Chapitre 532
Les joueurs l’ignoraient, mais cinq équipes au total participaient à ce défi et s’affrontaient sur le même serveur. Enfin, elles n’étaient pas seulement sur le même serveur : elles fréquentaient toutes le même lycée et étaient toutes en première.
« L’équipe 1, c’est la classe 1, l’équipe 2, la classe 2, l’équipe 3, la classe 3… C’est comme ça que les classes ont été réparties ? »
« Exactement. »
Les numéros des équipes correspondaient aussi à ceux des classes. Chaque équipe comptait naturellement une quarantaine de membres, PNJ compris.
Tous les joueurs participant au défi se trouvaient dans la cour pendant le discours du proviseur.
« Des zombies ! Des zombies sont apparus ! »
« Ici, le premier zombie est apparu ! »
Quand la crise des zombies éclata, ils s’enfuirent tous. Certains entrèrent même dans le même bâtiment principal.
Les joueurs avaient fait le même rêve en fonction de leur rôle, même s’ils appartenaient à des classes différentes.
« Tout le monde va probablement se diriger vers le bâtiment principal ! Le joueur qui rêve de la carte aura rêvé du bâtiment principal ! » Toutes les équipes participant au défi n’avaient d’autre choix que de viser le bâtiment principal. C’était le seul indice dont elles disposaient.
« Ah~ ! L’équipe 1 ! Avec un élan irrésistible, elle verrouille l’entrée en prenant le côté sud du bâtiment principal ! »
La première à entrer dans le bâtiment principal fut l’équipe 1, surnommée les chasseurs de défis. Grâce à sa position dans la cour, elle prit le côté sud sans subir la moindre perte.
« L’équipe 3 prend l’entrée centrale ! »
L’équipe du milieu, l’équipe 3, se dirigea vers l’ouest, en direction du centre du bâtiment principal.
« L’équipe 5 est en retard et, après avoir trouvé l’entrée bloquée, rebrousse chemin vers la porte est ! »
L’équipe 5 fut la dernière à entrer dans le bâtiment principal. Les autres équipes arrivèrent trop tard pour y pénétrer.
Crriii ! Boum !
Tout le monde s’activait à baisser les volets de l’entrée.
« Les seules équipes qui ne sont pas encore dans le bâtiment principal, ce sont les équipes 2 et 4 ? »
« On dirait bien ! Ces deux équipes vont devoir trouver un autre endroit ! »
Les équipes 2 et 4 se dirigèrent respectivement vers le chantier et la cafétéria.
« Pas besoin de s’obstiner à viser le bâtiment principal juste parce qu’il est apparu dans le rêve. Tout le monde fait des compromis et se déplace ! »
Le rêve indiquait qu’il était avantageux de prendre le bâtiment principal, mais aucune règle ne l’imposait dans la réalité. Après tout, d’autres concurrents s’y trouvaient déjà. Il pouvait être plus prudent de s’installer sur le chantier ou dans la cafétéria, comme les autres équipes.
Comme toujours, dans ce jeu, le véritable ennemi n’était pas les zombies.
***
Comme prévu, les équipes commencèrent à se croiser au bout d’un moment.
« Elles se rencontrent déjà !? »
Les équipes 1 et 3 s’étaient retrouvées face à face. Plus précisément, il s’agissait du groupe d’Almond, celui de la classe 3.
Ignorant que d’autres occupaient le sud, les élèves de la classe 3 avaient divisé leurs forces en trois groupes et étaient entrés par le côté sud.
« Les équipes 3 et 1 étaient plus proches qu’on le pensait ! »
« Elles n’ont pas encore tourné au bout du couloir. Elles se rapprochent ! »
De leur point de vue, elles ne s’étaient pas remarquées. Mais, vues d’en haut, il était évident qu’elles allaient bientôt se croiser en avançant l’une vers l’autre.
« Euh… mais si elles se rencontrent, l’équipe 3 sera largement en infériorité numérique, non ? »
« Exactement ! L’équipe 1 compte près de quarante membres autour d’elle, là, non ? »
Le déséquilibre était trop important. Se croiser ne déclencherait pas forcément un combat immédiat, mais tôt ou tard, elles deviendraient ennemies. Qu’elles se rencontrent maintenant ou plus tard, le danger était le même.
« Ce ne serait pas mieux de ne pas les croiser ? »
L’équipe 1 était celle des chasseurs de défis. Si elle jouait de manière agressive, elle voudrait éliminer dès le départ les futurs ennemis potentiels. Elle ne laisserait pas passer cette occasion de tomber par hasard sur une autre équipe en étant en supériorité numérique.
« Mieux vaut que l’équipe 3 les évite. Je suis d’accord ! »
« Ils les ont remarqués ? »
« Je ne crois pas. »
Ça semblait peu probable. Sans voir la scène d’en haut, impossible de connaître la distance qui les séparait.
« Ah… Je ne sais pas. Je ne sais pas. Comment on pourrait le savoir ? Nous, on voit tout d’en haut, mais les joueurs, eux, ne savent pas… »
« Hein ? »
Le commentateur marqua une brève pause.
« Ce serait… Almond ? À sa façon de se déplacer, il doit le savoir, non ? »
Almond posa son index sur ses lèvres pour faire taire les élèves, puis colla l’oreille au sol.
— Hein ? Comment il le sait ? lol
— Ouah, il a des sens de fou
« Euh… Il s’en est rendu compte au bruit ? Il arrive à distinguer les zombies ? »
« Almond ! Ils se cachent dans les toilettes, maintenant ! »
Almond entra dans les toilettes avec les élèves.
« Il peut aussi savoir combien ils sont ? »
« C’est ça… ? »
Il était rare que quelqu’un se cache après avoir seulement entendu des pas. Almond avait même compris que l’équipe adverse était plus nombreuse.
— Quoi, il a des superpouvoirs ?
— Son niveau de perception doit être complètement dingue
— C’est ça, le niveau national de l’Empire Civil ?! C’est ça, le niveau national de l’Empire Civil ?!
— Ouah
— Quel jugement incroyable
« Bien joué, Almond ! Il prenait vraiment ce genre de décisions, avant ? »
« L’époque où il ne comptait que sur ses capacités physiques est révolue, non ? »
À force de découvrir différentes stratégies et tactiques, Almond avait peu à peu acquis de l’expérience et appris à les mettre au point. Il ne se lançait plus à la légère dans des combats dont l’issue était incertaine, d’autant que ce jeu ne consistait pas seulement à assurer sa propre survie. Il devait aussi protéger les PNJ.
Même s’il pouvait se frayer un chemin grâce à ses compétences au combat, les PNJ, eux, se feraient massacrer. Tant qu’ils n’avaient pas été repérés, se cacher était donc une bonne décision.
« Hein ? »
Quelqu’un de l’équipe 1 s’approcha de la porte, l’air perplexe.
[Équipe 1 - Radish Kimchi]
Son pseudo était Radish Kimchi. C’était un streamer doué, mais pas particulièrement populaire. Il comptait attirer des spectateurs grâce à ses performances dans ce défi.
Radish Kimchi esquissa un sourire. Il avait repéré quelqu’un.
« Hé. »
***
Un grand œil apparut dans le trou de la serrure et demanda : « Pourquoi vous regardez par là ? »
— Ouah
— lol
— Oh là là
— On est foutus
— Quoi ??
« Hein ? »
Almond recula involontairement d’un pas.
« On s’est fait repérer. »
« On voit tout avec les traces de pas. »
La voix qui avait parlé semblait narquoise.
Almond baissa brusquement les yeux.
« Ah. »
Des traînées de sang maculaient le sol çà et là. En traînant plusieurs PNJ derrière lui, il était inévitable d’en laisser. Au départ, il n’avait pas pensé à éviter les autres, alors il n’avait pas fait attention à ces traces.
« Vous êtes combien, vous ? » demanda de nouveau la voix, derrière la porte.
« On n’est ni des zombies ni des infectés. Ce serait pas mieux de nous rejoindre pour survivre ensemble ? »
Les rejoindre pour survivre ensemble ? Ça avait l’air bien, mais…
« Quoi ? Il y a quelqu’un, là-dedans ? »
« Ouais. Ils doivent se cacher. »
« Hein ? Pourquoi se cacher ? Il y a un infecté ? »
Les gens dehors marmonnèrent et commencèrent à comprendre que d’autres se trouvaient dans ces toilettes.
« Hé, vous. Sortez. »
« Laisse tomber. Et s’ils sont infectés ? Faut les laisser. »
« Mais ce serait pas mieux d’être plus nombreux ? »
On aurait dit qu’ils parlaient des PNJ. Ces types n’avaient pas encore compris qu’il s’agissait d’une compétition. Ils n’étaient pas aussi malins que le PNJ délégué de classe et ignoraient que les autres équipes s’affrontaient.
« Alors… pourquoi on se cache ? »
« Ouais, allons les rejoindre. Les zombies font peur. »
Les élèves de la classe 3 qui se trouvaient derrière Almond semblaient perdus.
« Hé. Vous avez oublié ce que le délégué de classe et Bubblegum ont dit tout à l’heure ? On devait fermer toutes les portes et laisser tomber les autres classes. Vous croyez pas qu’ils feraient pareil ? »
« Mais… ils sont tous dans le bâtiment principal, maintenant. On ne les a pas laissés tomber… »
« Soyez pas naïfs ! »
Les élèves se disputèrent entre eux.
Almond leur fit aussitôt signe de se taire, inquiet que leurs voix passent à travers la porte.
« Chut. On doit d’abord vérifier si c’est sans danger. »
Il avait beau dire ça, savoir qu’il y avait des joueurs parmi eux signifiait que la situation était dangereuse.
Almond demanda prudemment : « Vous êtes combien ? »
À en juger par ce qu’il entendait, ils étaient sans aucun doute nombreux.
« Nous ? Euh… à peu près… »
Almond jeta un coup d’œil par le trou de la serrure.
Le type regardait les traces de pas et les comptait.
— Ils essaient de faire correspondre le nombre ?
— Ce type, c’est clairement un joueur
— C’est l’équipe 1 ??
« On doit être une dizaine. »
« … »
C’était un mensonge.
Almond ferma brièvement les yeux. Il devait réfléchir.
« Si seulement c’était Tako. »
Pourquoi fallait-il que ça lui tombe dessus ? Il aurait voulu maudire sa malchance, mais se plaindre ne réglerait rien.
Il se concentra sur la situation en recourant aux techniques mentales particulières qu’il avait travaillées à l’époque où il faisait du tir à l’arc.
« Vous êtes de quelle classe ? »
« De la classe 1. »
Bzzing.
Un message arriva sur le téléphone d’Almond.
[Takoyaki : J’ai fermé la porte. Il a dû arriver quelque chose à Gum Bro.]
[Almond : Je viens de tomber sur des élèves de la classe 1]
[Takoyaki : ???]
[Takoyaki : Sérieux ? Ils réagissent comment ?]
[Almond : Ils n’ont pas l’air d’être des PNJ]
Il n’y eut pas de réponse pendant un instant. Puis Tako déchaîna une avalanche de messages.
[Takoyaki : Merde]
[Takoyaki : Les organisateurs du défi ont fait exprès de ne rien expliquer ?]
[Takoyaki : Je dois rester à l’infirmerie, là, alors je ne peux pas venir.]
[Almond : Je vais essayer de gérer ça tout seul.]
Boum. Boum.
Les gens dehors se mirent à frapper à la porte.
« Pourquoi vous hésitez ? Vous êtes infectés ? »
Les joueurs semblaient envisager d’entrer de force, sachant qu’ils avaient l’avantage du nombre.
— Les tuer sans raison plomberait le moral des élèves
— Ils essaient vraiment de tuer des gens ?
— C’est dingue
Boum ! Boum !
Ils frappèrent de plus en plus fort.
« Sortez plutôt pour vous occuper des infectés ! » lança une autre voix.
L’atmosphère devint nettement plus hostile dès qu’elle se fit entendre.
« Exactement ! »
« Vous protégez un infecté complètement cinglé ? Vous voulez tous ressortir de là en zombies, ou quoi ?! »
« S’il y a un infecté dans le bâtiment principal, on ne peut pas laisser faire ! Sortez ! »
La nouvelle voix eut une forte influence sur tout le monde. À présent, le groupe de la classe 1 croyait qu’il y avait un infecté parmi les gens cachés avec Almond dans les toilettes.
Celui qui parlait avait probablement le même rôle que Bubblegum.
« Ils sont convaincus. »
Dans l’École des zombies, tuer quelqu’un portait un coup psychologique important. Ils préparaient donc leurs esprits au cas où ils devraient tuer quelqu’un, afin de s’assurer que le moral de leur groupe ne baisserait pas.
« Il n’y a aucun infecté ici. S’il y en avait un dans un espace aussi exigu, on l’aurait tué. »
Almond répliqua avec logique, mais ça ne servit à rien.
« Pff. Vous n’avez pas le courage de sortir, hein ? »
« Ouais, le genre à se cacher… »
— lol
— ??? Laisse-les partir. Il est où, l’arc ?
— Ils sont décidés à tuer
— Frérot, on va s’occuper d’eux.
Le chat suggéra à Almond de sortir et de régler leur compte.
« Moi, ça irait, mais… »
Si Almond se battait contre eux, le moral de son groupe risquait de baisser.
Hein ?
Tout en réfléchissant, Almond remarqua quelque chose d’étrange. Ces types n’arrêtaient pas de parler de tuer, comme s’ils avaient affaire à des infectés. Pourtant, à ce stade, les joueurs n’arrivaient même pas à tuer correctement un seul zombie, car ils n’avaient pas d’armes.
« Et si… ? »
Almond regarda de nouveau par le trou de la serrure et les examina attentivement.
« Il y en aurait… ? »
Certains tenaient des armes et portaient quelque chose qui ressemblait à une masse. L’avaient-ils prise aux responsables de l’entretien du lycée ? Quoi qu’il en soit, le fait qu’ils aient déjà réussi à se procurer de telles armes prouvait qu’ils n’étaient pas des adversaires ordinaires. Ils étaient très doués pour le jeu et avaient accumulé beaucoup d’expérience.
— Ouah, ils ont des armes.
— C’est quoi, cette masse ??
— On fait quoi, maintenant ?
Boum ! Boum !
Ils se remirent à frapper à la porte, mais n’avaient pas encore utilisé la masse. Ils n’allaient sans doute pas tarder à s’en servir.
« Les jeunes, bloquez-moi cette porte », dit Almond au bout d’un moment aux élèves derrière lui.
« Je reviens tout de suite. »
« Quoi… ? »
Où allait-il ? Sans répondre à leurs questions, Almond ouvrit la première cabine des toilettes, où étaient rangés les outils de nettoyage.
« La voilà. »
Il y avait, bien sûr, de longs manches à balai. Almond en attrapa un et le brisa en deux sans hésiter.
Crac !
Le manche cassé à la main, il passa à la cabine suivante, prit une poignée de papier toilette et la fourra dans sa poche.
Puis il se plaça devant la porte fermée des toilettes et déclara : « C’est une bagarre, puisqu’ils essaient de nous tuer. »
Les humains répugnaient à l’idée d’en tuer un autre. Mais si on avait une raison légitime de lui faire du mal ? La meilleure, c’était que l’autre groupe essayait de vous tuer.
Sans le vouloir, les ennemis avaient donné à Almond une excellente raison de se battre.
« Tant que ça n’en a pas vraiment l’air… ça devrait aller. »
Almond ajusta sa prise sur le manche à balai brisé.
« À trois, ouvrez. »
« Ouvrir… ? »
« Ouais. Ouvrez et, dès que je serai sorti, refermez. »
« Vous nous demandez même de refermer ? »
« Un. »
« Gloups. »
Au début du décompte, les élèves déglutirent nerveusement.
« Deux. »
Comprenant qu’ils n’avaient pas le choix, ils s’écartèrent légèrement de la porte qu’ils bloquaient de leur corps.
« Trois ! »
Vrrrrrr !
***
[Conseil pour débutants : la plupart des zombies ne savent pas ouvrir les portes coulissantes.]