Chapitre 779
« Oui… C’était pour moi. »
« Je vois. »
Sang-Hyeon hocha la tête après lui avoir remis le billet, puis prit la tête du groupe.
[Les légendes ne meurent jamais.]
Sang-Hyeon avait déjà vu cette phrase. Elle faisait partie de la description du mode histoire de LIL.
[Tant que le sanctuaire existe, les champions sont immortels. Car ce sont des êtres légendaires. Leur corps peut périr, mais les légendes qu’ils laissent derrière eux, elles, ne meurent pas. Découvrez leurs légendes vivantes et ne faites plus qu’un avec elles.]
Ce n’était qu’une phrase tirée de la description d’un jeu, mais Sang-Hyeon était convaincu qu’elle disait vrai. À leur mort, les tigres laissaient leur peau derrière eux, tandis que les humains laissaient leur nom. Contrairement aux animaux, les humains consignaients les histoires, s’en souvenaient et les transmettaient. Ainsi, la légende d’une personne continuait de vivre, sans jamais vraiment s’éteindre.
Encore aujourd’hui, JeonJaPa, pourtant à la retraite, était souvent mentionnée en ligne. Ceux qui ne la connaissaient pas auraient cru qu’elle était toujours active dans le milieu. D’une certaine façon, sa présence continuait d’y vivre. Elle avait pris sa retraite, mais son héritage inoubliable perdurait et servait de modèle aux nouveaux venus. C’était cela, une légende, dans le milieu. Et les légendes ne meurent jamais.
Messi au football, Jordan au basket et d’innombrables autres légendes du sport continuaient de vivre dans les paroles et les souvenirs des gens. Ces histoires les rendaient immortels. Devenir une figure de ce genre dans le tir à l’arc avait aussi été le rêve de Sang-Hyeon.
Sa trajectoire avait déraillé depuis longtemps, mais il était toujours là. D’une certaine façon, sa situation était à l’opposé de celle des avatars de LIL. Eux ne laissaient derrière eux que leur légende ; Sang-Hyeon, lui, n’avait pas pu en laisser une et se retrouvait avec un corps diminué.
« … »
Avant d’entrer dans le bâtiment, il baissa les yeux vers sa main droite. Elle tremblotait légèrement. Pas de temps en temps, mais sans arrêt, à force de l’avoir trop sollicitée.
« Ha. »
Le cœur lourd, il soupira et entra, disparaissant du champ de vision du public.
***
Après avoir exprimé son opinion à l’aide du pistolet-jouet, Han Woo-Joo, satisfait de son tir, s’apprêtait à regagner sa place.
Crac !
« Hé, hé ! »
Soudain, des hommes en costume noir le plaquèrent au sol.
« Ouille ! Qu’est-ce que… qu’est-ce qui se passe !? Pourquoi vous faites ça ? »
Inutile de leur parler : ils étaient japonais. Ils lui plaquèrent les mains dans le dos et lui lancèrent quelque chose qui ressemblait aux droits Miranda, qu’on entendait souvent dans les séries. Il entendit aussi le mot « terroriste ».
« Non, non ! Je ne suis pas un terroriste ! Vous parlez anglais ? Hé, vous !? »
Han Woo-Joo comprit ce qu’ils avaient pris pour lui, mais il était trop tard : on l’emmenait déjà de force.
Clic ! Clic… !
À côté, des gens le prirent en photo et le filmèrent, intrigués.
« Merde ! Prenez pas de photos ! Merde ! Prenez pas de photos ! »
Han Woo-Joo avait déjà mauvaise réputation et tenta désespérément d’éviter les appareils, mais les images furent tout naturellement mises en ligne.
***
La défaite de Joseon fit parler toute la communauté.
[Joseon a encore perdu…]
[Qu’est-ce qui est arrivé à la visée d’Almond, tout à l’heure ?]
[Le commandant de Joseon a bugué ???]
[Le début de la quatrième partie était meilleur que celui de la troisième, mais la fin était la pire.]
La fin de la quatrième partie avait effectivement été catastrophique.
[Le scénario du retour de Ringo est en cours, mdr]
Sous une publication, les fans s’écharpèrent dans les commentaires.
— C’est tellement vrai que ça n’a même plus rien de drôle.
— Changez le scénario, merde. Faites appel au type B.
— Sérieux, ils étaient nuls.
— C’est le vrai niveau de Joseon. Ceux qui parlaient de victoire étaient aveugles.
└ On sait tous que Joseon n’est pas très fort. Mais on peut en parler, non ?
└ Les détracteurs de Joseon ne débarquent que maintenant que ça va mal. C’est hilarant.
└ La ferme, mdr
└ Ouais~ les fans de Joseon, c’est une religion~
L’opinion générale avait bien changé depuis la compétition nationale.
[C’est déjà un miracle qu’ils soient arrivés en quarts de finale malgré un match Corée-Japon. Les gens en attendaient trop.]
— Carrément
— C’est parce que c’est un match Corée-Japon.
— Même s’ils perdent maintenant, ils méritent quand même des applaudissements.
└ Pas pour un match Corée-Japon.
— En fait, c’est un miracle qu’on en soit à deux partout. C’est l’ordre dans lequel se sont déroulées les parties qui leur vaut toutes ces critiques.
└ Carrément. Si l’ordre avait été différent, la communauté serait en ébullition.
└ Mais elle l’est déjà, non ?
└ Mdr, c’est vrai
Atteindre les quarts de finale était déjà une belle réussite, mais leurs victoires précédentes avaient fait naître de grandes attentes. Et comme il s’agissait d’un match Corée-Japon, les réactions étaient d’autant plus virulentes.
Au milieu de tout ça, un incident détourna brièvement l’attention de la communauté.
[Dernière minute : un Japonais arrêté pour avoir tenté de terroriser le commandant Cookie]
Un article publia des photos de l’homme qu’on emmenait, retenu par des agents de sécurité.
L’article le décrivait comme un spectateur japonais, mais cela voulait en réalité dire qu’il assistait au match au Japon.
— ??
— Hein ?
— Il y a des gens complètement tarés.
— Waouh, c’est quoi ce bordel
— Un Ahn Jung-Geun à l’envers, qu’est-ce qui se passe ?
└ Mdr
└ Carrément, hahaha
— ??? Je vais tuer le commandant de Joseon qui a envahi le Japon…
— Pourquoi faire ça alors qu’ils sont en train de gagner ?
└ C’est deux partout, rien n’est joué.
— C’est dégueulasse, bande de lâches
Au début, peu de gens reconnurent le coupable, son visage étant pixélisé. Sans le son, et en entendant simplement qu’il s’agissait d’un spectateur japonais, les gens crurent à tort qu’il était japonais.
Par ironie, ce malentendu poussa temporairement le public à prendre le parti du commandant de Joseon.
— Bon sang, vu les conditions dans lesquelles ils jouent, arrêtons de les critiquer quand ils perdent.
— Carrément, on dirait une guerre…
— Pourquoi vouloir terroriser quelqu’un en fauteuil roulant ???
— Joseon, courage ! Résistez à ces attaques injustes et gagnez~ !
Le malentendu persista jusqu’à ce que l’identité du terroriste soit révélée.
Pendant un moment, les discussions sur le terroriste et les messages d’encouragement pour Joseon envahirent tout le forum.
Et puis…
[C’est pas Cosmic ?]
La situation se calma lorsqu’on découvrit qu’il s’agissait de Cosmic.
[Preuve vidéo : ce n’est pas un Japonais, c’est Cosmic.]
Par ironie, l’idée qu’il avait tenté un acte terroriste continua de circuler. Toutes les critiques dirigées contre Joseon se retournèrent contre Cosmic.
[Qu’est-ce qui lui prend ? Il cherche l’attention ?]
[Cosmic est complètement dingue, mdr]
[Pourquoi il essaie de commettre un attentat ?? C’est un traître ?]
[Cosmic, espèce d’ordure !]
[Waouh, il est taré. Même ici, il cherche à attirer l’attention.]
Sa réputation déjà déplorable et ce malentendu absurde déclenchèrent un véritable déferlement de critiques.
Bien sûr, on finit par découvrir ses véritables intentions.
[Dernière minute : Cosmic ne commettait pas un attentat, il a tiré une lettre de soutien avec un pistolet-jouet, mdr, quel fou]
— Cosmic partait d’une bonne intention, mais il s’est fait allumer, hahaha
└ Il est toujours la cible des critiques, mdr
└ À cause de son comportement habituel
└ Carrément, ça fait un peu de peine
Certains eurent pitié de lui, mais il récoltait ce qu’il avait semé par le passé. Quoi qu’il en soit, Cosmic semblait avoir réussi à soutenir le commandant. Comme il avait attiré toutes les critiques sur lui, les publications qui s’en prenaient à Joseon se firent nettement moins nombreuses.
***
Sang-Hyeon était assis dans un coin de la salle d’attente, les yeux fixés sur sa main droite tremblante.
« Arrête… s’il te plaît, arrête… »
Elle n’avait pas cessé de trembler depuis tout à l’heure.
« Sang-Hyeon, tu ferais mieux d’arrêter maintenant. Au moins, recule et joue en remplaçant. »
Les paroles du médecin résonnèrent dans sa tête.
« Pourquoi est-ce que vous prenez tous ça tellement au sérieux ? Ce n’est même pas un vrai match de l’équipe nationale. »
Elle avait dit cela, exaspérée de voir ses patients pousser leur corps à bout. À sa grande surprise, ses paroles avaient profondément marqué Sang-Hyeon.
« C’est… vrai. »
Il avait rêvé d’intégrer l’équipe nationale. Il s’était toujours imaginé sur scène, le drapeau coréen sur la poitrine, en train de remporter la médaille d’or. Pourtant, ici, il portait les couleurs de Joseon, et son uniforme n’arborait pas le drapeau coréen. Il n’y avait que le logo du sponsor, Monster.
Et sa main droite tremblait plus que jamais.
« Et si je prenais une épée au lieu d’un arc ? »
Il s’en était mieux sorti avec une épée lors de la dernière partie. Elle ne demandait pas une visée aussi précise qu’un arc. Mais pouvait-il vraiment vaincre les épéistes japonais en combattant lui aussi à l’épée ? Pas en les prenant par surprise, mais en les affrontant lame contre lame. Pourrait-il les dominer comme il le faisait à l’arc ?
Certainement pas. La force de Joseon reposait sur ses archers, qui menaient les premiers combats.
« Mais si ça continue comme ça, je ne ferai que les gêner. »
Il pensa aux autres membres : Pang, Carrot, Spam, Latte. C’étaient tous d’excellents archers. Il n’y aurait pas de place pour quelqu’un avec un bras handicapé.
« Une compétition nationale ? Très bien, mais ne te pousse pas à bout. Tu es un streamer, pas un joueur professionnel. »
Les paroles de Ju-Hyeok lui revinrent aussi à l’esprit. Il revit également Ji-Ah, le Directeur Oh de Punk, Born2B, qui aidait Ju-Hyeok, ainsi que les nombreux représentants qui lui avaient proposé des contrats publicitaires. Oui, en tant que streamer aussi, il avait des responsabilités.
« Ha… » Sang-Hyeon soupira et baissa la tête.
La sueur avait séché dans ses cheveux et lui barrait la vue. Le temps s’écoula tandis qu’il réfléchissait.
« Joueurs, préparez-vous à entrer, s’il vous plaît ! »
Des murmures s’élevèrent dans la salle d’attente.
« Quoi ? Pas de retour sur la partie ? »
« Qu’est-ce qui se passe ? On entre comme ça ? »
« … Waouh. »
C’était étrange de s’apprêter à jouer la cinquième partie, décisive, sans avoir reçu le moindre retour sur la précédente.
À ce moment-là, Barum fit irruption dans la salle en criant.
Bam !
« Entrez, c’est tout ! On vous fera le point dans un instant ! D’accord !? La réunion a pris du retard ! »
La réunion entre le commandant et le groupe de réflexion avait duré plus longtemps que prévu.
« D-d’accord~ »
Les soldats furent surpris, mais ne le montrèrent guère. En dire davantage n’aurait fait que plomber le moral de tout le monde. On aurait dit que de la poudre à canon invisible flottait dans la salle d’attente de Joseon.
« Allez ! On y vaaa ! »
Les joueurs s’alignèrent et reprirent le chemin du stade.
Sang-Hyeon secoua la tête pour chasser ses pensées.
« Je verrai ce que je vais faire une fois entré. »
Badoum…
Alors qu’il pénétrait dans le stade sans savoir quoi penser, une sensation étrange le saisit.
« ! »
Il eut l’impression que tout son corps flottait dans les airs avant d’être projeté en arrière.
« Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis ! »
Jamais il n’avait entendu une telle clameur. On aurait dit que le tonnerre grondait juste devant lui.
« Dae-Han Min-Guk !!! »
Boum ! Pan ! Boum !
Les acclamations résonnaient plus clairement et plus fort qu’avant, au point de lui faire bourdonner les oreilles. Son cœur battait au rythme de la foule.
« Coach… »
Une douce chaleur monta au fond de lui tandis que la scène devant ses yeux l’enveloppait tout entière.
« Coach, si je gagne le championnat national, ça revient presque à faire partie de l’équipe nationale, non ? »
Il avait posé cette question à son entraîneur, un jour, alors qu’il se préparait au championnat national.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Ha ha. Enfin, oui. Ton niveau est celui d’un membre de l’équipe nationale. »
« … Mon niveau ? Si j’ai le niveau de l’équipe nationale, alors j’en fais partie. »
« Non, ce n’est pas pareil. Faire partie de l’équipe nationale, ça veut dire que les gens te reconnaissent comme celui qui va décider de la victoire de notre pays. »
« Il me faut une foule pour m’encourager ? »
« Ha, ha ha ! Oui, il t’en faut une. Et alors, tu pourras porter le drapeau coréen. »
Toc, toc.
L’entraîneur lui tapota le bras droit.
« Alors… si j’ai le niveau et une foule pour m’encourager, je peux avoir le drapeau sans passer les sélections de l’équipe nationale ? »
« Hein ? Ça n’arrivera pas. Personne ne regarde le tir à l’arc en dehors des compétitions nationales. Comment tu veux avoir une foule pour t’encourager ? Passe les sélections, espèce de petit insolent. »
« Ah… Tss. »
Oui, il avait raison. À l’époque, son entraîneur avait eu raison.
Sang-Hyeon marmonna : « Bon sang… Coach. »
Peut-être que son entraîneur lui avait menti pour le motiver.
À présent, il le voyait clairement. Les spectateurs en bleu et en rouge. Tout le monde, quelle que soit sa nationalité, était debout et criait avec ferveur.
Il le voyait clairement. Ses yeux le brûlèrent, et la frontière entre les deux couleurs se brouilla. Ce dont il avait rêvé lui apparut, plus grand que tout.
« Ils me donnent le drapeau. »
Comme pour lui répondre, la foule poussa une nouvelle clameur.
« Dae-Han ! Min-Guk ! »
La République de Corée, le drapeau coréen et d’innombrables spectateurs. À présent, personne ne pouvait le nier.
Sang-Hyeon ne pouvait plus fuir. Ici, il représentait vraiment son pays.