière. Du point de vue du commandant, cela rendait le déroulement de la partie confortable.
Il leur suffisait de se préparer et de bloquer les attaques précoces. Chacun de leurs joueurs avait des compétences exceptionnelles et, une fois prêts, leurs défenses seraient solides. Empire Civil avait été conçu de sorte qu’il soit presque impossible de terminer la partie durant le premier ou le deuxième âge.
Un bâtiment de base comme l’hôtel de ville possédait des capacités défensives redoutables. Le jeu était censé atteindre son terme au troisième âge, lorsque les civilisations révélaient tout leur potentiel.
Tenter de terminer la partie au premier ou au deuxième âge, c’était remonter un fleuve à contre-courant. Hui-Chul parvenait souvent à trouver des passages cachés dans le courant et à remonter le fleuve, mais même alors, la victoire n’était pas complète. L’ennemi finissait simplement par capituler, écrasé par un coup terrible, mais Joseon n’avait jamais planté son drapeau sur la montagne ennemie.
« La Chine, c’est différent. »
Hui-Chul en était convaincu après avoir regardé les précédents matchs de la Chine. Pour elle, la reddition n’existait pas. Elle avait même réussi une remontée alors qu’il ne lui restait qu’un seul hôtel de ville dans une certaine partie.
En raison de sa civilisation, la Chine remportait souvent la victoire en fin de partie. Mais les joueurs chinois étaient aussi réputés pour capituler rarement. C’était tout simplement dans leur nature.
De tels traits étaient difficiles à changer, et ils n’avaient aucune raison de le faire. La civilisation chinoise se mariait à merveille avec leur esprit inflexible, ce qui les rendait presque imbattables. Pourquoi changeraient-ils cela ? Hui-Chul sentit son esprit s’alourdir à cette pensée.
« Alors… »
Quelle stratégie Joseon pouvait-elle adopter dans cette situation ? Elle ne pouvait pas gagner en se contentant de tenir jusqu’à la fin. La Chine n’était pas un adversaire qu’on pouvait facilement vaincre avec une ruée précoce. Même si la célèbre Ruée de l’Archer de Joseon au deuxième âge réussissait, ses archers, sans armes de siège, ne pourraient pas éliminer complètement l’ennemi.
Si elle ne parvenait pas à achever la Chine, de telles tactiques précoces deviendraient dangereuses. Elles ne feraient que réduire ses propres troupes et ses ressources, creusant un écart entre elle et la Chine.
Grâce à son unité spéciale de collecteurs d’impôts, la Chine pouvait générer efficacement des ressources dès le début, tandis que les factions de Joseon géraient mal les leurs. À ressources égales, la Chine aurait toujours l’avantage.
« Est-ce qu’on devrait s’infiltrer, éliminer leurs collecteurs d’impôts et battre en retraite ? »
Les collecteurs d’impôts chinois étaient faciles à repérer. Ils portaient des robes de soie, avaient le ventre rebondi et coiffaient des chapeaux impossibles à confondre. Des archers pouvaient s’infiltrer et les abattre. Cependant, la Chine accordait aussi une grande priorité à leur protection.
Les collecteurs d’impôts étaient également des unités contrôlées par le commandant, et non par les joueurs. Au début de la partie, quand il y avait moins d’unités à gérer, le commandant réagissait immédiatement et les évacuait ou les plaçait dans des bâtiments où personne ne pouvait les atteindre.
« Ils maîtrisent la défense. Je dois garder ça en tête. »
Alors que Hui-Chul affichait un air de plus en plus préoccupé, un vieil homme assis à côté de lui lui adressa un sourire.
« Hé. Pourquoi un jeune homme a-t-il l’air de porter le poids du monde sur ses épaules ? »
« Oh… monsieur. Je réfléchissais, c’est tout. »
Ils avaient déjà échangé quelques mots auparavant.
« Hum. Au lieu de tant te tourmenter, que dirais-tu de faire une partie avec moi ? »
« ? »
Le vieil homme sortit un plateau de go pliable en plastique bon marché. Il posa une pierre blanche et afficha un grand sourire.
« Puisque c’est moi qui te l’ai proposé, je vais jouer le premier coup. »
« Vous devriez prendre quelques pierres de handicap. »
« Quoi ? »
« Je suis plutôt bon, monsieur. Vous devriez commencer avec quelques pierres de plus. »
Dans sa jeunesse, Hui-Chul s’était entraîné pour devenir joueur de go professionnel. Il n’avait jamais atteint ce niveau, mais un joueur ordinaire, surtout un adversaire âgé, n’aurait pas eu la moindre chance s’il avait joué sérieusement.
Comme il n’aimait pas faire exprès de perdre, il voulait offrir un handicap au vieil homme. Mais…
« Pas question, petit impertinent ! Joue, c’est tout ! »
« … Hum. »
Le vieil homme, trop fier, refusa. Hui-Chul repoussa ses longs cheveux en arrière, l’air perplexe.
« Quand on aura fini une partie, il n’aura sûrement plus envie de jouer. »
Hui-Chul posa une pierre noire sur le plateau, bien décidé à gagner rapidement.
Clic.
***
OrangeKing frappa la table, tout excité.
« Joseon ! On est encore au premier âge, mais ils déploient déjà leurs troupes à grande échelle ! »
Des points bleus commencèrent à se déplacer en masse.
[Deuxième âge : 89 %]
Il restait encore un peu de temps avant le deuxième âge.
« Il se passe quelque chose au premier âge ? »
Sur cette carte montagneuse, les attaques rapides étaient impossibles, car le relief bloquait la plupart des chemins. Les joueurs traversaient généralement le premier âge sans faire grand-chose, mais c’était Cookie. Tout était possible. Voilà ce que pensait OrangeKing.
« Ils grimpent la montagne ! Les troupes chinoises ne sont pas encore arrivées, si ? »
Grâce au trait de la Faction de la Tribu des montagnes, les troupes de Joseon gravirent rapidement le sommet.
Badoum.
[Joseon — Deuxième âge]
Joseon passa au deuxième âge avec succès.
« Joseon atteint rapidement le deuxième âge ! »
« Et la Chine… ? »
« La Chine met du temps à atteindre le deuxième âge. »
Contrairement aux autres civilisations, qui n’avaient qu’à améliorer leur hôtel de ville, la Chine devait construire deux monuments, ce qui lui prenait plus de temps.
« Joseon va-t-elle attaquer maintenant, au deuxième âge ? Le timing est idéal ! »
« Mais ses soldats sont encore tous des barbares… Ils ont atteint le sommet de la montagne dans cet état ! Qu’est-ce qui va se passer ? »
Au deuxième âge, la force de Joseon résidait dans ses archers, surtout dans cette partie où ils pouvaient contrer efficacement n’importe quelle stratégie chinoise. Pour les améliorer, il leur fallait construire les bâtiments nécessaires à proximité. Mais ils se trouvaient au sommet de la montagne, où il n’y avait aucun bâtiment de ce genre.
« Ils ne vont quand même pas se contenter de soldats barbares, si ? »
« Attendez, je vois des ouvriers ! »
Quelques ouvriers apparurent parmi les soldats qui avaient atteint le sommet. Il y en avait même deux, pas un seul.
« Attendez, des ouvriers !? »
« Exactement ! Joseon veut frapper vite au deuxième âge en construisant au sommet de la montagne ! »
Boum !
Les ouvriers se mirent à construire.
[Centre d’entraînement]
[Caserne]
Ils commencèrent à bâtir une caserne pour produire des soldats au sommet de la montagne, ainsi qu’un centre d’entraînement.
« Oh là là ! Ils construisent sur la montagne !? »
« C’est une particularité de la faction de Joseon ? Leurs bâtiments se construisent facilement sur les terrains accidentés ! »
Les bâtiments de Joseon étaient conçus pour être installés sur des terrains difficiles.
« Ça doit représenter la tradition historique des forteresses de Joseon ! C’est pour ça qu’ils peuvent construire sur ces terrains étroits et escarpés. »
« Oh… Mais bâtir une forteresse face à la Chine ? C’est ce qu’ont dû ressentir les Japonais en voyant la Formation en aile de grue ? »
— Hahahahaha
— Yi Sun-Shin !
— Oh non…
— Ils s’inclinent en signe d’humiliation
— MDR, de quoi il parle ?
« Heureusement, ils ne construisent pas une forteresse… pour l’instant ! »
Les ouvriers continuèrent à bâtir d’autres bâtiments.
[Forge]
[Tour de guet]
Ils bâtirent aussi une forge pour fabriquer des armes et une tour de guet pour se défendre.
« Une tour de guet aussi !? C’est un sacré investissement ! »
Construire une tour de guet sur une montagne procurait un avantage unique.
« Ils auront une vue incroyable ! »
Pendant que Joseon bâtissait hardiment des casernes en avant, la Chine progressait en suivant une stratégie classique.
« Oui ! Pendant ce temps, la Chine avance tranquillement selon sa stratégie… »
Badoum.
[Dynastie Tang → Dynastie Song]
La Chine passa à la dynastie Song. Avec deux monuments, elle obtint de nouveaux bonus et des unités uniques.
« Oh, ils sont passés à la dynastie Song ! Ça donne un bonus de vitesse de production et un bonus de grenier, non ? »
Les monuments de la dynastie Song apportaient des avantages liés aux ressources.
« Exactement ! C’est pour ça que c’est la deuxième stratégie la plus choisie. Grâce à l’augmentation des ressources, on peut se mettre à produire des collecteurs d’impôts à la chaîne, même sans rester longtemps dans la dynastie Song. »
Avec cette stratégie, la Chine pouvait amasser autant de collecteurs d’impôts que possible et s’assurer de ne pas manquer de ressources quand elle passerait ensuite à une stratégie plus agressive.
« Oui, les collecteurs d’impôts sont essentiels à la stratégie de la Chine. »
« Tout à fait. Ce sont comme des fonctionnaires corrompus qui pressurent le peuple pour lui soutirer des impôts. »
— MDR
— Ils ont vraiment une faction de fonctionnaires corrompus
— Non, c’est littéralement pareil, MDR
« Ils accélèrent les déplacements des ouvriers, augmentent la production des bâtiments proches et récoltent même des impôts auprès des bâtiments de ressources. »
« Waouh… Ils ne chôment pas ! »
« Exactement. C’est ce qui fait de la Chine l’une des factions les plus difficiles à commander. C’est le commandant qui gère tout ça. »
— La Chine, c’est tellement compliqué
— Je n’aurais pas envie d’essayer
— Même les fonctionnaires corrompus doivent bosser dur, MDR
« Oh, je vois. Et c’est quoi, le bonus de grenier ? »
« Le bonus de grenier, ça veut dire qu’un champ produit davantage de ressources une fois amélioré, même si le champ est identique. »
— C’est abusé
— Leurs ressources sont dingues
— Mais ils n’ont pas d’unités de combat ?
— Tout est axé sur la production
« Mais la dynastie Song est faible au combat, non ? »
« Oui, elle n’a pas beaucoup de factions axées sur le combat, alors les joueurs ne s’y attardent pas. »
Comme prévu, la Chine se mit bientôt à construire d’autres monuments après son passage à la dynastie Song.
« Ce ne serait pas le moment idéal pour que Joseon attaque ? »
À première vue, c’était le moment parfait pour que Joseon frappe.
« C’est sans aucun doute une bonne occasion ! »
OrangeKing était d’accord, mais Joseon choisit une stratégie complètement différente, malgré toutes les préparations déjà effectuées.
« … ? »
Les ouvriers qui avaient atteint le sommet se séparèrent soudain en deux groupes. Certains descendirent vers les pentes inférieures, tandis que les autres rejoignirent les clairières au pied de la montagne. Les soldats firent de même, se dispersant comme pour garder le sommet et établir des postes d’observation défensifs.
Quelques éclaireurs chinois s’approchèrent, mais battirent en retraite dès qu’ils repérèrent les structures défensives, comme la tour de guet et la forge. Ils repérèrent l’emplacement des bâtiments, mais…
« Qu’est-ce que c’est que ça !? »
Boum !
Au même moment, les ouvriers se mirent à construire autre chose, à deux endroits complètement différents.
***
Clic.
Après avoir posé sa pierre blanche, le vieil homme gloussa en voyant Hui-Chul saisir une pierre noire d’une main tremblante.
« … ! »
Hui-Chul se faisait dévorer. Il avait l’impression de se débattre désespérément dans un courant, avant de se retrouver face à la gueule béante d’une créature des abysses inconnue, garnie de rangées et de rangées de dents acérées. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas joué au go, mais ce vieil homme n’avait pas le niveau d’un joueur ordinaire.
« Pourquoi cet air si surpris ? La partie n’est pas terminée. »
Le vieil homme lui adressa un sourire entendu. Hui-Chul alterna son regard entre lui et le plateau de go.
« Ce n’est pas fini… »
Il savait que tout n’était pas terminé. Il y avait toujours une solution. Le go, c’était comme ça. Des perles de sueur se formèrent sur son front. Soudain, le match entre Joseon et la Chine lui sortit complètement de l’esprit.
« Tu te débats trop. C’est pour ça que c’est difficile. »
« … Quoi ? »
« Tu t’acharnes à remonter le courant. Parce qu’il y a une montagne, tu crois qu’il faut forcément la gravir ? Parfois, vivre au bord du fleuve et cultiver ses terres en regardant la montagne, c’est aussi une façon de vivre. »
« … »
Quelque chose de complexe s’agita dans l’esprit de Hui-Chul, mais il ne parvint pas à le saisir pleinement. Il expira longuement, puis posa une autre pierre noire sur le plateau.
Le vieil homme reprit : « Tss, tss. Tu ne comprends toujours pas. Parfois, suivre le courant, c’est remonter le fleuve pour ton ennemi. Si le courant te mène à destination, pourquoi gaspiller tes forces à ramer contre lui ? »
« … ! »
Crac.
Soudain, tout s’éclaira dans son esprit.
« Mon courant pourrait être à contre-courant pour l’ennemi… »
Bien sûr, il avait déjà perdu sa partie de go contre le vieil homme, mais cette révélation lui servirait dans les batailles qu’il n’avait pas encore livrées.
Frouch…
Il avait l’impression que des courants d’eau traversaient son esprit.
***
En deux endroits complètement différents, les deux ouvriers se mirent à construire simultanément le même bâtiment.
Boum !
[Hôtel de ville]
Tous deux bâtissaient de nouveaux hôtels de ville.
« Cookie ! Ils construisent deux hôtels de ville de plus !? »
« Quoi !? Vraiment ? Ce n’est pas une stratégie de double base. C’est une triple ! »
Empire Civil avait été conçu pour atteindre son apogée au troisième âge. C’était ainsi qu’il fallait y jouer. Joseon laissait le courant de la partie la porter jusque-là.
« Alors, on gagnera au troisième âge. »
Joseon suivit le courant et se dirigea vers le troisième âge, mais ajouta aussi quelques voiles à son navire. Puisque les collecteurs d’impôts donnaient à la Chine l’avantage d’accroître ses ressources, Joseon avait besoin d’un atout supplémentaire. Cet atout, c’était la stratégie de la triple base. Avec ses trois voiles, Joseon fendrait l’eau comme un galion.
« Joseon dit à la Chine : “Affrontons-nous de face au troisième âge !” Elle n’a pas peur du troisième âge chinois ! »
« Exactement ! Elle dit que le troisième âge de la Chine ne lui fait pas peur ! »
« Et la Chine n’a aucune idée de ce qui se passe ! Elle croit que Joseon se prépare à attaquer tout de suite !! »
— Waouh
— Depuis quand Cookie est devenu si honorable ?
— La Chine a gaspillé tellement de ressources à se préparer pour rien, MDR
— Ils ont déjà une sacrée avance sur la Chine
— La Chine ne voit rien venir