Chapitre 748
Bien que Sang-Hyeon ne le montrât pas, il était en réalité plutôt enthousiaste.
« Waouh. Un voyage. »
C’était la première fois qu’il partait à l’étranger, alors même Osaka l’avait ravi. À présent qu’il en avait fait le tour, il avait hâte de découvrir un nouvel endroit.
Le paysage qui défilait par la fenêtre du bus, au cours de ce faux voyage, lui faisait battre le cœur aussi fort que la Fausse équipe nationale.
***
Après environ une heure et demie de route, le bus s’arrêta dans un village pittoresque.
Crissement.
« Waouh… »
Sang-Hyeon colla le visage à la fenêtre et contempla le spectacle. Une rivière assez large longeait la route du village, et un château blanc se dressait au-delà.
La neige recouvrait les branches nues et rendait le paysage encore plus spectaculaire.
« On s’est arrêtés ici pour visiter un peu avant le déjeuner », expliqua Ju-Hyeok depuis l’avant du bus, comme un professeur qui encadrait une sortie scolaire.
« On est arrivés un peu à l’ouest de Kobe, dans un endroit qui s’appelle Himeji. Là-bas, c’est le château de Himeji… »
Il continua à raconter toutes sortes de choses tandis que tout le monde descendait du bus et se dirigeait vers le magasin de location de vélos.
— Waouh, le paysage est incroyable.
— C’est tellement joli.
— Mais ces élèves rentrent chez eux à vélo ? Déjà ?
— Ça doit être la campagne.
— Ils sortent de l’école à l’heure du déjeuner ? Trop jaloux.
— On dirait un film.
Les spectateurs s’émerveillèrent eux aussi devant le paysage.
« C’est incroyable. »
Sang-Hyeon ne parvenait pas à détourner les yeux de son environnement, pas même une seconde.
À vrai dire, ils ne virent aucun grand site historique ni attraction touristique particulière. Pourtant, les villageois qui vaquaient simplement à leurs occupations semblaient tout droit sortis d’un film.
Des élèves rentraient chez eux à vélo, en groupe. La neige recouvrait le château blanc et le ruisseau coulait paisiblement.
« Hahahaha. »
Le rire des élèves était aussi agréable que le murmure du ruisseau.
Sang-Hyeon ne put s’empêcher de se poser des questions. À quoi aurait ressemblé sa vie s’il avait été scolarisé dans cet endroit hors du temps ? Aurait-il été avec eux ? Et s’il avait pédalé sur un vélo comme celui-ci ? Aurait-il ri comme eux ? Aurait-il marché à leurs côtés, partageant une écharpe avec les élèves qui passaient en ce moment ?
Ding !
La sonnette d’un vélo interrompit ses pensées.
« Hé, Yu Sang-Hyeon. Qu’est-ce que tu fais ? »
Un ami, les lunettes embuées et une écharpe autour du cou, lui posa la question. C’était Ju-Hyeok.
« Oh… hein ? »
« Tiens. Prends ce vélo. »
« Ah… d’accord. »
« Fais un tour dans le parc près du château, balade-toi un peu et reviens plus tard. »
« On ne va pas visiter le château ? »
« C’est facultatif. Il y a plein d’endroits similaires à Kyoto, alors je ne te le conseille pas. »
« … Tu es déjà venu ici ? »
« Ouais. Quand j’étais petit. Rien n’a changé. »
Ju-Hyeok sourit et souffla un nuage blanc.
« Je n’aurais jamais cru venir ici avec toi. Comme Monster nous sponsorise, fais son rugissement une fois quand tu en auras l’occasion. »
« … D’accord. »
Le rugissement de Monster ? Dans un décor pareil, où pourrait-il bien le faire ?
Sang-Hyeon le nota quand même dans un coin de sa tête.
« C’est un sponsor, alors autant le faire. »
— Nan, Ju-Hyeok lui a demandé de rugir ici, mdr.
— La honte, haha.
— Manager sans cœur.
— Rugir pour Monster en plein air, sérieux, haha.
Crissement.
À cet instant, un homme qui semblait tout droit sorti d’une course cycliste s’approcha de Sang-Hyeon.
« On y va ! »
C’était Pang, vêtu de son équipement fluo de VTT et coiffé de ses lunettes de commandant. Sur un joli vélo de ville, il détonnait complètement.
— Haha.
— On dirait qu’il va faire une course.
— Il a l’air ridicule.
Sang-Hyeon décida de lui emboîter le pas et cria : « Rugissement de Monster ! »
« ??? »
Ce cri de dinosaure lancé sans prévenir fit sursauter Pang.
— Haha.
— Il l’a fait direct, haha.
— Le concept s’effondre face à la réalité.
— Le tueur de dinosaures a sursauté.
— Haha.
Puis Sang-Hyeon se mit à pédaler sur le chemin du parc.
Les autres archers le suivirent, comme dans le jeu. Comme ils étaient nombreux, ils se séparèrent naturellement en petits groupes.
« J’arrive aussi ! »
Quelqu’un d’autre les rejoignit en hâte, en plus de Pang, Latte, Spam et Carrot.
« Hein ? »
« Tu te souviens de moi ? » demanda l’homme aux cheveux longs, qui avait l’air d’un étudiant.
Sang-Hyeon hocha la tête avec assurance.
« Oh oui, je me souviens ! »
« Pourquoi tu me vouvoies tout à coup… ? »
« … »
« Je suis archer moi aussi. Pecorino ! »
— Je me souviens de Pecorino.
— Franchement, il ne s’en souvient pas, mdr.
— Il passe du tutoiement au vouvoiement.
— Ah, ça faisait longtemps.
— Qui ça ?
— Pas possible.
« Ah, c’est vrai. Pecorino ! Je me souviens de toi ! Je parlais aux spectateurs. »
« Ah, le streamer professionnel ! Moi aussi, j’ai fait une pause dans mes études, mais mon équipe est rentrée en Corée… »
« Alors viens avec nous. »
« Oui ! »
Mais Pang s’interposa.
« Hé… c’est moi le chef. Pourquoi tu demandes la permission à Almond… ? »
Pecorino sourit et répondit : « Tu n’es qu’un chef de façade. »
« … Tss. »
Latte lança d’un ton moqueur, depuis l’arrière : « Du nerf ! Du nerf ! Même si tu n’es qu’un chef de façade chez les archers, tu es le chef du club de randonnée de Choi Sa-Rang ! »
— Haha.
— Chef de façade, haha.
— Il reste quand même le chef du club de randonnée, haha.
— Latte est trop drôle.
— Franchement, donnez le titre de chef à Pang, mdr.
Sang-Hyeon et les autres pédalèrent dans le parc en profitant du paysage. Faire le tour du château de Himeji à vélo, avec le vent frais sur le visage, était revigorant.
« Waouh, c’est magnifique. »
« Prenons une photo. »
« D’accord. »
Ils arrêtèrent leurs vélos et sortirent leur téléphone pour immortaliser le paysage.
La main de Sang-Hyeon trembla et ses photos furent floues. Il passa son téléphone dans la main gauche et pensa à quelqu’un.
« Qu’est-ce que cette personne est en train de faire ? »
Il réfléchit un instant, puis s’adressa à Pang : « Frérot, je vais retourner chercher quelqu’un. »
« Hein ? Qui ça ? On y va ensemble ! »
***
Pendant que les joueurs profitaient de leur balade à vélo, quelqu’un explorait lentement le parc. Son fauteuil roulant avança encore un peu, puis s’immobilisa sous un grand arbre.
Elle contempla le majestueux château blanc.
« Ça fait combien de temps que je n’ai pas voyagé ? »
Malgré toute sa fortune, Choi Sa-Rang partait rarement en voyage à cause de son état physique. Elle n’en avait pas tellement envie non plus et n’avait personne en particulier avec qui partir. Elle avait autrefois eu beaucoup de compagnons, mais jamais le temps.
Ironiquement, elle était finalement partie en voyage à cause d’un tournoi auquel elle s’était inscrite à la demande de quelqu’un.
Entourée de tant de monde… elle était toujours seule.
« Même au milieu de la foule, je suis seule. »
Elle était seule malgré toute cette foule. C’était sans doute à cause de son caractère.
Cette amertume lui était familière. Parfois, les nouvelles expériences avaient du bon. Elle décida d’essayer de voir les choses ainsi.
Choi Sa-Rang évita de croiser le regard des passants tout excités et se concentra sur le château. Elle observa la neige blanche sur son toit, les tuiles noires et le ciel bleu.
Crissement.
Quelqu’un s’arrêta devant elle.
« Tu ne vas pas trop lentement ? Tu risques de ne pas tout voir. »
« … ? »
Sang-Hyeon se tenait là, un pied à terre, son vélo penché sur le côté.
« C’est plus rapide qu’on ne le croit. »
Choi Sa-Rang tenta de lui répondre sur le ton de la plaisanterie, mais, gênée, elle n’y parvint pas.
« Même pas. C’est plus lent qu’un vélo. »
Sang-Hyeon gara son vélo et en descendit.
« Je vais t’emmener. Ju-Hyeok a dit que tu devais tout voir. »
« Ça va… »
À ce moment-là, d’autres personnes se rassemblèrent autour d’eux.
« Allez, viens ! Monte ! »
Pang et les autres membres les rejoignirent à leur tour.
« Moi, Pang, chef du club de randonnée de Choi Sa-Rang, je suis là ! Tu veux que je t’emmène… »
« Ici. »
Avant que Pang ait pu finir, Choi Sa-Rang tapota rapidement Sang-Hyeon.
« Je vais monter là. »
— Elle s’enfuit, haha.
— Elle était toute seule.
— Le chef du club de randonnée se fait recaler ?
— Haha.
— Pauvre Pang.
Pang s’effondra et marmonna : « Oh… je croyais qu’il y avait eu un déclic quand on m’a ordonné de tirer des flèches courbes. »
« … Vraiment ? » Carrot le rabroua, avant de rire jaune.
— Le concept est trop drôle.
— Du tir courbe à la demande en mariage, haha.
— Haha.
— Almond est gentil.
— Il ne tire que tout droit, haha.
Sang-Hyeon aida Choi Sa-Rang à s’installer en toute sécurité à l’arrière de son vélo.
Le vélo, très pratique, lui permit de monter facilement.
« Un… deux… »
Choi Sa-Rang compta le temps écoulé depuis sa dernière balade à vélo.
« Dix ans. »
Cela faisait dix ans. Elle n’en avait pas refait depuis qu’elle était toute petite. Assise derrière quelqu’un, elle se souvint de son père.
« On y va. »
Fouuush…
Le vent froid lui caressa doucement les cheveux.
Sous le toit du château, elle découvrit plus de choses qu’elle n’aurait pu en voir seule. Elle entendit le rire des élèves, le murmure limpide du ruisseau, et vit de nombreux arbres, des carpes koï, des canards et de grands oiseaux inconnus. Même à la fin de l’hiver, la vie fleurissait.
Ses yeux grands ouverts étaient fouettés par le vent froid. Le paysage semblait onduler comme la surface d’un lac.
« Ça aurait été chouette d’aller à l’école ici, non ? » demanda Sang-Hyeon dans le silence gêné.
Elle chassa ses pensées et répondit : « Oui. Ça aurait été chouette. Si seulement… »
***
Après leur balade à vélo, le groupe retourna à Kobe et se rendit au restaurant de bœuf où ils avaient réservé.
Pang plaisanta : « Mangeons du poulet ! Pourquoi du bœuf ? »
Mais après avoir goûté le bœuf de Kobe, il se tut et se consacra entièrement à son repas. Même l’équipe de tournage lui demanda de dire un mot.
Sang-Hyeon apprécia lui aussi la saveur riche et se régala des petites portions de bœuf gras.
À la surprise générale, Barum trouva le plat trop gras et déclara qu’il n’était pas à son goût. Puis, quand Coffee voulut lui en prendre, elle eut un geste attendrissant et enfourna tout le morceau dans sa bouche.
« Bon… »
En sortant du restaurant, les membres avaient l’air tendus.
« C’est l’heure du grand événement, pas vrai ? »
Ju-Hyeok vérifia l’heure. Le moment de se connecter avec les autres joueurs en Corée approchait.
« Allons-y. »
Ils se dirigèrent vers une capsule toute proche, en jouant plus que jamais les touristes.
***
« Vraiment ? Ils sont simplement partis en voyage ? » demanda un homme en entrant dans une salle de capsules vide.
« Oui. Ils sont allés à Kobe. Beaucoup sont rentrés en Corée pour travailler… un nombre considérable de joueurs. »
« En voyage ? C’est une provocation ? »
Ringo, le commandant en chef du Japon, pensa que la Corée cherchait à déstabiliser son équipe. Il n’avait pas tort, mais il interprétait la situation autrement.
« C’est peut-être une provocation, mais ils sont aussi peut-être simplement partis en voyage. »
« … Un simple voyage avant les quarts de finale ? Il y a forcément une intention derrière. »
« … »
Qui manquerait un entraînement pour provoquer l’équipe adverse ? Ils n’avaient probablement pas pu s’entraîner et étaient allés visiter les environs à la place. L’homme le pensa, mais garda ses réflexions pour lui. Mieux valait ne pas interrompre Ringo en pleine réflexion.
Ringo était excentrique, mais perspicace. S’il était commandant en chef du Japon, ce n’était pas pour rien.
« Cookie est parti en voyage ? »
« Non. On n’a pas vu Cookie. Pourquoi ? »
« Je le savais… J’avais trouvé étrange que Cookie ne joue pas lors du troisième match contre la Perse. »
L’absence de Cookie au seizième tour avait paru suspecte à Ringo, et pas dans le bon sens du terme.
Quel que soit le talent du commandant remplaçant, il était inédit qu’un autre commandant joue les deuxième et troisième matchs après avoir remporté le premier. Le tournoi principal avait trop d’importance, surtout pour une équipe comme la Corée.
« Vous dites toujours ça ? »
« Il n’y a pas d’autre explication. Il s’est passé quelque chose. »
« … Même s’il s’est passé quelque chose, nous n’avons aucun moyen d’en être sûrs. »
« Nous devons savoir si c’est Cookie ou Yi Sun-Shin qui va entrer en scène. Il faut le découvrir. »
Ringo tenta de deviner qui serait le prochain commandant de la Corée, mais son esprit était déjà en plein chaos.
« Comment peuvent-ils avoir deux commandants !? »