Chapitre 656
Ok Soo-Han, alias Popcorn, était le meilleur toplaner de toute l’histoire de LIL. À l’époque de sa gloire, il avait évolué aux côtés de JeonJaPa, le meilleur midlaner et le meilleur joueur de toute l’histoire de LIL.
Il se dit : « Sans JeonJaPa, je ne posséderais qu’un dixième de ma fortune actuelle. »
En résumé, il considérait JeonJaPa comme sa bienfaitrice, celle qui avait décuplé sa fortune. On ne croisait pas souvent de bienfaitrice pareille, à moins d’être un gamin fauché qui n’avait que cinq mille wons en poche.
Il estimait donc devoir lui rendre cette faveur, quoi qu’il arrive. Mais, plus important encore… JeonJaPa était aussi sa meilleure amie.
« Même si c’est maintenant une femme. »
Son genre avait changé en cours de route.
« Ou plutôt, elle a toujours été une femme ? »
Du point de vue de Popcorn, le genre de son amie avait changé. Pourtant, elle n’avait fait que dissimuler sa véritable identité.
Soo-Han se disait parfois : « Elle aurait aussi pu devenir Batman. À sa place, c’est ce que j’aurais fait. »
Avec tout l’argent, la technologie et les efforts qu’elle avait investis pour cacher son genre, elle aurait pu tourner un film de super-héros sombre. Ça lui aurait bien correspondu, avec son tempérament ténébreux. « Non, heureusement qu’elle n’est pas devenue le Joker. »
Soo-Han esquissa un sourire et ricana en expirant un mince filet de fumée. Vu sa morale tordue, c’était un soulagement qu’elle ne soit pas devenue une méchante.
« Pfiou. » Il souffla de nouveau et se remémora un événement récent, quand Sa-Rang l’avait invité à regarder un match de l’Empire Civil.
« Tu… tu ne regardes pas ça juste pour t’amuser, si ? »
Il avait vu son ancienne amie reprendre une vieille habitude. Elle prenait des notes sans réagir une seule fois pendant tout le match.
Sa-Rang hésita, puis finit par hocher la tête. Inutile de le lui cacher.
« C’est ça. »
« Alors ? Tu vas vraiment faire ça ? »
« Je le fais déjà. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Quand on est allés au G-Star, j’ai parlé avec Cookie. »
« … ? »
À l’époque, Soo-Han avait poussé Sa-Rang à participer au plus grand nombre de tournois possible pour qu’elle retrouve son enthousiasme.
« Si on se qualifie pour le tournoi principal, je serai inscrite dans l’effectif. On peut le modifier après les qualifications, mais seulement pour les remplaçants. »
« Pourquoi tu as accepté ? Avant, tu as toujours refusé ce genre de propositions ! Pourquoi… ? »
Soo-Han se mit à rire tout seul en contemplant le ciel bleu limpide, une fois la fumée dissipée.
« Même si je lui posais la question, elle ne me le dirait pas. »
Son regard se posa sur son ancienne coéquipière, qui fumait en silence un gros cigare.
« Toujours aussi imprévisible. »
Ses mains tremblaient encore.
Badoum.
N’y tenant plus, Soo-Han lui tapota doucement la main.
« Hé. Ce n’est qu’un test. N’aie pas peur. »
« C’est ce qu’il a dit. »
« ? »
« Tu m’as demandé pourquoi j’avais accepté, à l’époque. »
« … Ah, oui. »
Sa-Rang coupa le bout de son cigare et poursuivit : « Il a dit que c’était pour la prochaine génération. »
Qu’est-ce que ça voulait dire ? Soo-Han attendit la suite.
« Il ne m’a pas recrutée pour gagner. C’est pour ceux qui resteront quand il ne pourra plus jouer. »
« … ! »
Soo-Han la fixa, abasourdi. Il comprenait maintenant pourquoi elle avait accepté.
Après le départ à la retraite de JeonJaPa, leur équipe de LIL avait failli se dissoudre. La prétendue meilleure équipe du monde avait continué à perdre en vain, puis avait fini par voler en éclats après le départ de JeonJaPa.
« Elle a gardé ça en elle tout ce temps ? »
On aurait dit qu’elle le regrettait encore. Elle croyait avoir abandonné l’équipe, et, d’une certaine façon, c’était vrai.
« C’est… »
Soo-Han fut soudain submergé par l’émotion. Il n’aurait jamais cru qu’elle les voyait ainsi.
Comme s’il avouait une faute, il marmonna : « En fait, c’est nous qui devrions en avoir honte. Ce n’est pas ta faute. »
Il ne voulait pas qu’elle se sente coupable pour rien.
« Qu’est-ce qui te prend, tout à coup ? »
« Tu crois que l’équipe s’est effondrée juste parce que tu es partie. C’est pour ça que tu as accepté la proposition de Cookie, non ? En quoi serait-ce ta faute ? C’est nous qui n’avions pas le niveau. Tu trouves ça normal, pour la prétendue meilleure équipe du monde, de s’écrouler parce qu’une seule personne est partie ? C’est notre faute. »
« Non, c’est ma faute. »
« Non, c’est notre faute… »
« Je suis partie en sachant de quoi vous étiez capables. »
« … »
Soo-Han regretta d’avoir essayé de la réconforter.
« Hé… quand tu seras rétablie, viens tout de suite sur la voie du milieu. On se fait un un contre un. »
« Juste après mon rétablissement ? C’est de la triche. »
« Ouais, viens dès que tu peux. Même une seule partie d’entraînement annulera le défi. »
***
Sa-Rang salua l’équipe de réflexion stratégique, puis testa la capsule. Ça avait l’air impressionnant, mais ce n’était rien de particulier.
Elle ne pourrait pas utiliser sa capsule personnelle pendant la finale ; elle voulait donc tester une installation identique chez Hui-Chul pour voir quel effet elle aurait sur elle.
« Hmm. Le taux de pensée est excellent. Très stable. »
La compagne de Hui-Chul, qui s’y connaissait un peu, l’examina elle aussi.
Même les membres de l’équipe de réflexion stratégique qui avaient quelques connaissances sur les capsules s’y mirent.
« Ouais, comment ça se fait que ce soit aussi stable ? Pas étonnant qu’elle soit douée. »
En temps normal, quand on entrait dans une capsule, les réactions physiologiques changeaient. Le fait de se retrouver dans un espace confiné et de faire l’expérience d’un monde étrange provoquait des réactions inhabituelles du corps.
Mais les utilisateurs expérimentés maîtrisaient ces réactions. Ils n’avaient jamais vu quelqu’un d’aussi stable.
« C’est presque du niveau professionnel. »
« Elle a dit qu’elle faisait ça en amateur… »
« Euh… sans vouloir être indiscret, son problème à la jambe aurait un rapport avec ça ? »
Tous se tournèrent vers l’auteur de la question. C’était Water Dumpling.
« Hein ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Réfléchissez… les données d’Almond sont phénoménales. Il a dit qu’il s’était blessé au bras. »
« Hé, ce n’est pas parce qu’on est blessé qu’on devient comme Almond. »
« Ah… c’est vrai. »
La théorie de Water Dumpling avait bien commencé, mais la conclusion était maladroite. Une blessure ne provoquait pas automatiquement ce genre de phénomène.
Ils ne pouvaient pas savoir.
De l’arrière, Soo-Han les observa et songea : « Ils ne savent pas à quel point elle en a rêvé. »
Ils ne savaient pas à quel point elle avait entraîné son corps et son esprit pour affronter l’injustice qui lui avait volé son rêve d’enfant.
« Bref, c’est vraiment impressionnant. »
Toute l’équipe de réflexion stratégique acquiesça.
Ses statistiques étaient stables comme un lac tranquille. Elle n’aurait aucun problème avec la capsule du tournoi.
***
Fssss.
Sa-Rang sortit de la capsule.
« Aidez-la. »
« Merci. »
Chi-Seung et Soo-Han la soulevèrent pour l’installer dans son fauteuil roulant.
Ensuite, ils lui expliquèrent les résultats.
« C’est bien. »
Sa-Rang écarquilla les yeux, surprise.
« Ça fonctionne encore. »
Elle s’était dit que ce serait difficile après avoir utilisé sa capsule personnelle pendant si longtemps. Pourtant, son corps réagissait toujours de la même façon.
Badoum. Badoum.
Son cœur battait à tout rompre. Qu’est-ce que c’était, cette sensation ? De la nervosité ? De l’excitation ? Elle secoua la tête pour chasser cette impression.
« Il suffit de commander et de conquérir avec le clavier et la souris. C’est tout. »
Elle ne voulait plus rien espérer.
« Le match va bientôt commencer ! Allez, on y va ! »
L’équipe de réflexion stratégique se précipita vers le canapé.
[Joseon contre Rome]
[Deuxième match]
Elle plaça son fauteuil roulant à côté du canapé et prit son téléphone pour prendre des notes.
Soo-Han lui murmura à l’oreille : « Hé. Viens sur la voie du haut, pas celle du milieu. »
Il plaisantait après avoir vu ses statistiques stables.
Elle ricana. « Choisis plutôt un plat à commander. »
« Oh ! C’est vrai ! »
Soo-Han ouvrit l’application de livraison. Il ne participerait pas à la réunion stratégique ; il décida donc de commander à manger.
« Je m’y connais en bouffe. Après tout, tu es la commandante. Tu as toujours su placer les bonnes personnes au bon endroit », marmonna-t-il, comme s’il cherchait à se faire complimenter.
Sa-Rang et l’équipe de réflexion stratégique étaient déjà absorbés par le match.
***
Almond ne connaissait pas grand-chose à la stratégie. Pourtant, il avait la certitude que ce match était différent.
« Ils y vont à fond. »
La stratégie de Rome, ce jour-là, consistait en une offensive incessante. De la première à la troisième ère, leurs troupes n’arrêtaient pas d’attaquer.
« Chargez ! »
Boum !
Un choc violent ébranla de nouveau la porte.
« Merde ! Cette fois, c’est la porte sud ! »
« Courez ! »
Les archers sur le mur se dépêchèrent de tirer sur les ennemis.
Tac ! Twang !
Almond décocha lui aussi une flèche depuis le rempart.
« Avec leurs boucliers et leurs casques, tirer d’en haut nous désavantage… »
Les archers de Joseon ne parvenaient pas à attaquer efficacement les ennemis. Leurs armes n’avaient pas encore été améliorées pour devenir des arcs composites.
Les ennemis levaient leurs boucliers en prévision des flèches. Leurs casques les protégeaient aussi des tirs à la tête.
Même Almond ne pouvait pas faire remonter les flèches tirées d’en bas.
Twang !
Flop…
Il devait toucher la même cible six ou sept fois pour épuiser ses points de vie.
« Merde ! Si leurs soldats en armure sortent, on est foutus ! » cria Pang en serrant les dents.
« Ils ne font qu’attaquer… Pourquoi est-ce qu’on est désavantagés ?! »
Latte banda son arc, frustré.
« On a perdu la capture du drapeau… » répondit Carrot.
Elle hésita à poursuivre. Était-ce parce qu’elle était trop occupée à tirer ? Peut-être, mais elle se sentait aussi démoralisée.
« On a perdu, et alors ? »
« Ha. C’est juste une différence de niveau entre les joueurs. »
« … »
Flop.
Un silence tomba, comme après un aveu bouleversant. Seuls résonnaient les bruits des ennemis qui mouraient et des cordes d’arc qui vibraient.
« La plus grande différence entre une équipe forte et une équipe faible ne se situe pas sur la ligne de front. »
Dans l’Empire Civil, la ligne de front recevait les armes en premier et la deuxième ligne plus tard. Il était donc normal que la première soit composée de meilleurs joueurs.
« La vraie différence se voit à l’arrière. Quand les soldats meurent encore et encore, ce n’est pas qu’une question de ressources. Leur deuxième ligne est aussi douée que notre première. Ils peuvent garder le même niveau tout au long de la guerre. »
« Ah… je vois », murmura Latte, l’air abattu, puis…
Flop !
Un carreau d’arbalète le frappa.
La moitié des soldats de Joseon qui se trouvaient au départ sur le rempart avaient déjà été remplacés.
« C’est une véritable guerre de l’Empire Civil. Un long siège », déclara Carrot assez fort pour qu’Almond l’entende.
« Dans cette bataille, vous ne combattrez pas contre des visages familiers. »
Plus la bataille durait, plus elle devenait imprévisible. Sans stratégies préparées à l’avance, tout reposait sur les compétences individuelles au combat. Une équipe plus faible ne pouvait pas vaincre une équipe plus forte par la stratégie seule.
« Ça arrivait souvent pendant les matchs d’entraînement. »
Almond se remémora leurs parties d’entraînement.
En combat réel, les tactiques surprises et les stratégies de Cookie menaient toujours la bataille. Même lorsqu’ils perdaient, Cookie gardait la maîtrise du jeu. Il ne s’agissait pas seulement de possession de balle. Pourtant, sans lui, ils se sentaient totalement impuissants.
« Anto nous montre peut-être tout son effectif dans ce match. »
Si Carrot avait raison, les intentions d’Anto étaient claires. Ils savaient maintenant à quel ennemi ils avaient affaire.
« Porte sud ! »
« Non, porte ouest ! »
« L’ennemi est sur le rempart nord ! »
Les ennemis ravageaient les troupes de Joseon. Ils étaient partout. On aurait dit qu’ils affrontaient mille ennemis, et pas seulement deux cents. Leur supériorité était flagrante : ils les submergeaient.
« Mais qu’est-ce que… ? »
C’était étrange.
Badoum. Badoum.
Le cœur d’Almond battait aussi fort que le bélier ennemi. Était-ce la peur ? Non.
« Je veux gagner. »
Son esprit de compétition brûlait plus fort que jamais. Son cœur ne lui disait pas de battre en retraite. Il le poussait à avancer et à les écraser.
Bip !
[Rassemblement]
Cookie lui envoya un ordre. Il s’agissait d’une nouvelle arme.
Almond descendit rapidement du rempart et se mit à courir. Il n’avait encore jamais reçu une telle Mission.