Chapitre 709
Quelques jours avant la diffusion du nouvel épisode de la Fausse équipe nationale, et même avant le début du tournoi principal…
« Ah, Hui-Chul ? Entrez, je vous en prie. »
Hui-Chul se rendit au studio où travaillait l’équipe de production de la Fausse équipe nationale.
« Asseyez-vous. »
Hui-Chul s’assit, et sa petite amie prit place à côté de lui.
Le producteur Jang entra, les salua et alla droit au but. Il prit quelques profondes inspirations avant de se lancer.
« Pendant le tournage… nous avons appris quelques détails sur la situation de Hui-Chul et les épreuves que vous traversez. »
« Ah… »
L’expression de Hui-Chul changea à peine. On aurait dit qu’il s’était simplement résigné à l’inévitable.
« Je vois. » Le calme de Hui-Chul soulagea légèrement le producteur Jang, qui déversa alors tout ce qu’il avait préparé.
« J’ai été profondément touché par la façon dont vous avez surmonté ces épreuves dans un tel contexte et réussi à en arriver là. »
Hui-Chul hocha silencieusement la tête.
« À la base, je travaille dans les médias. Je crois qu’il faut mettre leur pouvoir au service du bien, et je pense que c’est ma mission. »
Devant la tournure que prenait la conversation, la petite amie de Hui-Chul lui serra la main.
Hui-Chul secoua fermement la tête.
« Non. »
« … ! »
« Vous voulez diffuser ça, c’est bien ça ? Non. Même l’émission de la Fausse équipe nationale, mon ancien moi ne l’aurait pas acceptée. Là, vous dépassez les bornes. »
Ce refus sans détour laissa le producteur Jang sans voix un instant. Mais qui était-il ? À l’époque où il travaillait dans une chaîne de télévision, il avait déjà conversé avec des murs pour remanier une émission.
« Je crois que l’histoire de Hui-Chul peut inspirer beaucoup de monde. Ce ne serait pas important ? Elle pourrait inspirer les deuxième et troisième générations de Hui-Chul à mener Civil Empire. »
« En quoi est-ce inspirant, exactement ? »
La voix de Hui-Chul se durcit.
« Qu’est-ce qui, dans ma situation, est censé inspirer qui que ce soit ? »
« … »
« Un deuxième ou un troisième Hui-Chul ? Inutile qu’il y en ait. Et il ne devrait pas y en avoir. Qui voudrait vivre ça ? »
Le producteur Jang déglutit, incapable de répondre.
« Qui voudrait courir après une victoire que personne ne reconnaît, tout en souffrant d’une maladie en phase terminale, comme s’il était maudit ? Soupir. »
Hui-Chul soupira et aborda enfin le sujet qu’il redoutait.
« Je vous suis toujours reconnaissant, producteur Jang. Si notre équipe est reconnue et que nous pouvons profiter de tout ce confort aujourd’hui, c’est grâce à l’émission de la Fausse équipe nationale. »
Hui-Chul semblait vouloir se rattraper après son emportement.
« Je ne sais pas si vous le savez, mais révéler mes faiblesses à l’antenne n’a rien de facile. Et c’est injuste pour mon entourage aussi. »
Hui-Chul jeta un regard à sa petite amie, tandis que le producteur Jang baissait les yeux.
« Alors, c’est impossible, finalement ? »
Ce que le producteur Jang voulait le plus montrer dans la Fausse équipe nationale, c’était la façon dont on surmontait les obstacles. Comment ces personnes avaient traversé les épreuves et continuaient à poursuivre leurs rêves.
Le producteur Jang pensa que c’était sa dernière chance et murmura : « La vie n’a pas de sens… »
« Pardon ? »
« Vous m’avez demandé en quoi cela pouvait inspirer. Je pense que la vie de Hui-Chul peut montrer aux gens ce qu’est le sens de la vie. »
« Le sens ? »
« De nos jours, je ne suis pas le seul. La plupart des gens vivent sans connaître le sens de leur vie. Non, ce serait déjà une chance s’ils ne le connaissaient pas. À la place, ils s’accrochent à des idées bizarres pour donner un sens à leur existence. »
« … »
Hui-Chul se renversa dans son siège, comme pour inviter le producteur Jang à poursuivre ses absurdités.
Saisissant l’occasion, celui-ci déversa tout ce qu’il avait sur le cœur.
« De nos jours, seules les vies de rêve qu’on voit sur les réseaux sociaux semblent avoir un sens. Comme si posséder une voiture de sport et vivre dans un penthouse, c’était toute la vie ! C’est l’image que les médias donnent. »
« Et quel rapport avec moi ? En plus, ce genre de vie, c’est bien aussi. »
« Bien sûr que c’est une belle vie. Mais est-ce que la vie n’a aucun sens si on ne vit pas comme ça ? Pourquoi tout le reste devient-il inutile ? Les innombrables gens qui font des métiers simples et prennent les transports tous les jours ne valent-ils rien ? Pourquoi les célébrités sont-elles au centre du monde, et et pourquoi, si elles n’attirent pas l’attention du monde entier, sont-elles insignifiantes ? Sans la Fausse équipe nationale, la victoire de la Corée n’aurait-elle aucun sens ? »
« … »
Le regard de Hui-Chul vacilla.
« Non, n’est-ce pas ? Ce n’est pas comme ça ! Hui-Chul, vous en êtes arrivé jusque-là, non ? Vous avez trouvé votre propre sens, n’est-ce pas ? Alors je veux le crier au monde entier ! Je veux le leur montrer ! Et si on vivait comme ça ? »
Le producteur Jang en était convaincu. La vision de la vie de Hui-Chul redonnerait de l’élan aux innombrables vies ordinaires qui faisaient tourner le monde.
« Même sans amasser une fortune ni attirer l’attention du monde entier, notre vie a un sens… Je veux montrer ça. »
Hui-Chul baissa la tête sans rien dire.
Le producteur Jang joignit de nouveau les mains et le supplia : « Alors, je vous en prie… laissez-nous diffuser votre histoire. Je vous promets que nous en ferons une émission de la plus grande qualité. »
« Soupir. »
Hui-Chul soupira, puis évoqua soudain quelque chose d’inattendu.
« Quelqu’un a dit un jour… »
« … Pardon ? »
« Si on remportait le championnat, je raconterais mon histoire. »
De qui parlait-il ? Le producteur Jang ne comprit pas tout de suite.
« Elle avait dit qu’elle raconterait son histoire si elle gagnait, et elle l’a fait. Cette personne souffrait au moins autant que moi. C’est ce qu’elle a dit. »
« … ! »
Le producteur Jang comprit de qui parlait Hui-Chul.
« Vous avez raison, producteur Jang. Ça peut inspirer. »
« … ! »
« C’est inspirant. »
Almond avait donc influencé Cookie ? Même à l’époque ? Le producteur Jang n’avait jamais entendu cette histoire et n’aurait jamais pu l’imaginer.
« Alors, c’est possible ? »
Le producteur Jang plongea son regard dans celui de Hui-Chul, dans l’attente d’une réponse.
« Je ferai pareil. »
« … Alors ? »
« Je révélerai tout si nous gagnons. »
« … ! »
Gagner ? Le producteur Jang n’osa pas lui dire que leurs chances étaient infimes. Quand Almond l’avait affirmé, personne n’avait cru qu’il gagnerait non plus.
Il se contenta de sourire et de serrer la main de Hui-Chul.
« Compris. Je vais préparer ça et attendre. »
***
[Fausse équipe nationale, épisode 7 : L’inspiration]
[Première diffusion maintenant !]
Après une heure d’attente, l’épisode de la Fausse équipe nationale commença.
— Chi-Seung joue encore les hommes des cavernes ?
— Je vois déjà ce qui va se passer
— C’est parti~~~
— Hâte de voir le Think Tank s’agiter, mdr
— Le match contre les Vikings était vraiment légendaire
Les spectateurs s’attendaient à ce que l’épisode parle surtout de la victoire contre les Vikings, mais il commença un peu différemment.
— ??
— C’est quoi, cette situation ?
— Mdr, c’est déjà drôle
On voyait Almond coiffé d’une casquette blanche et tenant un mégaphone.
« Ah. Ah. »
De nombreux joueurs étaient alignés devant lui.
— C’est une punition ?
— Qu’est-ce que c’est que ça ? mdr
— Qu’est-ce qu’ils ont fait à Almond pour mériter ça… ?
La voix d’Almond résonna dans le mégaphone.
« Vous êtes tous des ──. »
Biiip.
La phrase fut censurée en plein milieu. Quoi qu’il leur ait dit, ceux qui l’avaient entendu avaient l’air dépités.
— ??
— Exact ! Des bugs !
— Vous savez pas jouer ?
— C’est quoi, ce truc ? mdr
« En place ! »
Au signal d’Almond, le plan passa aussitôt aux joueurs qui s’écroulaient en hurlant.
« Huhuhurk… ! »
« Aaaah ! »
Une personne dont la voix avait été modifiée, le visage caché par une mosaïque, témoigna ensuite en interview.
« J’avais l’impression… que j’étais obligé de le faire, tellement ça me tuait. Oh, ce type… S’il est chef, il ne devrait pas montrer l’exemple ? Être un modèle ? Et en plus, tout ça passe à la télé ── »
Biiip.
L’effet de mosaïque sonore coupa de nouveau la phrase.
Boum !
[Fausse équipe nationale]
[Faux athlète]
Le titre apparut et l’introduction se termina.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? mdr
— J’ai déjà trop hâte, mdr
— La Fausse équipe nationale assure~
[Match contre les Vikings : J-4]
[Entraînement au tir courbe]
La scène se déroulait avant le match contre les Vikings. Tout le monde était aligné, arc en main, tandis qu’Almond passait entre les joueurs pour corriger leur posture.
— La classe
— Almond, c’est le Boss, mdr
— C’était pas un débutant ?
— C’est Almond qui donne les cours, maintenant ?
Almond était le seul à maîtriser le tir courbe, alors c’était lui qui leur enseignait. Cookie avait organisé cette séance spéciale.
« Pas comme ça, comme ça. »
« Ah… je vois. »
« Non, pas comme ça. Comme ça. »
« Qu’est-ce que ça veut dire, “comme ça” ? »
Fffuit.
Almond fit une démonstration. La flèche contourna l’obstacle et atteignit le centre de la cible.
« Comme ça. »
« … »
Almond n’avait pas particulièrement la fibre pédagogique.
— Mdr
— ??? C’est facile, non ?
— C’est Bob Ross ?
— Bob Almond assure~
— Comme ça, mdr
Almond croisa les bras et, comme s’il venait de trouver une solution brillante, déclara :
« Demain, vous venez courir. »
« … Courir ? »
De quoi parlait-il ?
« Oui, vous irez courir le matin. »
« Mais quel rapport avec ça… ? »
« Alors, tire. »
Fffuit.
La flèche suivit une courbe, mais manqua la cible de loin.
Almond haussa les épaules et se contenta de répéter : « Venez courir », avant de passer au joueur suivant.
— ??
— C’est ça, sa méthode ? mdr
— Quel rapport avec la course ? mdr
— Mdr
— Il le dit tellement sérieusement que j’y crois presque
— Une méthode sortie de nulle part, mdr
— Courir, ça améliore le tir à l’arc ? mdr
Bzz.
L’écran changea et le joueur qui s’était entraîné apparut dans la salle d’interview.
[Vous vous êtes senti vexé ?]
La question s’afficha sur fond blanc. Le joueur secoua la tête.
« Ah, non. Il sait tirer en courbe. Ça ne me pose pas de problème, mais… »
Le joueur hésita un instant, puis répondit avec prudence.
« Courir ? Ah… Ça, j’ai eu du mal à l’accepter. »
Il chuchota, comme s’il révélait un grand secret.
« Ne publiez pas ça. Il pourrait nous faire courir deux jours d’affilée. »
— Mdr
— C’est déjà publié, mdr
— Pourquoi ils ont si peur d’Almond ? mdr
— C’est quoi, cette histoire de course ??
Bzz.
L’interview se poursuivait dans le même studio, mais la personne assise sur la chaise avait changé.
[Vous vous êtes senti vexé ?]
L’intervieweur posa la même question à Coffee.
Celui-ci soupira.
« En fait, ce genre d’entraînement au combat, c’est le travail du commandant adjoint. Ça m’a un peu vexé. C’est moi qui devais apprendre. »
Coffee se montra très franc pendant l’interview.
« Il n’a qu’à être moins beau. »
— Mdr
— C’est vrai, mdr
— Avec Almond, ce serait encore pire
— Almond est vraiment trop beau
— Coffee est sympa, mdr
— Donc après ça, ils ont parfaitement travaillé en équipe~~
La question changea ensuite.
[Vous vous êtes entraîné aussi ?]
Coffee hocha la tête.
« Oui. Tout le monde, sauf l’unité d’inspection, devait apprendre le tir courbe. Même si seules certaines personnes l’utiliseraient au combat, tout le monde devait s’y mettre. »
— Ah, tout le monde l’a fait ?
— Jusqu’où Cookie avait-il planifié les choses… ?
— Tout le monde s’y est mis
— Alors ils pourraient s’en resservir plus tard ???
— Le plan de Cookie pour monter son armée, mdr
[Vous êtes au courant pour la course ?]
Coffee eut un rire gêné à cette question.
« Ah… ha ha ? La course… ? Comment vous avez appris ça ? Mais moi, je ne ferais pas ça. Je suis le commandant adjoint, pas un simple soldat. Je… »
Bzz.
Tout à coup, l’écran changea et montra une foule. Tous portaient le même uniforme et avaient l’air contrariés. Coffee était parmi eux.
« Ah. Ah. Tout le monde. »
Une voix résonna dans un mégaphone. La personne à l’avant portait une casquette blanche.
— C’est un instructeur ? mdr
— Le générique, mdr
— Il a même jamais fait son service, mdr
— C’est quoi, cette ambiance ? mdr
— Almond qui prend les commandes, mdr
— Pour info : se faire discipliner par un civil, c’est encore plus flippant
— Mdr
C’était Almond.
« Personne ici n’est nul en tir courbe. »
La caméra zooma sur Coffee, qui avait l’air embarrassé.
« Vous êtes simplement plus doués pour courir. »
— ???
— ?
— Je croyais qu’il allait faire un discours motivant, mdr
— Je croyais qu’il allait les encourager, mdr
— C’est fou, mdr. C’est juste ça ? mdr
— « C’est l’uniforme qui fait l’homme »
— Il a appris ce ton auprès de Ah-Sung ? mdr
— Mdr
— C’est trop, mdr
« Alors, courez à fond. En place ! »
Jusqu’à ce que tout le monde maîtrise le tir courbe, Cookie avait accordé les pleins pouvoirs à Almond.